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31.12.04

ATS : Affaire Ioukos: Rosneft a pris le contrôle effectif de Iougansk

MOSCOU - Le groupe pétrolier public russe Rosneft a pris le contrôle de Iougansk, a déclaré un responsable du groupe Ioukos. La filiale de production de ce dernier avait été vendue aux enchères le 19 décembre dans un contexte peu clair.
Une délégation de Rosneft escortée par des huissiers est arrivée au siège social de Nefteyiougansk, en Sibérie. Elle a affirmé avoir versé l'intégralité de la somme de 9,4 milliards de dollars due pour l'acquisition de l'entreprise, a fait savoir ce responsable.
Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat auprès de Rosneft, de MDM ni du Fonds fédéral russe du patrimoine, qui a mis Iougansk aux enchères. L'adjudication avait été remportée par Baikal Finance Group, société inconnue jusque-là, que Rosneft a rachetée à son tour avant Noël.
Les modalités de financement de l'acquisition par Rosneft restent un mystère. Avec un endettement de 4,4 milliards de dollars en milieu d'année, le groupe pétrolier a eu besoin à l'évidence d'un appoint extérieur. Selon des sources proches du dossier, la banque publique Sberbank aurait joué un rôle notoire dans l'opération.
La vente aux enchères de Iougansk a constitué le point d'orgue de la campagne du Kremlin pour punir les ambitions politiques du fondateur de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, et reprendre le contrôle de secteurs stratégiques de l'économie qui avaient été privatisés à la va-vite dans les années 1990.
Iougansk, qui extrait un million de barils par jour de pétrole, soit 60 % de la production de Ioukos, a été vendue par les autorités pour recouvrer une partie des 27 milliards de dollars d'arriérés fiscaux réclamés à Ioukos. Rosneft a remporté la mise après le retrait à la dernière minute de Gazprom.

(ATS via 24 heures, 31.12.2004)
30.12.04

Reuter : Un conseiller de Poutine accuse la Russie d'avoir volé Ioukos

MOSCOU (Reuters) - Un conseiller économique de Vladimir Poutine connu pour ses positions non orthodoxes a accusé jeudi le Kremlin de voler les actifs de Ioukos, la compagnie pétrolière en cours de dépeçage.

"Des actions sont entreprises qui provoquent des dégâts colossaux pour le pays", a déclaré Andrei Illarionov dans un entretien accordé à la radio Ekho Moskvi.

"Cela est le fait de gens monstrueusement incompétents et peu professionnels (...) A la base, il n'y a rien d'autre qu'un désir d'expropriation de biens privés".

Illarionov est le seul haut responsable russe à critiquer ouvertement le Kremlin mais selon les analystes cet économiste franc-tireur a perdu toute influence dans les cercles du pouvoir.

Ioukos s'est vu imposer un redressement fiscal de 27 milliards de dollars, dans lequel les observateurs voient une punition des ambitions politiques de son fondateur, Mikhaïl Khodorkovski, aujourd'hui en prison, et la volonté du Kremlin de reprendre le contrôle de secteurs stratégiques de l'économie privatisés à la va-vite dans les années 1990.

Iougansk, la principale filiale de production de Ioukos, a été vendue aux enchères le 19 décembre pour finalement tomber dans l'escarcelle de Rosneft, une compagnie publique. Illarionov avait à cette occasion dénoncé "l'arnaque de l'année".

(Reuters, 30.12.2004)

AFP : MOSCOU (AFP) - Ioukos: le chinois CNPC pourrait prendre une part dans Iouganskneftegaz

La compagnie pétrolière chinoise CNPC pourrait se voir proposer jusqu'à 20% de la compagnie publique russe qui détiendra les actifs de Iouganskneftegaz, ex-principale filiale productrice de Ioukos, a déclaré jeudi le ministère russe de l'Industrie et de l'Energie dans un communiqué.

"Les actifs de Iouganskneftegaz vont être confiés à une compagnie distincte, appartenant à 100% à l'Etat. Jusqu'à 20% des actions de cette compagnie pourront être proposés à la CNPC", déclare le ministre Viktor Khristenko dans ce communiqué, précisant "qu'une telle possibilité a été préalablement établie dans des accords" signés avec la compagnie chinoise.

Ces accords prévoient parallèlement "la possibilité d'acquisition réciproque par la partie russe d'actifs pétroliers de la CNPC dans des pays tiers, ainsi que sur le territoire de la Chine elle-même", ajoute le ministre.

Ces dispositions "s'inscrivent dans les accords stratégiques conclus entre les directions russe et chinoise sur le développement de la coopération dans le secteur énergétique", dit-il encore.

Le groupe pétrolier public Rosneft a révélé la semaine dernière avoir acquis 100% des parts de la mystérieuse société Baïkalfinansgroup, qui avait acheté aux enchères pour 9,35 milliards de dollars près de 77% des parts de Iouganskneftegaz.

Une annonce qui a confirmé que l'ancien fleuron de Ioukos, mis aux enchères par les huissiers pour payer le colossal redressement fiscal (quelque 27 milliards de dollars) présenté au groupe au terme d'une avalanche de poursuites, était tombé dans l'escarcelle de l'Etat.

Le président russe Vladimir Poutine avait déclaré dès le 21 décembre que la compagnie chinoise CNPC pourrait "participer à l'exploitation" de Iouganskneftegaz, une société qui représentait plus de 60% de la production de Ioukos, le premier groupe pétrolier russe.

La CNPC avait annoncé avant la vente vouloir participer aux enchères. La Chine a fait plusieurs tentatives infructueuses pour acquérir des actifs pétroliers russes afin de répondre à ses besoins énergétiques en forte croissance.

(AFP via La Croix, 30.12.2004)

Libération : La fusion Gazprom-Rosneft n'inclura pas Iougansk

par Dimitri Jdannikov

MOSCOU - Le monopole gazier russe Gazprom et la compagnie pétrolière d'Etat Rosneft fusionneront comme prévu en janvier, mais cette opération ne concernera pas Iouganskneftegaz, filiale de Ioukos que vient d'acheter Rosneft, a annoncé jeudi le gouvernement.

Iougansk deviendra une entité publique séparée dans laquelle le groupe énergétique chinois CNPC pourrait prendre une part de 20%, a déclaré le ministre russe de l'Energie.

"Les actifs de Iouganskneftegaz seront scindés et transférés dans une compagnie distincte, détenue à 100% par l'Etat", a dit Victor Khristenko.

"Jusqu'à 20% des actions de cette compagnie pourraient être acquis par la Chinese National Petroleum Corporation. Une telle option a déjà été mentionnée dans des documents signés précédemment avec CNPC", a-t-il ajouté.

Khristenko a précisé que l'Etat russe pourrait recevoir en échange des actifs détenus par CNPC en Chine ou dans des pays tiers dans le cadre d'un accord de coopération énergétique plus large entre Moscou et Pékin.

Dimitri Medvedev, président du conseil d'administration de Gazprom et secrétaire général du Kremlin, avait le premier annoncé dans la matinée que Iouganskneftegaz ne serait pas incluse dans la fusion Gazprom-Rosneft.

L'ancien fleuron du groupe Ioukos a été acheté pour 9,4 milliards de dollars le 19 décembre par la société jusqu'alors inconnue Baikal Finance, rachetée à son tour par Rosneft peu avant Noël.

"La fusion sera achevée conformément au calendrier, à savoir en janvier de l'année prochaine", a déclaré Medvedev.

Cette déclaration d'un des proches conseillers du président Vladimir Poutine est intervenue après que le ministre de l'Economie German Gref eut déclaré mercredi que la fusion, d'abord projetée pour cette année, devrait être suspendue dans l'attente d'informations sur le rachat de Iougansk.

IOUKOS DETERMINE A SE BATTRE

Des analystes ont observé que ces déclarations successives, et parfois contradictoires, de plusieurs hauts responsables de l'Etat illustraient bien la confusion qui entoure l'acquisition de Iougansk, une opération controversée que Ioukos a décidé d'attaquer devant la justice américaine.

Dans un avis publié dans des journaux russes et internationaux, Ioukos confirme sa menace de recourir "à tous les moyens légaux possibles" pour obtenir de toute personne physique ou morale impliquée dans la vente de Iougansk un dédommagement qu'il chiffre à 20 milliards de dollars.

Iougansk a été vendue pour régler en partie un redressement fiscal de 27 milliards de dollars imposé au groupe pétrolier.

Cette vente par adjudication a constitué le point d'orgue d'une campagne commanditée par le Kremlin pour annihiler les ambitions politiques de Mikhaïl Khodorkovski, le principal actionnaire de Ioukos et reprendre le contrôle de secteurs stratégiques de l'économie qui avaient été cédés lors des privatisations précipitées des années 1990.

Rosneft est parvenue à réunir jusque-là 1,7 milliard de dollars par la vente à Gazprom de parts dans des coentreprises, mais la compagnie devra faire appel aux banques russes, ou même à l'Etat, pour obtenir le reste des fonds nécessaires pour acquitter le reste du prix de Iougansk dans les délais prévus, soit début janvier.

La fusion Gazprom-Rosneft a pour objet de renforcer le contrôle de l'Etat sur le monopole gazier à 50% contre 39% actuellement et à rendre les titres de Gazprom accessibles aux investisseurs étrangers qui ne peuvent pour l'instant en détenir que des certificats de dépôt occidentaux.

"Il est amusant de constater que des représentants du gouvernement admettent maintenant ouvertement qu'aucun mécanisme n'a été clairement mis sur pied pour le paiement de Iougansk par Rosneft", note Matthew Thomas d'Alfa Bank, qui dit craindre que la confusion ne continue de régner autour de Ioukos en 2005.

"La déclaration de Medvedev suscite de nouvelles interrogations car, si Iougansk n'entre pas dans la fusion avec Gazprom, cela pourrait vouloir dire que Rosneft n'est pas l'acquéreur définitif de Iougansk et que la compagnie risque d'être revendue", a souligné pour sa part Dimitri Mangilev, de la firme de courtage Prospect.

"Si l'on en juge par le flot d'informations qui nous parvient depuis la vente, l'Etat ne sait vraiment comment structurer l'opération", a-t-il ajouté.

Le titre Gazprom, qui avait cédé du terrain mercredi à Moscou sur un possible report de la fusion, la levée des obstacles à l'entrée d'investisseurs étrangers ayant contribué au doublement de son cours cette année, s'est reprise jeudi de 0,6%, à 75,20 roubles.


(Libération, 30.12.2004)
28.12.04

AFP : Vassili Axionov, dissident littéraire d'hier enfin reconnu en Russie

MOSCOU, 28 déc (AFP) - 28/12/2004 09h34 - Vassili Axionov, poussé à l'exil à l'époque soviétique, prosateur ironique des années les plus sombres de l'URSS, a fait son grand retour sur la scène littéraire en Russie en remportant le prix russe Booker 2004 pour son dernier roman, "Voltairiens et Voltairiennes".

"J'ai crié +Liberté pour Khodorkovski!+" en recevant le prix début décembre, raconte celui qui se présente comme un "dissident littéraire", dans son appartement situé à l'intérieur d'une des sept tours staliniennes dominant Moscou.

Le regard bleu rieur, il dénonce "la bouillie dans les crânes" de ses compatriotes et reproduit avec une morgue de collégien le V de la victoire esquissé lors de la remise du prix, financé par l'ex-PDG du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, en prison depuis plus d'un an.

Une reconnaissance tardive pour cet écrivain de 72 ans avec cette récompense littéraire, l'une des plus prestigieuses en Russie, créée en 1991 sur le modèle du Booker Prize britannique.

"Tout le monde est étonné que ce soit le premier prix littéraire de ma vie. Ils croient qu'Axionov a tout eu, qu'il est très riche", note celui qui fit une entrée tonitruante sur la scène littéraire soviétique en publiant en 1960, à 28 ans, son premier roman, "Confrères".

Anticonformiste menant alors "une vie de bohème dans l'underground" du Moscou des années 1970, une capitale soviétique "ennuyeuse et grise", il est alors poussé à l'exil, et se rend aux Etats-Unis en 1980, avec sa femme, après la découverte par le KGB du manuscrit de son ouvrage "La brûlure".

Le "traître" Axionov se voit privé de la citoyenneté soviétique. Elle ne lui sera rendue que dix ans plus tard et ses livres --aujourd'hui en tête de gondoles dans les librairies moscovites-- ne seront autorisés qu'à la fin des années 1980, avec la perestroïka.

Pendant ses vingt ans d'exil, Axionov enseigne la littérature russe à l'université et poursuit sa peinture cinglante de l'URSS, comme dans "Une saga moscovite" (1994), son livre le plus connu à l'étranger, dans lequel il décrit à l'occasion un Staline pris de diahrrée.

Une revanche sur un régime qui a marqué au fer rouge le jeune Axionov, lequel ne retrouva qu'à l'âge de seize ans sa mère, l'écrivain Evguénia Guinzbourg, déportée alors qu'il avait quatre ans.

En 1948, il entame ainsi le "grand voyage" vers Magadan, la capitale des goulags de la Kolyma, dans l'Extrême-Orient russe, où elle est reléguée.

Aujourd'hui, Vassili Axionov n'a plus grand chose de "l'adolescent maigre vêtu d'une veste râpée" qu'Evguénia Guinzbourg décrivait dans "Le ciel de la Kolyma", le jour de leurs retrouvailles à Magadan, le 9 octobre 1948.

Le ventre rond, de gros chaussons en laine aux pieds, il se souvient cependant d'"une vie monstrueuse, au milieu des barbelés, des miradors, des convois de détenus dans les rues auxquels on ne faisait plus attention, comme si c'était une circulation banale".

"Si étrange que cela puisse paraître, malgré l'horreur, nous vivions une vie très intéressante. Pour moi, la découverte de la Kolyma fut plus forte que la découverte de l'Amérique", raconte l'ancien exilé, évoquant sa rencontre avec toute une communauté d'intellectuels, russes, mais aussi polonais ou allemands, pendant ses deux années passées à Magadan.

Et de se mettre à fredonner, avec l'humour salvateur qui éclaire son oeuvre, un air de jazz joué à l'époque par le big-band de Magadan, à l'époque où il était un "jouvenceau occupé à courir les filles".

(AFP via TV5, 28.12.2005)

Libération : L'ancien patron de Ioukos critique Poutine de sa cellule

MOSCOU - Sous le titre "Propriété et liberté", le quotidien financier russe Vedomosti publie mardi un long article rédigé du fond de sa cellule par Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron du groupe pétrolier Ioukos.

Pour l'essentiel, le texte constitue une réflexion philosophique sur le sort de celui qui fut l'homme le plus riche de Russie avant son arrestation en octobre 2003, et est aujourd'hui totalement ruiné.

Mais il dénonce aussi le rôle joué par le Kremlin, et en particulier par le président Vladimir Poutine, dans la chute de Ioukos et la vente aux enchères des principaux actifs du groupe pour rembourser son énorme ardoise fiscale.

Moscou a peut-être détruit Ioukos, mais a surtout infligé du même coup de grave dégâts à l'économie russe, écrit notamment Khodorkovski.

"La question est de connaître les leçons que tirera le pays de l'affaire Ioukos, dont le dénouement constitue l'événement le plus insensé et le plus destructeur pour l'économie de toute la présence aux affaires du président Vladimir Poutine", dit-il en accusant l'administration de ne plus être au service de l'Etat, mais de le diriger.

Pour autant, Khodorkovski ne va pas jusqu'à défier ouvertement le gouvernement et exclut toute idée de vengeance.

"J'aimerais bien sûr aider notre pays à s'épanouir et à devenir libre. Mais je suis prêt à attendre si les autorités décident de me maintenir en prison", écrit-il.

"Ils veulent me maintenir à l'écart, très à l'écart, pendant au moins cinq ans, car ils ont peur de ma vengeance", poursuit-il à propos de ses ennemis. "Ces petits esprits pensent que tout le monde vit selon leurs règles. Mais ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de devenir le comte de Monte Cristo."

(Libération, 28.12.2004)

AFP : Ioukos: l'arnaque de l'année sur le dos du peuple (conseiller du président)

Andreï Illarionov, conseiller économique du président russe Vladimir Poutine a décerné mardi le titre d'"arnaque de l'année" à l'acquisition par la compagnie publique Rosneft des principaux actifs de Ioukos "grâce à l'argent des citoyens russes", au cours d'une conférence de presse.

"Dans la catégorie arnaque de l'année le vainqueur est la vente de Iouganskneftegaz à une société mystérieuse (...), puis le rachat de cette société par Rosneft" ainsi que l'opération de fusion de cette dernière avec Gazprom, a annoncé M. Illarionov devant des journalistes.

Rosneft a annoncé jeudi qu'elle était devenue propriétaire de la première filiale de Ioukos, Iouganskneftegaz, en achetant les parts de Baïkalfinansgroup, une société inconnue qui l'avait emporté la semaine dernière aux enchères. Cette opération devrait déboucher sur la création d'un nouveau géant énergétique semi-public unissant Gazprom, Rosneft et Iouganskneftegaz.

Le conseiller économique, qui a critiqué à plusieurs reprises la politique du président Poutine, a estimé que "l'énigme de l'année" était de savoir "d'où vient l'argent" pour cette opération.

Mais il y a aussitôt répondu en estimant que les quelque 9 milliards de dollars que Rosneft devrait débourser pour cette acquisition ne pouvaient venir "que du budget de l'Etat puisque aucune autre compagnie n'avait de fonds suffisants".

"L'argent a été pris aux citoyens du pays", a-t-il conclu.

Andreï Illarionov a souligné que l'on avait assisté cette année à "la destruction de la compagnie pétrolière la plus efficace de Russie" et estimé qu'il s'agissait clairement d'une "expropriation", "puisque personne ne s'est intéressé aux propositions de Ioukos de rembourser sa dette fiscale".

L'économiste n'a pas exclu qu'une campagne comme celle qu'a enduré Ioukos puisse toucher d'autres compagnies russes.

Il a déploré que la Russie ait abandonné le chemin du libéralisme économique et soit passée à un "modèle interventionniste".

M. Illarionov a notamment comparé la nationalisation de facto de Ioukos, à celle du secteur pétrolier vénézuélien en 1976 et prédit un ralentissement de la croissance économique à cause "de l'intervention incompétente des fonctionnaires dans l'économie".

Il a souligné que la tâche fixée par le président Poutine "de doubler le PIB en 10 ans n'était pas possible dans un contexte politique populiste et interventionniste".

(AFP via Voilà!, 28.12.2004)

AFP : Khodorkovski: le processus lancé avec Ioukos mène la Russie au chaos

Le processus lancé avec l'expropriation de facto de Ioukos mène "au chaos" et à "la révolution", assure mardi depuis sa prison l'ex-patron du pétrolier russe, Mikhaïl Khodorkovski, dans le quotidien des affaires Vedomosti.

"L'affaire Ioukos n'est en aucune manière un conflit entre l'Etat et le monde des affaires, mais une attaque d'un business (dont les membres sont les bureaucrates) contre un autre", dit M. Khodorkovski dans un texte publié par le quotidien.

"L'Etat n'est ici que l'otage des intérêts de personnes physiques concrètes, par ailleurs chargés de certaines prérogatives officielles", ajoute-t-il.

"La bureaucratie a aujourd'hui décidé de supprimer totalement la séparation des pouvoirs", afin que "chaque homme politique devienne un bureaucrate (...). (Les bureaucrates) détruisent avec assiduité tous les mécanismes qui pourraient permettre aux Russes de s'exprimer: les élections à tous niveaux, la concurrence de marché, la liberté d'opinion, etc", ajoute l'ancien patron de Ioukos, en prison depuis octobre 2003.

Mais, dit-il, "le pays, suite à l'opération de +renforcement de la contrôlabilité+, peut devenir absolument incontrôlable". Car "seuls les spectateurs les plus naïfs des chaînes de télévision publiques continuent de penser que l'objectif poursuivi est dans l'intérêt du peuple".

"Comme nous l'enseigne l'Histoire, la perte de ce respect, particulier, irrationnel, (que les Russes ont) pour le pouvoir mène inévitablement notre pays au chaos, à la révolte et à la révolution", estime-t-il.

Et "très bientôt la seule opposition à la bureaucratie dévorante va être une foule informe et déchaînée, qui va sortir dans la rue et dire: On nous a promis du pain et des jeux, où sont-ils ?", dit M. Khodorkovski.

L'ex-homme le plus riche de Russie, âgé de 41 ans, évoque encore "ceux, au sein du pouvoir, qui pensent sincèrement qu'ils font actuellement quelque chose de bien pour le pays".

"Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions. La logique historique montre qu'ils vont devoir à l'avenir constater que les méthodes répressives en politique, la redistribution des richesses par la force au profit de groupes d'intérêt, sont incompatibles avec la construction d'une économie moderne", dit-il.

"On ne pourra arrêter cette machine après Khodorkovski, Ioukos ou les autres oligarques, elle fera de nombreuses victimes, y compris ses actuels architectes et maîtres d'oeuvre", estime-t-il.

Enfin, estimant que les poursuites qui le visent ainsi que Ioukos ont également été lancées en raison de la "haine du pouvoir" personnellement à son égard - un sentiment prêté au président Vladimir Poutine envers un patron qui lui avait tenu tête - M. Khodorkovski assure que les tenants du pouvoir "veulent l'enterrer en prison pour cinq ans ou même plus".

Jugé pour escroquerie et fraude fiscale à grande échelle en "groupe organisé", Mikhaïl Khodorkovski encourt plus de 20 ans de prison, selon ses avocats.


(AFP via Voila!, 28.12.2004)
25.12.04

Honte.

En lisant cette interview de Jacques Sapir (cf ci-dessous) je ne peux qu’éprouver un sentiment de honte pour la communauté des chercheurs et spécialistes « notamment ( sic!)» de la Russie que M. Sapir compromet par ses déclarations. N’avions nous pas tiré les leçons de l’aveuglement d’une bonne partie de la communauté intellectuelle française vis-à-vis de l’Union Soviétique, celle-là même qui niait la réalité des camps et s’enthousiasmait devant les réalisations de l’économie soviétique ? Non, nous ne les avons pas tirées.

Relevons pour commencer quelques erreurs factuelles et absurdités, comme la phrase signalant que Mikhaïl Khodorkovski « utilisait ses moyens financiers pour acheter des organes de presse » où le pluriel et l’itératif sont manifestement de trop (Khodorkovski est propriétaire du seul quotidien Les Nouvelles de Moscou, dont le poids est dérisoire face au contrôle absolu exercé par l’État sur tout l’audiovisuel), et qui devrait tout de même faire lever quelques sourcils dans un pays – le nôtre – où la quasi-totalité des groupes de presse appartient également à des hommes d’affaires sans que cela n’ait encore servi de prétexte à leur incarcération .

L’analyse de M. Sapir portant sur la politique étrangère énergétique de M. Poutine est tout simplement stupéfiante. En effet, l’un des points de friction bien connu entre Khodorkovski et Poutine était la direction que devaient prendre les exportations de brut russe. Alors que Khodorkovski souhaitait précisément développer son partenariat commercial avec la Chine, Poutine exigeait quant à lui que l’oléoduc soit dirigé vers le Japon. Comment expliquer ce revirement brutal ? L’intérêt économique du projet élaboré par Khodorkovski aurait-il finalement séduit les conseillers de Poutine… à partir du moment où ces derniers en devenaient les principaux bénéficiaires ?
Mais y a-t-il encore une véritable politique étrangère russe en ce moment ? Elle ressemble à un bateau ivre, barrant tantôt à droite, tantôt à gauche, sous l’effet des crises de colères des hommes du pouvoir contre tel ou tel pays, et sur fond . Tantôt Poutine soutient Bush dans sa campagne électorale et le félicite de sa victoire, tantôt il met en doute la légitimité des élections américaines. Une année Poutine décide de favoriser le Japon face à la Chine, l’année suivante il fait le contraire…

Mais c’est surtout la phrase de conclusion de cette interview qui est un concentré d’hypocrisie et de contre-vérités : « Pour qu'il y ait un Etat démocratique, il faut que les richesses correspondent à une économie réelle. Celle-ci est nécessaire pour construire la base sociale. Les conseillers de Vladimir Poutine n'ont pas ça en tête lorsqu'il favorise le développement de l'industrie pétrolière. Mais peu importe. Cette initiative est enclenchée, même à leur insu. Une politique qui vise à reconstruire l'économie est porteuse d'espoir démocratique. »

La seule concession au réalisme dans cette petite merveille de jésuitisme est l’aveu que les conseillers de Poutine n’ont pas « ça » (comprenez – la démocratie et le bien public) en tête lorsqu’ils font glisser dans leur poche le plus beau fleuron de l’industrie pétrolière russe. Mais les représenter, en quelque sorte, comme « une partie de cette force qui veut toujours le mal, et fait toujours le bien » ne me semble pas témoigner d’une vision politique très sobre.

En quoi la confiscation d’une entreprise par une autre – moins rentable et moins bien gérée et qui ne sert les intérêts de l’État qu’en apparence – peut elle être interprétée en terme de mise en correspondance des richesses et d’une économie réelle ?! C’est bien la preuve au contraire que le pouvoir russe actuel construit toute sa politique économique sur une conjoncture favorable, mais temporaire : le niveau exceptionnellement élevé des prix du pétrole. Comme à l’époque communiste, le décalage s’accentue entre d’un côté l’optimiste volontariste des discours officiels et des objectifs à atteindre, et la réalité de la croissance qui se ralentit, des investissements qui stagnent et d’un PIB inférieur à celui du Portugal. Aucune idée nouvelle dans cette politique économique, aucune réforme de fond, rien que la prise de contrôle d’actifs particulièrement juteux par une mafia familiale proche de Poutine qui n’a rien à envier à celle qui entourait le président Eltsine. M. Sapir, vous qui êtes si prompt à dénoncer les collusions et convergences d’intérêts dans l’entourage de l’ex-président russe, les liens familiaux existants entre le procureur général et le principal bénéficiaire de l’ affaire Ioukos Igor Setchine ne vous « interpellent » pas, comme on dit ? Les détails du rachat de la compagnie des Pétroles du Nord (Severnaja Neft’) ne sont-ils pas connus d’un spécialiste de la Russie de votre envergure ? (La petite compagnie appartenant à l’ex-ministre Vavilov a été rachetée pour 600 millions de dollars – un prix deux fois supérieur à sa valeur réelle – par la désormais célèbre compagnie « d’État » Rosneft, donc avec l’argent du contribuable russe. La différence a été « équitablement » partagée entre les différents protagonistes de l’affaire – Vavilov, Setchine et Bogdanchikov – en échange de l’immunité judiciaire promise par ces bons amis de Poutine à Vavilov.)

Enfin, comment peut-on sans rougir affirmer que l’affaire Ioukos est porteuse d’en « espoir démocratique », lorsque le prix à payer pour cette expropriation est la compromission du système judiciaire dans son ensemble et sa soumission totale à l’exécutif ? Lorsque, au lieu de réformer le système fiscal et de boucher les trous que certaines entreprises ont utilisés dans le passé pour réduire excessivement leur charge fiscale (et que d’autres entreprises continuent d’utiliser avec la bénédiction du Kremlin), le pouvoir se livre à l’élimination sélective des contribuables concernés ? Lorsque, pour se prémunir d’une contestation populaire (bien improbable dans un pays baignant dans une idéologie revancharde abondamment relayée par les médias), le pouvoir n’a de cesse de réduire les libertés d’expression (droit de manifester interdits dans de nombreux endroits, notamment aux abords des… tribunaux, complication permanente des procédures d’enregistrement de partis politiques, relèvement du seuil minimal de représentation à la Douma (de 5 à 10 % des voix), attaques permanentes contre les Associations de Défense des Droits de l’Homme…) ?

Que des considérations de realpolitik conduisent nos hommes politiques à fermer les yeux sur ce cas scandaleux peut sinon se justifier, du moins se comprendre, mais lorsque des chercheurs et des spécialistes ayant vocation à former des étudiants jonglent ainsi avec les notions de droit et de justice, occultent des faits et en déforment d’autres, on finit par se demander à quel niveau se situent les « problèmes d’éthique » !

L'Observatrice

"Un espoir démocratique"

Jacques Sapir
est économiste, directeur d'études à l'EHESS, notamment spécialiste de la Russie.

La compagnie pétrolière d'Etat Rosneft a acquis aujourd'hui les actifs pétroliers de Ioukos, vendus dimanche dernier, en devenant propriétaire de Iouganskneftegaz. Pensez-vous que cette nationalisation était prévue depuis le début des poursuites contre le groupe pétrolier en 2003 ?
- Je crois qu'il est clair que Vladimir Poutine sort gagnant de cette affaire. Mais lorsque celle-ci commence en 2003, rien n'était décidé. Il y avait une volonté de voir l'Etat reprendre un contrôle sur la rente pétrolière. D'abord pour des raisons économiques, car il y avait une crainte de voir l'économie pétrolière déstructurer le marché.
Ensuite pour des raisons fiscales car les possibilités de dissimulations sont très grandes.
Enfin, pour des raisons géostratégiques car les décisions des compagnies pétrolières relèvent plus de la politique que du marché. Il n'était alors pas nécessaire d'aller jusqu'à la nationalisation.
Mais les choses ont évolué car Khodorkovski a résisté en refusant un compromis fin 2003.
De plus, fin novembre, la cour des comptes a publié sur son site web un rapport dévastateur sur les privatisations de 1995-1996. La pression était alors assez forte pour dire "les propriétaires sont des voleurs", "l'Etat doit retrouver sa mise". Et puis le pouvoir estime que l'Etat doit posséder un instrument économique. Tout cela implique un contrôle direct sur la rente pétrolière.
Quant à la démarche entreprise auprès du tribunal de Houston, je vous rappelle que la question du rôle du droit commercial relève de la politique et non du droit.
L'Etat américain laisse une obscure cour californienne titiller la France à travers l'affaire du Crédit Lyonnais. De même, si le tribunal de Houston poursuit ses démarches dans l'affaire Ioukos, c'est que l'Etat américain l'aura décidé. Mais je crois que Moscou se fera un peu plus rugueux que Paris envers les Etats-Unis.
Il me semble par ailleurs que la logique du conflit n'est pas la bonne pour Menatep, la holding qui contrôle Ioukos. Celle-ci s'est quand même faite sur le détournement de la caisse des jeunesses communistes. Il me semble que lorsqu'on réussit dans ces conditions, on ne peut exiger ensuite l'application du droit.

Cette reprise en main du secteur par Vladimir Poutine ne risque-t-elle pas d'effrayer les investisseurs étrangers ? Pourquoi le président russe parlait-il hier d'ouvrir le secteur pétrolier russe à la Chine?
- Tout d'abord, il faut regarder les réalités en face : il y a peu d'investisseurs étrangers en Russie et l'affaire Ioukos ne risque donc pas d'avoir une influence néfaste pour cela. Les quelques investisseurs étrangers ne sont d'ailleurs pas dans le secteur pétrolier. Ils savent donc qu'ils n'ont rien à craindre car Vladimir Poutine ne se tourne que vers les matières premières, ce qui d'ailleurs me semble justifié. Je vous rappelle que c'est quand même ce qu'a fait la France à certains moments.
Concernant la Chine, l'ouverture vers ce pays est d'abord purement économique: il suffit de regarder le marché des matières premières pour voir que la Chine pèse un poids de plus en plus lourds sur ce dernier. Or la Russie possède des matières premières et la Chine est en demande. Il est logique qu'une entente se fasse.
Ensuite il s'agit d'une question de géostratégie: pour les Chinois, l'occupation de l'Irak par les Etats-Unis est une menace.
Certains ont dit que ceux qui contrôleront les champs pétroliers du Golfe contrôleront le développement de la Chine. Pékin cherche donc à substituer la Russie à l'Irak.
Enfin, il s'agit d'une question de géostratégie russe: la Russie se reconstruit après la crise de 1998. Elle se sent menacée par les Etats-Unis et cherche des alliés, notamment en Asie. Elle a, ne l'oublions pas, une très longue frontière avec la Chine et le commerce entre les deux pays fait vivre toute la région frontalière. De bonnes relations sont donc capitales. Les renforcer encore est un moyen de dire aux Etats-Unis : "vous ne pouvez pas faire tout ce que vous voulez dans le monde, nous sommes là".

L'ancien patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, est depuis environ un an en prison. Certains ont affirmé qu'il s'agissait aussi de la mise à l'écart d'un opposant de Vladimir Poutine, qu'en pensez-vous ?
- La question ici est: "quel peut être l'avenir d'un homme qui était richissime mais qui avait construit son empire sur une collusion avec le pouvoir précédent?" Mikhaïl Khodorkovski est un homme qui a su se placer auprès du pouvoir eltsinien et a profité du dépeçage de la Russie soviétique.
Prétendre ensuite s'afficher comme un politique indépendant pose un problème d'éthique. Il utilisait ses moyens financiers pour acheter des organes de presse.
Jusqu'où peut-on permettre à des fortunes aussi troubles de s'investir dans le jeu politique ? Ce que dit Vladimir Poutine lorsqu'il fait arrêter Mikhaïl Khodorkovski, sur un dossier tout à fait solide d'ailleurs, c'est "je veux bien des hommes d'affaires, prouvez que vous pouvez mener à bien une industrie, mais je ne veux pas d'homme construisant un Etat dans l'Etat". Il ne peut y avoir de démocratie en Russie tant qu'il y aura une féodalité financière.
De toutes façons, la presse n'est pas indépendante en Russie depuis 1995-1996. A cette époque-là, les médias occidentaux n'ont pas bronché et commencer à se montrer sourcilleux aujourd'hui ne me semble ni sérieux ni honnête.
Pour moi, il ne peut y avoir de solution qu'à moyen ou long terme et cette solution ne peut passer que par la sortie d'une économie de rente.
Pour qu'il y ait un Etat démocratique, il faut que les richesses correspondent à une économie réelle. Celle-ci est nécessaire pour construire la base sociale.
Les conseillers de Vladimir Poutine n'ont pas ça en tête lorsqu'il favorise le développement de l'industrie pétrolière. Mais peu importe. Cette initiative est enclenchée, même à leur insu. Une politique qui vise à reconstruire l'économie est porteuse d'espoir démocratique.

Propos recueillis par Céline Louail
(le jeudi 23 décembre 2004)

(Le Nouvel Observateur, 24.12.2004)

Le billard russe de Ioukos

imanche, c'était la surprise totale : une entreprise inconnue remportait aux enchères Iouganskneftegaz, principale filiale du géant pétrolier russe Ioukos. Pas d'activité, un siège social qui se résumait à une épicerie... Ce qui n'empêchait pas Baikalfinansgroup de promettre 9,35 milliards de dollars (7 milliards d'euros) pour se payer le fleuron de Ioukos, acculé au démantèlement par la justice russe pour cause d'arriérés fiscaux impayés. Hier, c'était l'inverse : sans surprise aucune, la confirmation de ce que tout le monde pensait ou craignait. Le repreneur masqué n'était qu'un prête-nom permettant à l'Etat russe, via Rosneft, de reprendre en main le groupe pétrolier. Retour sur une semaine décisive dans l'agonie de Ioukos.

Ioukos est-il nationalisé ?

Oui, de fait. La compagnie pétrolière nationale russe Rosneft a annoncé hier la reprise de la totalité du capital de Baikalfinansgroup, le mystérieux repreneur. Elle prend ainsi le contrôle de la principale division de Ioukos. Ce qui revient à une nationalisation de fait de 11 % de la production pétrolière du pays. Cette prise de possession confirme le scénario d'une intégration des actifs du géant pétrolier dans un groupe énergétique contrôlé par le Kremlin. D'autant que Rosneft s'est engagé ces derniers mois dans un rapprochement avec le géant gazier Gazprom. Celui-ci a annoncé hier que cette fusion entrerait en vigueur au plus tard en janvier. L'acquisition de Iouganskneftegaz fera de Rosneft l'un des plus grands groupes pétroliers de Russie, avec 1,45 million de barils produits chaque jour, presque autant que la Libye. Ce qui permettra au Kremlin de renforcer son contrôle sur le secteur énergétique.

Les enchères étaient-elles truquées ?

Formellement non, en pratique, oui. Pour l'ancien vice-secrétaire américain au Trésor, Stuart Eizenstat, également un des responsables du holding Menatep, principal actionnaire de Ioukos, cette transaction est «l'une des plus grandes truanderies économiques de l'histoire». Ce dernier critique les Etats occidentaux pour leur absence de réaction face aux agissements de l'administration Poutine visant à détruire la compagnie pétrolière.

On ne sait toujours pas officiellement qui se cache derrière Baikalfinansgroup, groupe dont Poutine peinait hier à se souvenir du nom : «L'acquisition par Rosneft, compagnie détenue à 100 % par l'Etat, de cette compagnie... euh, je ne sais plus son nom, Baltiskaïa... Baïkal... Bref, de Iouganskneftegaz, s'est faite, selon moi, de manière tout à fait légale.» Pour le président russe, l'Etat a utilisé «des mécanismes légaux de marché pour assurer ses intérêts». Pourtant, Gazprom était lui-même candidat aux enchères à la reprise de la filiale de Ioukos. Il a été battu par Baikalfinansgroup, ce qui ne l'empêche pas, une semaine plus tard, de voir la société atterrir dans son périmètre, une fois la fusion avec Rosneft effective. Pour Menatep, le holding de Ioukos, Baikalfinansgroup n'était qu'«une couverture pour le gouvernement russe». Avant sa reprise par Rosneft, dont le président, Igor Setchine, est un proche collaborateur de Poutine au Kremlin.

Pourquoi tant de complications avant de nationaliser Ioukos ?

Pour se protéger de la justice internationale. «Toutes ces manipulations ont été faites pour éviter les poursuites en justice», estime Valeri Nesterov, analyste de la société d'investissement Troïka Dialog. En effet, un tribunal de Houston (Texas) avait demandé le 17 décembre une suspension de la vente des actifs de Ioukos. Poutine, lui, y voit une décision «inadmissible du point de vue du droit international» démontrant un «non-respect de la courtoisie internationale».

Que va devenir ce qui reste de la compagnie ?

La police a fait hier une nouvelle perquisition au siège de Ioukos à Moscou. Le reste de la compagnie devrait également être mis en vente par la justice pour éponger sa dette fiscale, tandis que Mikhaïl Khordorkovski, ex-PDG du groupe et son principal actionnaire, risque une peine d'emprisonnement de plus de dix ans.

(Libération, 24.12.2004)
24.12.04

Le Monde : Les investisseurs prennent leurs distances face aux valeurs russes

Le président russe Vladimir Poutine a justifié, jeudi 23 décembre, la procédure de rachat de la compagnie pétrolière Ioukos par une société écran, au profit du groupe public Rosneft. Selon lui, les enchères, qualifiées de simulacres par les observateurs occidentaux, ont été menées de façon correcte, et ont respecté les mécanismes légaux. Le rachat, mercredi 22 décembre, des parts détenues par l'Etat dans le groupe Magnitogorsk, deuxième sidérurgiste national, par des investisseurs privés liés à la direction, a jeté un nouveau trouble. Pour les investisseurs internationaux, la Russie est redevenue un pays dangereux. Ils sont de plus en plus nombreux à s'éloigner des valeurs russes qui avaient été cotées sur les places étrangères, pour symboliser l'ouverture économique du pays.

IOUKOS À L'ENCAN

"Les investisseurs ne peuvent que s'interroger pour savoir s'ils doivent engager de l'argent en Russie", a réagi Lee R. Raymond, le président exécutif d'ExxonMobil, en constatant les déboires de Ioukos. "Je suis surpris que le gouvernement russe ait bougé si vite, sans même chercher à trouver une solution après la décision du tribunal américain", s'étonnait un gérant de fonds, MDM Financial's Semet. Mais tous font le même constat. Malgré le soutien d'un tribunal de Houston, qui a accepté de placer les actifs américains du pétrolier sous la protection de la loi sur les faillites, le géant russe a bien été renationalisé.

La société Baïkalfinansgroup, qui s'est portée candidate au rachat de Iouganskneftegaz, la principale filiale de production de Ioukos, lundi 20 décembre, avait été créée trois jours auparavant. Elle a pu acquérir le principal actif du géant pétrolier au prix de 9,35 milliards de dollars (6,93 milliards d'euros), alors que le marché le valorisait entre 15 et 17 milliards. L'acquéreur s'est révélé n'être qu'un prête-nom pour la société publique Rosneft, qui doit elle-même fusionner en janvier 2005 avec le géant gazier public Gazprom. En dépit de leur protestation, les actionnaires n'ont plus grand-chose à attendre. L'action, qui cotait encore plus de 8 dollars en juillet, ne vaut plus aujourd'hui que 80 cents.

GAZPROM SOUS SURVEILLANCE

Pour de nombreux analystes, l'arrivée de Ioukos dans le giron de Gazprom n'est qu'un premier pas. "Cela s'inscrit dans un grand plan pour créer un groupe pétrolier supranational, contrôlé par l'Etat", prédit John Coast Sullenger, gérant pour le compte de la société Lombart Odier Darier Hentsch, à Genève. Le 30 novembre, le dirigeant de Rosneft, appelé à prendre la direction des activités pétrolières de Gazprom, avait indiqué que le groupe étudiait la possibilité d'acheter deux autres pétroliers, Surgut et Sibneft, afin de bâtir un géant de la taille d'ExxonMobil ou de la compagnie nationale saoudienne Aramco.

Cette perspective est loin de réjouir les investisseurs étrangers, qui y voient un retour en arrière, après les privatisations engagées à partir de 1993. Sans pour autant améliorer les performances de Gazprom. Malgré l'explosion des prix de l'énergie depuis le début de 2004, les bénéfices du géant pétrolier ont été divisés de moitié au premier semestre. "Les coûts de production, de maintenance sont hors contrôle. Le pétrole va servir de vache à lait pour les activités gazières", dit un gérant qui a décidé de réduire le poids de Gazprom dans son portefeuille.

LA SIDÉRURGIE AUSSI SOUS CONTRÔLE

Les péripéties qui ont entouré, mercredi, la vente de la participation de l'Etat russe dans Magnitogorsk (MKK), deuxième sidérurgiste russe, ne contribuent pas à rassurer les investisseurs. Tous s'attendaient à ce que le groupe russe Mechel, coté aux Etats-Unis, qui possédait déjà 17 % de MKK, se porte acquéreur des 23,8 % mis en vente par l'Etat. Il avait confirmé début décembre cette intention et s'était dit prêt à investir 2 milliards de dollars. Une opportune visite de la police dans ses bureaux l'a fait changer d'avis. Il ne s'est pas porté candidat au rachat. Le sidérurgiste Novolipetsk, qui s'était déclaré aussi intéressé, s'est finalement sagement abstenu de toute enchère.

Un consortium, qui s'est révélé être emmené par la direction de MKK, a pu acquérir la participation de l'Etat pour 790 millions de dollars. Dans la foulée, Mechel lui a vendu aussi sa participation de 17 %, pour 780 millions de dollars, et a reçu un complément de 90 millions de dollars pour couper court à toute réclamation contre MKK et ses actionnaires.

Martine Orange (avec Bloomberg)

(Le Monde, 24.12.2004)

Poutine reprend en main le pétrole russe

Stéphane Marchand
[24 décembre 2004]


Vladimir Poutine s'est rapproché hier de son objectif ultime, qui consiste à concentrer dans les mains de l'Etat russe l'immense pouvoir économique et politique que représente le pétrole. En offrant à Rosneft, une compagnie pétrolière publique dirigée par son ami Viktor Setchine, le contrôle de Youganskneftegaz, l'unité de production de la compagnie privée Youkos, le président russe a ramené 11% de recettes pétrolières supplémentaires dans le giron de l'Etat.


L'opération se déroulera en plusieurs étapes. Rosneft va d'abord acquérir BaikalFinansgroup, la structure ad hoc créée tout récemment par Moscou et qui a remporté Youganskneftegaz aux enchères dimanche pour 9,35 milliards de dollars. Ensuite, comme prévu depuis plusieurs mois, Gazprom, le numéro un mondial du gaz, achètera Rosneft, afin de parachever la création d'un géant semi-public des hydrocarbures qui pourrait contrôler à terme 30% du brut russe.


Dix ans après la vague de privatisations équivoques qui avait marqué le secteur des hydrocarbures sous la présidence de Boris Eltsine, la renationalisation vient de franchir un cap important. Du point de vue du Kremlin, la tâche est bien avancée. Certes, l'essentiel du brut russe reste produit par des compagnies privées (Sibneft, TNK, Slavneft, Surgutneftgasz et Lukoil, pour ne citer que les principales) mais leurs dirigeants – contrairement à ceux de Youkos – ont fait allégeance à Poutine et le prouvent en payant leurs impôts.


L'enjeu est de taille. Pétrole et gaz représentent 20% de l'économie russe, plus de la moitié de ses recettes d'exportation, et ces deux ressources comptaient l'année dernière pour 80% de l'indice RTS de la Bourse de Moscou. Vladimir Poutine possède un modèle, l'Arabie saoudite, où l'Aramco, la compagnie d'Etat, contrôle l'essentiel des activités dans les hydrocarbures. L'Aramco confère à la famille royale une puissance géopolitique considérable à travers l'influence qu'elle exerce sur les cours du brut. La Russie se pose en concurrente de l'Opep, le bras armé de l'Arabie saoudite sur les marchés pétroliers. La stratégie du Kremlin bénéficie de l'assentiment d'un large segment de l'opinion russe. Elle est rendue plus urgente par les derniers développements en Asie centrale. A partir de 2005, une partie du brut de la mer Caspienne pourra être exportée vers la Turquie sans transiter par la Russie, ce qui représente indéniablement un affaiblissement pour Moscou.


La victoire de Vladimir Poutine consacre la défaite de son adversaire Mikhaïl Khodorkovski, en prison depuis un an pour fraude fiscale et qui avait eu le privilège indu d'acheter Youkos en 1995 pour la somme ridicule de 350 millions de dollars. Avec la vente aux enchères, dimanche, de Youganskneftegaz, Youkos a perdu 60% de son pétrole et sa dette s'élève toujours à 10 milliards de dollars. L'Etat lui réclame au total des arriérés d'impôts de 23 milliards de dollars. La société risque tout simplement de disparaître.


La bataille pour le contrôle du pétrole russe se double d'un affrontement entre clans d'affaires rivaux. Chaque camp veut mettre le droit de son côté. Hier, Vladimir Poutine tentait de convaincre: «Aujourd'hui, l'Etat a utilisé des mécanismes absolument légaux de marché pour assurer ses intérêts...

L'acquisition par Rosneft, compagnie détenue à 100% par l'Etat, de cette compagnie... euh je ne sais plus son nom, Baltiïskaïa... Baïkal... bref de Iouganskneftegaz, s'est faite selon moi de manière tout à fait légale.» Le président russe en a profité pour jeter le discrédit sur l'ancien régime et sur ses privatisations: «Vous savez tous comment se sont passées les privatisations au début des années 90. Beaucoup de participants avaient obtenu la propriété de l'Etat pour plusieurs milliards en utilisant différentes astuces, dont certaines violaient la loi.» Une allusion limpide à Khodorkovski.

De son côté, Youkos a répété qu'il poursuivrait en justice les acheteurs de sa filiale Iouganskenftegaz, y compris Rosneft: «La compagnie et ses actionnaires contesteront en justice les droits de propriété des acquéreurs des actions de Iouganskneftegaz... Nous le ferons aussi bien en Russie que devant les tribunaux internationaux.»

Toute l'affaire a créé chez les investisseurs un certain malaise à propos du marché russe. L'idée se répand que la nouvelle donne, loin de réduire la corruption chronique, se traduira en fait par une simple redistribution des mêmes cartes à de nouveaux oligarques. Entre janvier et septembre, les sorties de capitaux ont triplé pour atteindre 10,9 milliards de dollars.

(Le Figaro, 24.12.2004)
23.12.04

Reuters : Poutine défend le rachat de Iougansk par Rosneft

MOSCOU/LONDRES - Vladimir Poutine a défendu jeudi le rachat par la compagnie pétrolière d'Etat Rosneft de Iouganskneftegaz, la principale unité de production du groupe pétrolier Ioukos, le président russe affirmant que cette opération est conforme aux règles du marché.

Au cours d'une conférence de presse, il a déclaré qu'en nationalisant ainsi des actifs pétroliers, l'Etat défendait ses intérêts en revenant en arrière sur certaines des privatisations de la dernière décennie qui étaient, selon lui, abusives, voire illégales.

"Rosneft, qui est de facto détenue à 100% par l'Etat, a acheté Iouganskneftegaz. Je pense que tout a été fait dans le respect des méthodes du marché", a-t-il affirmé.

"Vous savez tous très bien dans quelles conditions nos privatisations ont été réalisées au début des années 90 et quelles méthodes ont été employées par certains, y compris en violation des lois alors en vigueur, pour acquérir une propriété de l'Etat qui valait des milliards", a ajouté le président russe.

La compagnie pétrolière nationale russe Rosneft a racheté mercredi la principale division de Ioukos, ce qui se traduit par une nationalisation de fait de 11% de la production pétrolière du pays et compromet gravement les efforts de Ioukos pour empêcher son démembrement.

"ON EST LA RISEE DU MONDE ENTIER"

Un dirigeant de Rosneft a confirmé à Reuters que la compagnie avait acquis la totalité du capital de Baikal Finance Group, la mystérieuse société qui avait remporté dimanche les enchères sur Iouganskneftegaz, principale division de production pétrolière de Ioukos.

"On est la risée du monde entier", estime Arkady Volsky, président de l'Union russe des industriels et des entrepreneurs. "Je ne comprends pas pourquoi il est nécessaire de créer une société de trois personnes dans l'une des brasseries de Tver pour racheter Iougansk", selon des propos rapportés par l'agence de presse Interfax.

Rosneft doit fusionner avec Gazprom, le monopole public du gaz, qui était donné favori pour la reprise de Iougansk, mais qui en a été empêché par une action en justice intentée par Ioukos aux Etats-Unis à l'encontre de toute société qui participerait à l'adjudication.

Gazprom a annoncé jeudi qu'il pensait pouvoir achever la prise de contrôle de la compagnie pétrolière publique Rosneft d'ici janvier au plus tard.

La vente de Iougansk par adjudication a constitué l'aboutissement des manoeuvres menées par le Kremlin pour décourager les ambitions politiques du principal actionnaire de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, Moscou cherchant dans le même temps à reprendre le contrôle de secteurs stratégiques de l'économie abandonnés lors des privatisations à tout va des années 1990.

UNE PRODUCTION EGALE A CELLE DE LA LIBYE

Avec le rachat de Baikal, Rosneft se hisse parmi les premiers groupes pétroliers russes, avec une production de 1,45 million de barils par jour, presque aussi importante que la production totale de la Libye, l'un des pays membres de l'Opep.

Ce rachat de Iougansk par une entreprise d'Etat illustre clairement la détermination du Kremlin pour mettre la main sur le principal actif du groupe pétrolier Ioukos après avoir étranglé ce dernier par d'énormes redressements fiscaux de 27,5 milliards de dollars.

Il confirme en outre l'ascendant pris au Kremlin par les "siloviki", les partisans de la ligne dure, qui se sont engagés à couper les ailes aux oligarques, les hommes d'affaires qui ont bâti des fortunes en achetant à bas prix des actifs publics dans les années 1990 à la faveur du chaos qui a suivi l'effondrement du bloc soviétique.

L'adjudication de dimanche avait été remportée par Baikal Finance, une société jusque-là inconnue, avec une offre de 9,4 milliards de dollars.

La holding pétrolière Gazpromneft, cédée depuis par Gazprom, avait participé à la vente mais sans surenchérir, laissant ainsi le champ libre à Baikal.

Les avocats de Ioukos ont affirmé ensuite que, bien qu'il n'ait pas lui-même avancé une offre, Gazprom avait illégalement participé à l'adjudication, et qu'il avait de ce fait enfreint l'interdiction émise par un tribunal de Houston.

LE SUCCES DES RECOURS SEMBLE MAINTENANT IMPROBABLE

Le groupe pétrolier avait déposé son bilan auprès de ce tribunal texan pour tenter d'interrompre le processus de vente de sa principale division. Il a également menacé de réclamer pour plus de ving milliards de dollars de dommages et intérêt à toutes les parties ayant participé aux enchères sur Iougansk car la justice américaine avait ordonné que celles-ci soient suspendues.

"Nous avons dit que l'acquéreur de Iouganskneftegaz s'exposerait à de sérieux ennuis. Si le bénéficiaire de cette opération est finalement Rosneft, ce que nous avons dit s'appliquera également à cette compagnie", a déclaré le porte-parole de Ioukos Alexandre Chadrine à l'agence de presse Interfax.

"Ioukos confirme qu'il recourra à tout les moyens légaux pour contester cette opération illégale dans l'intérêt des dizaines de milliers d'actionnaires de la compagnie pétrolière", a-t-il ajouté.

Une nouvelle audience du tribunal de Houston sur le dossier est prévue le 6 janvier, mais des analystes soulignent que du fait de l'acquisition opérée par Rosneft, Iougansk est maintenant dans le giron de l'Etat et qu'elle pourrait de ce fait échapper aux actions en justice intentées par les actionnaires de Ioukos.

"Le gouvernement russe a une immunité souveraine. On ne peut pas poursuivre le gouvernement russe", résume Eric Kraus, stratège investissement chez Soblink Securities.

(Reuters via Libération, 23.12.2004)

Le flou s'est dissipé

Dernière dépèche sur les sites russes :
Rosneft a acheté la totalité des parts de Baïkal Finance Groupe et s'est détachée de Gazprom.
Ainsi, la compagnie de Mikhaïl khodorkovski revient à Igor Setchine, ancien du KGB, meilleur ami du président Poutine et parent par alliance du procureur Oustinov.
Pour moi, cette nouvelle est l'équivalent d'un coup d'état larvé à la tête de la Fédération de Russie.
Avant hier, l'avocat de Mikhaïl Khodorkovski a dit qu'il estimait que la vie de son client était menacée. Aujourd'hui je n'en doute plus.
Que faire?
22.12.04

De nouveau, le flou complet...

Après avoir affirmé, preuves à l'appui, que les nouveaux propriétaires de Iouganskneftegaz étaient des membres de l'équipe de Vladimir Bogdanov, le patron de Sourgout, la presse russe relance aujourd'hui l'hypothèse Gazpromneft.
J'avoue être quelque peu perdue dans ces conjectures.
Hier, on a appris que Gazprom approuvait la vente - à un acquéreur là encore inconnu - de toutes ses parts de la compagnie Gazpromneft née de la fusion de Rosneft avec les actifs pétroliers de Gazprom (qui appartenait entièrement à Gazprom, et dont les directeurs sont Bogdanchikov et Igor Sechine).
Le plus curieux est que le communiqué officiel indique que cette vente ne modifie en rien les projets de Gazprom quant à son développement dans le secteur pétrolier. Là j'ai vraiment du mal à comprendre.
D'après les rumeurs de couloir, cette décision serait inattendue même pour les managers de Rosneft.
Les journalistes en déduisent que ce pourrait être pour Gazprom une façon de se séparer formellement de Gazpromneft, afin de se mettre à l'abri des poursuites des tribunaux américains, au cas où Gazpromneft serait bien le nouvel acquéreur de de Iouganskneftegaz.
Il est possible également que ce soit le résultat de la mésentente qui règne, depuis le début de la fusion, entre la direction de Gazprom et celle de Rosneft. De plus, il paraîtrait qu'à l'instar du ministre Herman Gref, le patron de Gazprom Miller ait toujours été opposé à l'achat de la filiale de Ioukos (voire au démantèlement de l'entreprise de Khodorkovski). Tandis que Sechine et Bogdanchikov sont couramment présentés comme étant les commanditaires de l'expropriation de Mikhaïl Khodorkovski.
Mais quel serait dans ce cas le rôle joué par Sourgout et Bogdanov dans cette affaire? Et d'où Gazpromneft tirerait-il les neuf milliards de dollars nécessaires à cette acquisition? Ce nouveau tournant du feuilleton Yukos fait naître plus d'énigmes qu'il n'en résout, d'autant plus que sur le plan de la logique économique et même simplement géographique, l'absorption de Iougansk par Sourgout semblait préférable, et que c'était en outre de toute évidence le voeu le plus cher des employés de Iougansk.
Mais il est vrai que comme a dit le poète, "On ne comprend pas la Russie par la raison"...
Une seule chose est sûre - ces rumeurs et ces incertitudes, ainsi que les fluctuations boursières qui en résultent (et qui portent cette fois sur les actions de Gazprom) ne sont pas faites pour rassurer les investisseurs et redorer l'image de Moscou comme place financière...

Le Figaro : Des oligarques de «deuxième génération»

Avec le démantèlement en cours du premier groupe pétrolier Youkos, le tableau de bord de l'économie russe sous Poutine se précise à grande vitesse. Loin de s'expliquer par une grandiose bataille de l'Etat russe contre les requins du capitalisme eltsinien, le dépeçage de Youkos apparaît en effet comme une étape capitale dans l'émergence d'une oligarchie de «deuxième génération».


Pour la seconde fois en quinze ans, la propriété est en train de changer de mains en Russie, au terme d'une déprivatisation aux méthodes aussi contestables que l'avait été la privatisation des années 90. Contrairement à ce qu'avait laissé espérer Vladimir Poutine au début de son premier mandat, on n'est nullement sorti de la relation incestueuse entre pouvoir politique et monde des affaires. «Cette victoire du pouvoir traduit le retour à la norme, au primat de la bureaucratie politique sur l'économie. En Russie, la bureaucratie du pouvoir a toujours possédé les terres et les usines, et les a toujours distribuées ou reprises selon son bon vouloir», explique la sociologue Olga Krychtanovskaïa, chercheuse à l'Académie des sciences de Russie.


Curieusement, les oligarques ont mis du temps à comprendre. Surgis de terre comme des gratte-ciel new-yorkais il y a à peine dix ans, ces pirates des temps modernes, anciens piliers de la nomenklatura ou génies de la débrouillardise avaient profité du chaos de l'après-communisme pour accumuler des empires industriels de plusieurs milliards de dollars. Ces dernières années, ils estimaient avoir atteint la respectabilité. En s'attaquant au plus puissant d'entre eux, le pétrolier Mikhaïl Khodorkovski, patron de Youkos, le Kremlin a osé ce que l'ancien banquier Oleg Kissilev appelle «un 11-Septembre du business russe».


Aujourd'hui, la «nationalisation» se profile, affirme l'éditorialiste Mikhaïl Deliaguine du Moscow Times. Les requins du capitalisme à la russe sont devenus des «poissons rouges» inoffensifs, prêts à courber l'échine pour sauver leurs affaires. Beaucoup soldent leurs actifs pour émigrer. Ceux qui ont choisi de rester, en faisant allégeance au Kremlin, ne sont pas pour autant épargnés. Le cas de Mikhaïl Friedman, patron du puissant consortium industriel et financier Alfa, est à cet égard édifiant. Jusqu'ici en odeur de sainteté, il se retrouve au coeur d'une bataille pour le contrôle du marché de la téléphonie mobile, en concurrence avec un clan proche du ministre des Télécommunications Léonid Reïman, lui-même proche de la famille Poutine. L'empoignade est si sérieuse que les milieux économiques parlent déjà d'une affaire «Youkos2».


Les oligarques de première génération sont en réalité des gêneurs alors qu'une nouvelle élite économique, issue de Saint-Péterbourg et, très souvent, des rangs de l'ancien KGB, tente d'émerger. Pour l'instant, les nouveaux prétendants au rôle d'oligarques du Prince restent discrets. Mais des noms émergent. Sergueï Pougatchev, homme d'affaires proche de l'Eglise orthodoxe, originaire de Saint-Péterbourg, patron de la banque Mejprombank et de la compagnie Rosneft, entretient des relations privées intimes avec le Kremlin. Les frères Kovaltchouk, amis d'enfance supposés de Vladimir Poutine, contrôleraient aujourd'hui, à en croire l'ancien secrétaire du Conseil de sécurité russe Ivan Rybkine, les intérêts du Kremlin dans les médias russes. Guennadi Timchenko serait «l'homme de Poutine à Genève», selon le quotidien suisse L'Hebdo. Dans son édition du 27 février, la lettre confidentielle Intelligence Online précise que cet illustre inconnu, «trader pétrolier russe», serait «l'un des plus actifs» amis de Vladimir Poutine. Autant de signes qui poussent un homme d'affaires français à conclure : «La redistribution de la richesse nationale est en cours. Le système reste le même, mais les bénéficiaires vont changer.»

Laure Mandeville


(Le Figaro, 22.12.2004)

Le Monde : Vladimir Poutine approuve la vente controversée de la filiale de Ioukos

Moscou de notre correspondante

Si le mystère reste entier sur l'identité de la société BaïkalFinansGroup qui a remporté la vente aux enchères de la filiale du groupe pétrolier russe Ioukos, Vladimir Poutine, en visite en Allemagne, mardi 21 décembre, a publiquement approuvé les circonstances entourant cette adjudication controversée.

La veille, le département d'Etat, à Washington, avait estimé que le démantèlement de Ioukos "portait atteinte à la réputation de la Russie comme endroit où faire des affaires". Un porte-parole de la Maison Blanche a affirmé, mardi, que les Etats-Unis étaient "déçus" par l'attitude de Moscou dans l'affaire Ioukos.

S'exprimant lors d'une conférence de presse, le président russe a affirmé que "les actionnaires de BaïkalFinansGroup sont des personnes physiques actives dans les affaires depuis de longues années". Il n'a fourni aucune autre précision sur cette société dont personne, en Russie, n'avait entendu parler avant la vente aux enchères du 19 décembre.

Le président russe a cherché, mardi, à dissiper les doutes sur l'ensemble de cette opération, qui marque l'aboutissement d'une offensive fiscale et judiciaire longue de dix-huit mois, lancée par les autorités russes contre le groupe privé Ioukos et son ancien patron, emprisonné à Moscou, Mikhaïl Khodorkovski, soupçonné d'ambitions politiques.

Vladimir Poutine a indiqué que les actionnaires de BaïkalFinansGroup avaient "l'intention de construire des liens avec d'autres compagnies énergétiques russes", allusion, selon les commentateurs russes, au géant étatique Gazprom, qui a entrepris, cette année, de se diversifier dans le pétrole.

Le chef du Kremlin a en outre évoqué le rôle que pourrait jouer la compagnie pétrolière chinoise CNPC. Celle-ci avait, un temps, manifesté sa volonté de participer à la vente aux enchères de Iouganskneftegaz, la filiale de Ioukos, avant de renoncer. "Entre Gazprom et la compagnie chinoise, il existe un accord de coopération dans la sphère énergétique,a souligné Vladimir Poutine. Et nous n'excluons pas que -CNPC- participe également à l'exploitation des biens qui ont été vendus aux enchères." Il a ajouté que "les modalités de ce travail seront décidées par les partenaires eux-mêmes", confirmant ainsi que Gazprom aurait un rôle de premier plan dans la gestion des actifs de Iouganskneftegaz.

LOT DE CONSOLATION

Vladimir Poutine a souligné que le sort de Ioukos était "naturellement un problème interne à la Russie", et que tout s'était passé "en pleine conformité avec la loi russe".

Le chancelier Gerhard Schröder lui a apporté son plein soutien sur ce point, affirmant, à son tour, qu'il s'agissait d'une "affaire interne à la Russie". L'Allemagne est le premier partenaire économique de la Russie, et sa plus grande banque, la Deutsche Bank, entretient des liens privilégiés avec les autorités russes et le géant Gazprom. Après la décision d'un tribunal américain exposant les repreneurs de Iouganskneftegaz à des poursuites judiciaires et à des saisies d'actifs à l'étranger, un consortium de banques occidentales, emmené par la Deutsche Bank, avait ajourné un crédit estimé à environ 13 milliards de dollars que tentait de négocier Gazprom.

L'entrée en lice de la compagnie étatique CNPC traduit le souci des autorités de Pékin d'accroître leurs approvisionnements en pétrole de Sibérie. Cet été, Ioukos avait annoncé l'interruption de ses fournitures à la Chine. CNPC espère avoir en Gazprom - qui, selon des analystes financiers à Moscou, deviendra "le propriétaire final de Iouganskneftegaz" - un partenaire plus fiable.

CNPC avait subi une déconvenue, en 2002, lorsqu'elle avait été écartée de la vente aux enchères du pétrolier Slavneft. Iouganskneftegaz produisant 1 million de barils de pétrole par jour, soit plus que le Qatar, Vladimir Poutine a tendu, mardi, aux Chinois, un gros lot de consolation.

Natalie Nougayrède


(Le Monde, 22.12.2004)
21.12.04

Déclaration de Mikhaïl Khodorkovski

Le pouvoir s'est octroyé un superbe cadeau de Noël - la destruction de la compagnie pétrolière la plus rentable de Russie. Iouganskneftegaz a été vendu au cours d'une mascarade de vente aux enchères.

Mais il y a des choses largement plus importantes que ces actions sans visage.

Pensez à cette femme juriste, arrachée à sa famille et à ses jeunes enfants et jetée en prison, simplement pour qu'elle ne dérange pas et pour faire un exemple.

Pensez aux autres personnes qui ont été emprisonnées où contraintes de quitter leur pays et leur famille. Et à tous ceux qui, à cause de tout celà, se retrouveront à la veille des Fêtes sans salaire.

Le destin de ses gens me semble aujourd'hui largement plus important et plus grave. Je suis sûr que tous partagent mon avis, employés du secteur pétrolier, journalistes, commentateurs ou même simplement ceux qui ne sont pas indifférents...

Ayez une pensée pour eux, ne serait-ce que quelques minutes, lorsque vous serez attablés avec votre famille le soir de Noël ou du Nouvel An.

(Traduction l'Observatrice, Texte original : Centre de Presse de Mikhaïl Khodorkovski, 20.12.2004)



Mikhaïl Khodorkovski au tribunal Meshchanski, 20.12.2004

SCOOOP ! (Méfiez-vous de vos voisins...)

D'après le quotidien GaZeTa, la compagnie qui a acheté dimanche Iouganskneftegaz serait une filiale de Surgutneftegaz, la compagnie de Bogdanov, dont les champs pétrolifères jouxtent quasiment ceux de Iouganskneftegaz.
Surgutneftegaz, on s'en souvient, avait formellement démenti toute participation, directe ou non, à ces enchères.

Ainsi que l'a découvert GaZeTa, ce sont des cadres de Surgutneftegaz qui ont représenté la société Baïkal Finance Groupe lors des enchères de Dimanche. D'après l'enquête menée par le journal, la Société Baïkal Finance Groupe a été créée à Tver le 6 décembre 2004, et son directeur est Valentina Davletgareeva. Or elle est également copropriétaire des sociétés "Soveren" et "Forum Invest" affiliées à Surgutneftegaz. Et le rôle de l'acheteur délégué par Baïkal Finance Group à la vente aux enchères était tenu par Igor Minibaev, un cadre de Surgutneftegaz.

Cette version me paraît d'autant plus plausible, que l'on sait par ailleurs que Surgutneftegaz disposait de 6 à 7 milliards de liquidités qu'il cherchait à investir. Et que Surgutneftegaz n'a pas d'intérets commerciaux aux Etats-Unis, si bien qu'il est relativement peu concerné par la décision du tribunal de Huston. En fait, la proximité géographique des concessions pétrolières rendrait leur exploitation plus aisée.

Mais Surgutneftegaz ne dispose pas cependant des moyens nécessaires pour règler la totalité du montant des enchères, si bien que l'on peut tout de même supposer qu'il n'est pas seul à se cacher derrière le mystérieux Baïkal Finance Groupe...

Le Monde : Le scandale Ioukos

C'est un groupe financier totalement inconnu, Baïkal Finance, domicilié dans une petite épicerie dans la ville de Tver, à 200 km au nord-ouest de Moscou, qui s'est offert le plus grand producteur de pétrole russe. Les enchères n'ont duré que quelques minutes et le marteau est tombé autour d'un prix inimaginable pour une épicerie mais nettement sous-évalué pour les actifs représentés de 9,37 milliards de dollars.

L'affaire Ioukos tourne à la mascarade. Les milieux d'affaires occidentaux et certains chefs d'Etat qui fermaient les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme et les exactions en Tchétchénie de Vladimir Poutine au motif, qu'au moins, il parvenait à opérer un redressement de l'économie, vont devoir changer d'avis. Le nouveau tsar utilise les mêmes méthodes autocratiques et antidémocratiques sur le plan économique. Il se moque des droits de propriété comme des droits de l'homme.

On peut comprendre le point de départ : Ioukos fait partie de ces privatisations scandaleuses qui ont permis, sous le règne d'Eltsine, l'enrichissement d'une poignée d'oligarques. Menatep, une banque propriété de Mikhaïl Khodorkovski, âgé de 33 ans, a ainsi mis la main pour 350 millions de dollars sur Ioukos, qui possède les plus importants puits de pétrole du pays. M. Khodorkovski est devenu l'homme le plus riche de Russie.

Avec l'assentiment de la population, Vladimir Poutine veut revenir sur ces spoliations. Il accuse, en outre, Mikhaïl Khodorkovski de financer l'opposition. Il fait alors arrêter brutalement les dirigeants de Ioukos et la justice les inculpe d'évasion fiscale et d'escroquerie à grande échelle.

Il s'ensuit une course économico-judiciaire : Menatep essaie de se protéger en épousant des groupes américains. Les autorités russes gèlent les avoirs de la société et lui réclament plusieurs milliards de dollars d'arriérés fiscaux que Ioukos ne peut payer. Le pouvoir décide la mise aux enchères des actifs : il voudrait que le groupe gazier Gazprom, resté public, reprenne Ioukos pour, de cette manière, "renationaliser" le pétrole, matière stratégique. Ioukos, dernier épisode, s'appuie sur une filiale qu'elle possède au Texas pour la mettre sous le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Cette démarche bloque la vente aux enchères et menace de répercussions judiciaires toute banque occidentale qui apporterait son concours au rachat. Gazprom, qui a de gros intérêts à l'étranger, est bloqué.

D'où le passage par l'inconnu Baïkal Finance. Est-ce un faux nez de Gazprom. Est-ce un autre groupe privé "ami" de M. Poutine ? En tout cas l'opacité du capitalisme poutinien est totale. Cette guerre contre les oligarques est emblématique des méthodes musclées d'un pouvoir qui veut mettre au pas le pouvoir économique russe mais aussi étranger. Le groupe suédois Ikea, qui voulait ouvrir un magasin à Moscou, vient lui aussi d'en faire les frais. M. Poutine ne redressera pas l'économie russe par la force et le mépris du droit.

(Le Monde, 20.12.2004)
20.12.04

AFP : L'acquéreur du fleuron de Ioukos reste masqué, Menatep prépare des poursuites

Des recherches tous azimuts étaient lancées lundi pour découvrir quels intérêts se cachent derrière le mystérieux groupe qui a emporté le fleuron du pétrolier Ioukos aux enchères la veille, tandis que les propriétaires spoliés annonçaient une bataille légale de longue haleine.

"Gazprom s'est servi d'un tiers pour acheter Iouganskneftegaz", proclame lundi en une le quotidien Izvestia, traduisant le sentiment de la majorité des observateurs qui estiment que le géant gazier récupérera tôt ou tard la première filiale de Ioukos, emportée aux enchères pour 9,35 milliards de dollars par une société inconnue en Russie, Baïkalfinansgroup.

Au lendemain de cette vente qui signifie la fin de Ioukos en tant que premier producteur de pétrole, l'action du groupe a dévissé de 25% à la Bourse de Moscou et sa capitalisation est descendue à 1,3 milliard de dollars.

Baïkalfinansgroup, créée tout récemment est enregistrée à Tver, au nord-ouest de Moscou et une véritable chasse aux indices a été lancée pour tenter de savoir qui se cache derrière ce leurre.

Le quotidien des affaires Kommersant relève qu'à l'adresse donnée pour son enregistrement on ne trouve aucune trace de cette société mais un débit de boissons nommé "Londres". Cette adresse a été utilisée par ailleurs pour enregistrer quelque 150 sociétés.

"La compagnie pétrolière Sourgoutneftegaz est la seule à avoir une raison d'enregistrer une société à Tver puisqu'elle dispose d'intérêts importants à cet endroit", soulignent lundi les analystes de la société d'investissement UFG.

Ces derniers estiment que ce groupe, réputé proche du Kremlin et qui dispose de plus de liquidités, aurait pu s'offrir le joyau de Ioukos pour en revendre ensuite tout ou partie à Gazprom.

Le ministre russe des Finances Alexeï Koudrine a déclaré lundi qu'il ne connaissait pas Baïkalfinansgroup, assurant que "tout sera clair sur cette compagnie après le paiement dû" pour les enchères, selon l'agence Interfax.

La société a jusqu'au 11 janvier, après les fêtes du calendrier russe, pour payer, faute de quoi la vente sera annulée et Iouganskneftegaz reviendra à l'Etat, a précisé le Fonds des Biens d'Etat cité par Interfax.

Le géant gazier contrôlé par l'Etat, donné grand favori, n'a finalement pas fait d'enchères dimanche, évitant de contrevenir à une injonction d'un tribunal de Houston (Texas) qui avait demandé la suspension pour dix jours de la vente d'actifs de Ioukos.

"Le risque légal lié à l'acquisition de Iouganskneftegaz a effrayé même Gazprom", relève Andrew Neff, analyste du Centre de recherche des marchés mondiaux.

Sandford Saunders, avocat du holding Menatep qui regroupe les parts des principaux actionnaires de Ioukos, a indiqué à l'AFP lundi que son cabinet "était en train d'enquêter" sur Baïkalfinansgroup pour connaître ses véritables commanditaires.

Il a précisé que son client s'apprêtait à déposer plainte devant la justice internationale contre l'acquéreur et qu'il pourrait réclamer "la saisie de livraisons de pétrole de Iouganskneftegaz" en guise de compensations financières.

"Il est tout à fait possible que l'on se retrouve avec des tentatives de saisir du pétrole, ou des plaintes contre la Fédération de Russie demandant la mise sous séquestre de nos actifs à l'étranger", a prévenu Igor Iourguens, vice-président de l'organisation patronale RSPP dans le journal Izvestia.

Les députés de la fraction La Patrie, qui soutiennent le pouvoir, s'apprêtent à envoyer une requête au Parquet pour avoir des éclaircissements.

"Nous soupçonnons que les enchères n'ont pas été organisées de façon transparente", a noté le chef de la fraction Dmitri Rogozine.

Les députés voudraient notamment savoir quel est le statut de Baïkalfinansgroup et "d'où vient l'argent".

Le principal actionnaire et ex-patron de Ioukos Mikhaïl Khodorkovski a relevé avec ironie dans un message transmis par ses avocats que "Iouganskneftegaz avait été vendue selon les meilleures traditions des années 1990". La période même où l'oligarque a construit une fortune colossale profitant de privatisations peu transparentes.

"Mais même si les privatisations du secteur pétrolier ont été faussées et obscures", la vente de Iouganskneftegaz "pourrait toutes les surpasser", a estimé l'analyste Andrew Neff.

(AFP via TV5, 20.12.2004)

La Croix : Sombres affaires dans le pétrole russe

Hier encore, lundi 20 décembre, on s'interrogeait sur les intérêts cachés par la société Baïkal Finance, qui a emporté avant-hier aux enchères la filiale pétrolière Iougansk. Le démantèlement de Ioukos participe à la restructuration d'un secteur clé en Russie. L’affaire pointe les failles de l'État de droit dans ce pays

Une vente aux enchères expédiée en une dizaine de minutes. Deux entreprises présentes seulement contre les quatre autorisées à participer à la vente. Baïkal Finance, une société inconnue qui, contre toute attente, s’empare pour 9,348 milliards de dollars (7 milliards d’euros) de la filiale extrayant 62 % du pétrole de Ioukos. Un rival très attendu et de poids, la filiale du groupe Gazprom, dont l’État est de loin le principal actionnaire, qui ne renchérit pas, demande à téléphoner puis se tait et attend les trois coups de marteau clôturant les enchères. Mieux, qui va féliciter le nouvel acquéreur. La vente avant-hier à Moscou de 76,79 % des actions de Iouganskneftegaz, la principale filiale du groupe pétrolier russe en redressement fiscal Ioukos, a ressemblé à un jeu de scène, sans que soit dévoilé ce qui se déroule en coulisse. L’homme et la femme représentant Baïkal Finance, qui devaient donner une conférence de presse annoncée après la vente, se sont aussitôt esquivés, rapporte l’AFP.

«Nous ne savons rien de cette compagnie», a déclaré le chef du fonds des biens d’État organisant la vente. Le mystère entourant Baïkal Finance restait donc entier hier. La société est connue seulement pour être enregistrée à Tver, ville au nord-ouest de Moscou. D’après le journal russe Kommersant, son adresse est celle d’un débit de boissons appelé Londres qui sert de boîte aux lettres à 150 sociétés. Baïkal Finance n’aurait été créé que mercredi dernier, selon la presse russe. «Il s’agit sans doute d’une société écran de droit russe qui n’existera plus dans un mois ou deux», suppose l’expert suisse en criminologie financière André Strebel, auteur avec le Luxembourgeois Ernest Backes d’un épais rapport sur la Menatep, holding représentant les principaux actionnaires de Ioukos. «C’est un paravent dressé pour bloquer les prétentions de Total, Amoco ou BP sur le pétrole du pays à un moment où les producteurs occidentaux ont besoin de diversifier leurs ressources. Faire une telle vente un dimanche après-midi était aussi une bonne façon de compliquer la tâche à d’éventuels donneurs d’ordre occidentaux.»

«Iouganskneftegaz a été vendue selon les meilleures traditions des années 1990», a commenté, via ses avocats, Mikhaïl Khodorkovski, l’ancien patron de Ioukos emprisonné, en référence aux acquisitions d’entreprises auxquelles l’oligarque a lui-même participé. C’est d’ailleurs dans des conditions controversées que, dirigeant alors sa banque Menatep, il a racheté Ioukos lors de la privatisation du groupe pétrolier en 1994-1995.

La véritable stratégie de Poutine


La reprise en main aujourd’hui des ressources énergétiques du pays est analysée comme la véritable stratégie de Vladimir Poutine suivie derrière ce qui reste présenté comme un redressement fiscal contre Ioukos. Officiellement, les grands producteurs russes déclarent toutefois n’avoir aucun lien avec Baïkal Finance. Gazprom, comme le groupe pétrolier privé Surgutneftegaz, absent des enchères mais considéré proche du pouvoir, ont tous deux démenti avant-hier avoir des liens avec le repreneur, a rapporté l’agence Interfax.

Ioukos affiche encore la volonté de se battre. Le porte-parole du groupe pétrolier, Alexandre Chadrine, a réagi avec véhémence après les enchères : «Celui qui est derrière le vainqueur ainsi que ceux qui l’ont aidé sur le plan financier ont porté un coup irréparable à leur réputation.» «La vente de Iouganskneftegaz est illégale du point de vue du droit russe et international, ce qui a déjà été confirmé par un tribunal indépendant et neutre», a-t-il poursuivi, en référence au tribunal de Houston.

Ioukos avait en effet tenté, la semaine dernière, d’empêcher la vente aux enchères de sa filiale, en invoquant la loi américaine sur les faillites (chapitre 11), qui protège une entreprise de ses créanciers en prouvant par des relevés de comptes que le groupe détenait des actifs américains. Jeudi dernier, le tribunal texan des faillites a ordonné de suspendre la vente pour dix jours. Gazprom a fait appel, mais la justice fédérale américaine a confirmé samedi l’arrêt. Moscou s’en est moqué, mais, par crainte d’éventuelles poursuites, le consortium bancaire mené par Deutsche Bank (avec BNP Paribas et JP Morgan), qui devait prêter 10 milliards d’euros à Gazprom pour lui permettre d’acheter Iouganskneftegaz, a alors gelé son financement. Selon un analyste bancaire cité par l’AFP, Baïkal Finance aurait simplement été monté pour «protéger les intérêts de Gazprom vis-à-vis de la justice américaine».

Les bizarreries de la vente aux enchères de dimanche 19 décembre, qui, ironie de l’histoire, s’est déroulée au siège de l’agence russe garante des normes, pointent l’absence de la Russie de la liste noire du blanchiment. Sous pression politique du G7, le pays a même été fait membre à part entière du Gafi, où donc, en théorie, une société écran ne peut être ainsi créée. La Russie reste par ailleurs non signataire de la convention anti-corruption de 1997 de l’OCDE.

Sébastien MAILLARD

(La Croix, 20.12.2004)

AFP : Un nouveau responsable de Ioukos arrêté à Moscou

Un tribunal de Moscou a sanctionné l'arrestation pour dix jours d'un ancien collaborateur de Ioukos, Vladimir Pereverzine, a annoncé dimanche son avocat Igor Iartykh, cité par Interfax.
M. Pereverzine, qui dirige actuellement une société enregistrée à Chypre et qui s'occupait de la revente de brut extrait par Ioukos, a été arrêté samedi.
Des chefs d'inculpation doivent lui être présentés avant l'écoulement du délai de sa détention provisoire, a ajouté l'avocat, sans émettre d'hypothèses en la matière.
Plusieurs responsables et actionnaires du groupe, frappé par une série d'attaques judiciaires, sont soit en prison comme son ex-pdg Mikhaïl Khodorkovski, soit en exil.
Ioukos a dénoncé dans un communiqué le 10 décembre une "terreur stalinienne" contre ses collaborateurs après l'arrestation de trois de ses juristes.

(AFP via Le Revenu, 20.12.2004)

L'Expansion : Affaire Ioukos : « le Kremlin a voulu faire un exemple »

Décryptage des enjeux du dépeçage de Ioukos avec Irina Tchoumatchenko, manager-associé de Next Russia, un cabinet spécialisé dans les fusions-acquisitions et le financement en Russie.

Alors que certains députés russes doutaient publiquement lundi de la transparence de la vente aux enchères du principal actif de Ioukos, au point de vouloir saisir le Parquet général du pays, retour sur une affaire complexe de plus de 10 milliards de dollars. Décryptage des enjeux du dépeçage du premier groupe pétrolier russe avec Irina Tchoumatchenko, manager-associé de Next Russia, un cabinet spécialisé dans les fusions-acquisitions et le financement en Russie.


Quel est ce Baïkal Finanz Group, qui a remporté officiellement les enchères hier dimanche pour 9,3 milliards de dollars, et dont on semble tout ignorer ?

Baïkalfinansgroup est clairement une société-écran de droit russe. Elle n'a pas de business. Elle est inconnue des analystes du secteur pétrolier. Elle a été créée à la va-vite il y a à peine trois semaines et enregistrée à Tver, une ville du nord de Moscou. D'ailleurs, un de nos compatriotes s'est aperçu que son adresse officielle n'existait pas ! Il est à fort à parier qu'elle disparaîtra d'ici peu, après avoir revendu en deuxième main Iouganskneftegaz (ndlr le principal actif de Ioukos, sa filiale de production) à un autre acteur russe. Elle n'avait d'autre vocation en fin de compte que d'avancer les 1,7 milliard de caution pour clore le processus. Du reste, regardez, elle était seule en lice!

L'affaire est-elle pilotée par Gazprom ou même directement par le Kremlin ?

On a tout lieu de penser en effet que Gazprom téléguide le dossier. Depuis que Ioukos s'est placé sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, le pool de banques internationales susceptibles de prêter quelque 10 milliards au groupe public gazier, parmi lesquelles ABN Amro, BNP Paribas ou bien JP Morgan, n'osaient plus se découvrir de peur d'encourir les représailles de la justice américaine sur leurs actifs outre-Atlantique. Du coup, en se retirant ouvertement des enchères, Gazprom se prémunit par avance de toute contestation. Le tout est évidemment cautionné par le Kremlin. En « russifiant » le dossier, Vladimir Poutine fait un exemple. Il montre qu'il peut encore imposer des limites à une économie trop débridée. Or, il a d'autant plus les mains libres que les mastodontes internationaux, tels que Total, BP et autres ChevronTexacco, n'ont pas souhaité s'immiscer dans le dossier de peur de froisser à long terme les intérêts de Moscou et donc de nuire aux leurs en Russie.

Ioukos peut-il servir de précédent ?

Sans doute, car tout est très politique. D'ores et déjà, on parle d'un « nouveau Ioukos », mais dans les télécoms cette fois. Certaines rumeurs insistantes laissent ainsi entendre que le fisc russe pourrait très bientôt se plonger dans les comptes de Vympelkom, le deuxième opérateur du pays, contrôlé par Mikhaïl Friedman, un autre oligarque de l'époque Eltsine. Par ailleurs, la Cour des comptes s'apprête à publier à la rentrée les conclusions de son rapport sur le mouvement de privatisations survenu dans les années 1991/1993.

(L'Expansion, 20.12.2004)

Libération : Un acheteur masqué relance la tragi-comédie Ioukos

Lorraine Millot

Le coup de théâtre a été parfait : hier soir, le coeur de Ioukos, la société Iouganskneftegaz qui extrait 1 million de barils de pétrole par jour, a été adjugé... à une compagnie parfaitement inconnue, intitulée Baïkalfinansgroup. Sans doute un prête-nom agissant au nom de Gazprom ­ ou du moins du Kremlin ­, décryptaient hier soir les analystes moscovites, qui n'avaient jamais entendu parler de cette société qui s'est déclarée prête à payer 261 milliards de roubles (7 milliards d'euros) pour reprendre les 76,79 % de Iouganskneftegaz mis en vente. «Aucune information n'existe sur ce Baïkalfinansroup, relevait hier soir le vice-président de l'Union russe des entrepreneurs, Igor Iourguens. Il serait intéressant de savoir d'où provient l'argent pour cet achat. Qu'une compagnie aussi importante que Iouganskneftegaz se fasse racheter sous prête-nom, cela pose tout de même un problème !» Le mystérieux Baïkalfinansgroup a maintenant 14 jours pour réunir les 7 milliards d'euros.

Adresse fictive. Les deux représentants de Baïkalfinansgroup aux enchères, un jeune homme et une femme permanentée, ont affiché pendant toute la cérémonie des visages bouleversés, comme s'ils souffraient de fortes douleurs intestinales. Ils ont réussi à s'enfuir sans répondre à la moindre question : de façon très étudiée, les enchères se sont déroulées au quatrième étage d'une tour, tandis que les journalistes, invités à y assister par vidéotransmission, avaient été enfermés au seizième étage. Alors que le monde entier rêve des réserves pétrolières de la Russie, deux compagnies seulement avaient osé participer à ces enchères montées par le Kremlin pour dépouiller Ioukos : Gazprom, le monopole semi-public du gaz russe, et ce mystérieux Baïkalfinansgroup. D'emblée, celui-ci a proposé de faire monter le prix de cinq crans, soit de 380 millions d'euros. L'un des deux représentants de Gazprom a alors demandé l'autorisation de «passer un coup de fil». A son retour, il n'a plus rien dit et les trois coups de marteau ont adjugé le morceau au Baïkalfinansgroup. La seule information donnée hier soir sur cette compagnie est qu'elle est basée à Tver, une ville située à 150 kilomètres au nord de Moscou et à 4 000 km à l'ouest du lac Baïkal dont elle a emprunté le nom. Ce groupe n'aurait été enregistré que quelques jours avant ces enchères, indiquait hier soir l'agence de presse russe Interfax. Un reporter d'Itar-Tass, qui s'est rendu hier à l'adresse indiquée à Tver, n'y a trouvé qu'un magasin d'alimentation, un point de vente de téléphones portables et un bistrot.

Ces enchères qui auraient dû solennellement enterrer Ioukos ont ainsi tourné à la devinette, tous les analystes se demandant hier soir qui se cachait derrière ce Baïkalfinansgroup : Gazprom, le géant semi-public du gaz qui était donné grand favori de ces achats ; Sourgoutneftegaz, une compagnie privée voisine de Iouganskneftegaz connue pour être bien en Cour au Kremlin ; une combinaison des deux avec une participation chinoise ? Des porte-parole de Gazprom et Sourgoutneftegaz ont démenti hier soir tout lien avec le Baïkalfinansgroup, ce qui, en Russie particulièrement, ne veut rien dire. Steven Dashevsky, analyste pétrolier du groupe financier Aton en Russie, se disait hier soir convaincu qu'une «filiale de Gazprom» se dresse derrière le Baïkalfinansgroup. Effrayé par les poursuites judiciaires engagées aux Etats-Unis par les dirigeants de Ioukos, Gazprom aurait simplement choisi de se masquer derrière ce prête-nom en attendant que les menaces de poursuites internationales se dissipent.

Enchères «illégales». Vendredi, les avocats de Ioukos ont en effet réussi à faire ordonner par un tribunal de Houston, Texas, la suspension pour dix jours de la vente des actifs de Ioukos. «Ces enchères sont illégales», pouvaient ainsi clamer, hier à Moscou, les avocats américains de Ioukos, annonçant qu'ils poursuivraient «partout dans le monde» tous ceux, repreneurs ou banquiers, qui s'empareraient de Iouganskneftegaz. «Si Gazprom veut avoir des activités internationales, il doit reconnaître les décisions des tribunaux américains», lançait hier à Moscou Sanford Saunders, un de ces avocats américains de Ioukos, déclarant même que des saisies des livraisons de gaz de Gazprom en Occident seraient «l'une des alternatives» possibles. La menace a en tout cas suffisamment effrayé le consortium de banques étrangères, emmené par la Deutsche Bank, pour qu'elles gèlent leur offre de prêt de 10 milliards d'euros à Gazprom, qui devait aider le géant gazier russe à se payer Iouganskneftegaz.

Quel qu'il soit, «le vainqueur des enchères s'est acheté pour 9 milliards de dollars un sérieux mal de tête», commentait hier soir le porte-parole de Ioukos, Alexandre Chadrine, rappelant que sa compagnie est toujours déterminée à résister par tous les moyens possibles à cette «expropriation» manifeste. Dépouillé de sa principale filiale et assommé à coups de redressements fiscaux, qui atteignent un total ahurissant de 27 milliards de dollars (20,3 milliards d'euros), Ioukos est aujourd'hui plus mort que vif. Mais ces enchères pipées, remportées par une compagnie écran, auront au moins montré au monde entier que le capitalisme à la Poutine reste profondément voyou.


(Libération, 20.12.2004)

Le Monde : Les "hommes de Poutine" investissent l'économie

Moscou de notre correspondante

Au fur et à mesure que le sort de Ioukos se précisait, c'est-à-dire son démantèlement, marqué par l'étrange vente aux enchères de dimanche 19 décembre, un autre processus avait lieu : le déploiement dans des secteurs clés de l'économie des "hommes de Poutine".

Ceux-ci sont, en général, issus des réseaux tissés par le président russe au début des années 1990, lorsqu'il gérait les relations économiques extérieures de la municipalité de Saint-Pétersbourg. Beaucoup ont travaillé pour les services secrets.

Ancien lieutenant-colonel du KGB, le président Poutine a puisé ses proches collaborateurs dans le milieu qui lui est le plus familier, et qu'il considère, comme il l'a répété dimanche, comme garant "des intérêts de la Russie".

Contrairement aux années Eltsine, lorsque le Kremlin jonglait avec les intérêts conflictuels de grands groupes, dont les patrons avaient souvent la haute main sur la politique économique, l'ère Poutine se caractérise par une nouvelle concentration, entre les mains de quelques hauts fonctionnaires issus de l'administration présidentielle, d'importants leviers industriels.

Le chef de l'administration présidentielle, Dmitri Medvedev, siège ainsi au sein de la direction du groupe gazier Gazprom, contrôlé par l'Etat. Tout en conservant lui aussi sa position de numéro deux dans l'administration présidentielle, Vladislav Sourkov a pris la tête, début septembre, de la société Transnefteprodukt, qui contrôle un tiers des transports de produits pétroliers dans le pays. Un autre membre de l'administration du Kremlin, Viktor Ivanov, dirige le groupe militaro-industriel Almaz-Anteï, ainsi que la compagnie aérienne nationale, Aeroflot. Le conseiller de M. Poutine pour les relations internationales, Sergueï Prikhodko, a été chargé de superviser un fabriquant de missiles. Igor Chouvalov, nommé au Kremlin par le président, siège désormais au conseil d'administration du monopole des chemins de fer, qui est par ailleurs présidé par le vice-premier ministre Alexandre Joukov, autre homme de confiance du président.

"REDISTRIBUTION"

La seule grande société au capital dominé par l'Etat échappant encore à cet afflux de représentants de l'administration présidentielle est le monopole de l'électricité, RAO EES, dirigé par l'ancien "père des privatisations" des années 1990, Anatoli Tchoubaïs. Il avait d'ailleurs été rejoint à la tête de cette compagnie, peu après l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski, fin 2003, par un transfuge de l'ancienne équipe Eltsine, l'ancien chef de l'administration présidentielle, Alexandre Volochine. Mais les projets de réforme et de morcellement de RAO EES, s'ils progressent, devraient mettre fin à ce dernier résidu resté hors du contrôle direct du Kremlin.

La nomination la plus remarquée fut celle, en juillet, d'Igor Setchine, un autre numéro deux de l'administration présidentielle, à la tête de la société pétrolière Rosneft, qui a ensuite fusionné avec Gazprom pour créer Gazpromneft, jetant les bases d'un géant étatique des hydrocarbures. M. Setchine dirige, aujourd'hui, le conseil d'administration de Gazpromneft.

Selon l'économiste Evgueni Iassine, ce déploiement ne vise pas seulement à établir un contrôle plus prononcé sur les flux financiers de ces sociétés, mais relèverait d'une forme de "redistribution de la propriété" dans le pays, "ainsi que l'a montré l'affaire Ioukos". "Les anciens du KGB prennent leur revanche", commente un investisseur étranger, "après avoir été tenus à l'écart, pendant la période Eltsine, des grandes phases d'enrichissement".

"On assiste à un système de pouvoir spécifique", a écrit le journal Kommersant, critique du régime, "où les actifs clés de l'économie, au nom de la consolidation de l'Etat, se retrouvent contrôlés par un clan étroit de personnes de confiance -du président-. La mainmise sur ces compagnies devient une garantie de la préservation du pouvoir politique entre les mains de ce groupe".

Natalie Nougayrède

(Le Monde, 20.12.2004)

AFP : Démantèlement de Ioukos : une société russe inconnue rafle la mise

Cette vente de 76,79 % des actions de Iouganskneftegaz signe la fin du groupe Ioukos en tant que premier producteur russe de pétrole puisque cette filiale qu'il détenait à 100 % assurait à elle seule 62 % de sa production de brut.
Baïkalfinansgroup, une société russe inconnue, mais soupçonnée de représenter les intérêts du Kremlin, a acheté aux enchères, dimanche 19 décembre, à Moscou, la principale filiale de Ioukos, pour 6,975 milliards d'euros, marquant le début de la fin pour le numéro un du pétrole russe.

Surgi de nulle part à la veille de la vente, le "groupe financier Baïkal", ignoré des milieux d'affaires moscovites, a récemment été enregistré à Tver, au nord-ouest de la Russie. C'était l'unique renseignement disponible à son sujet dimanche soir et l'origine des fonds nécessaires pour finaliser la transaction n'a pas été précisée.

Les représentants de Baïkal se sont esquivés immédiatement et les journalistes, qui suivaient les opérations sur un écran dans une salle voisine, n'ont pu les approcher.


Baïkal n'affrontait qu'un rival, Gazpromneft, la filiale pétrolière du géant gazier Gazprom, contrôlé par l'Etat.

UNE VENTE "ILLÉGALE"

Gazprom, premier producteur de gaz au monde a commencé a afficher cet été de grandes ambitions dans le secteur pétrolier avec sa fusion avec le pétrolier public Rosneft. Il avait annoncé son ambition de s'offrir le joyau de Ioukos, Iouganskneftegaz, pour se hisser directement à la hauteur des majors pétrolières mondiales.

Les enchères n'ont duré que dix minutes. Les représentants de Baïkal, un homme et une femme, ont fait monter le prix d'un seul coup d'un demi-milliard de dollars, soit plus de 373 millions d'euros. Ceux de Gazpromneft ont alors demandé l'autorisation de téléphoner. Après avoir terminé leur communication, ils n'ont pas renchéri et les trois coups de marteau traditionnels ont scellé la vente.

Cette vente de 76,79 % des actions de Iouganskneftegaz signe la fin du groupe Ioukos en tant que premier producteur russe de pétrole puisque cette filiale qu'il détenait à 100 % assurait à elle seule 62 % de sa production de brut.

Un porte-parole de Ioukos, Alexandre Chadrine, a immédiatement réagi en réaffirmant que la vente était "illégale" du point de vue du droit russe et international, "ce qui avait été confirmé par un tribunal indépendant et neutre" - celui de Houston, aux Etats-Unis.

"La compagnie estime que le vainqueur des enchères d'aujourd'hui s'est acheté pour 9 milliards de dollars (6,715 milliards d'euros) un sérieux mal de tête", a ajouté M. Chadrine, cité par l'agence Interfax, faisant allusions à de futures poursuites judiciaires.

Mais il s'agit aussi d'un coup très dur pour Ioukos, dont la faillite semble désormais inévitable, a estimé Tim Osborne, le directeur exécutif du holding Menatep qui réunit les principaux actionnaires du groupe pétrolier, dont son ex-patron Mikhaïl Khodorkovski, en prison depuis 14 mois.

"Je pense qu'il sera très difficile de maintenir Ioukos comme entité viable, alors qu'il doit 27 milliards de dollars au fisc dont 10 milliards (seulement) viendront de la vente de Iouganskneftegaz", a déclaré M. Osborne'AFP. "Je dirais que la faillite est inévitable, mais c'est à la direction d'en décider", a-t-il ajouté par téléphone depuis Londres.

BAÏKAL : UNE SOCIÉTÉ ÉCRAN ??

Quant au mystérieux acheteur, toutes les hypothèses étaient ouvertes dimanche soir, mais celles d'une société écran agissant en réalité pour le Kremlin, qui souhaite reprendre le contrôle des ressources énergétiques du pays, étaient nettement privilégiées.

Le maître de Iouganskneftegaz contrôlera 11,63 milliards de barils de brut, soit 17 % des réserves russes.

"Il s'agit soit de l'Etat, soit d'une compagnie proche de l'Etat", a déclaré Chris Weafer, analyste chargé de la stratégie de la banque Alfa. Il y a trois hypothèses, a-t-il poursuivi : "soit c'est une société écran pour protéger les intérêts de Gazprom vis-à-vis de la justice américaine", soit elle agit pour la compagnie pétrolière Sourgoutneftegaz considérée comme proche du Kremlin, soit "c'est une combinaison des intérêts de l'Etat, de Gazprom et de Sourgoutneftegaz".

Tant Gazprom que Sourgoutneftegaz ont immédiatement démenti avoir des liens avec Baïkal, a rapporté Interfax.

Les avocats de Menatep avaient averti dimanche que Gazprom pourrait utiliser une société écran pour se mettre à l'abri des poursuites judiciaires qu'ils comptent engager contre les acquéreurs. Ioukos a a sollicité auprès d'un tribunal de Houston, au Texas, un placement sous la protection de la loi américaine sous les faillites, invoquant des pressions politiques sur les juges russes.

Un représentant du ministère de la justice, Alexandre Bouksman, a indiqué que si le groupe Baïkal ne s'acquittait pas sous 14 jours des 9,35 milliards de dollars (6,977 milliards d'euros) dus pour cette acquisition, la vente serait annulée et l'Etat pourrait récupérer les actions de Iouganskneftegaz.

Avec AFP, Reuters et AP


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Arrestation d'un ancien responsable de Ioukos à Moscou

Un tribunal de Moscou a ordonné l'arrestation pour dix jours d'un ancien collaborateur de Ioukos, Vladimir Pereverzine, a annoncé, dimanche, son avocat Igor Iartykh, cité par Interfax. M. Pereverzine, qui dirige actuellement une société enregistrée à Chypre et qui s'occupait de la revente de brut extrait par Ioukos, avait été interpellé samedi par la police.

Des chefs d'inculpation doivent lui être présentés avant l'écoulement du délai de sa détention provisoire, a ajouté l'avocat, sans émettre d'hypothèses en la matière.

Plusieurs responsables et actionnaires du groupe, frappé par une série d'attaques judiciaires, sont soit en prison comme son ex-pdg Mikhaïl Khodorkovski, soit en exil.

Ioukos a dénoncé dans un communiqué le 10 décembre une "terreur stalinienne" contre ses collaborateurs après l'arrestation de trois de ses juristes.(-AFP).


(AFP via Le Monde, 20.12.2004)

Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



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Vladimir Pereverzine, libre et révolté.

Bonne Année 2012 !

15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

Vassili Alexanian, une interview inédite.

Vassili, le dernier adieu.

Vassili Alexanian est décédé

Le Figaro: Au dernier jour de son procès, Khodorko...

Point final dans l'Affaire Alexanian

Le Figaro: Plus de procès pour un ancien de Ioukos...



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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


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  • The Moscow News
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