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30.10.04

Le Monde : Bruce Misamore, directeur financier du groupe pétrolier : "L'attaque contre Ioukos est à 100 % une affaire politique"

Il assimile à "du vol" le prix fixé par les autorités pour sa principale filiale.

Londres de notre correspondant

Ioukos, numéro un du pétrole russe, est pris depuis plus d'un an dans une tourmente judiciaire. Pour empêcher la vente d'actifs du groupe, sept membres du conseil d'administration sur onze ont proposé, mardi 26 octobre, que la société se déclare en faillite. La banqueroute est-elle possible ?

Jusqu'à présent, nous avons réussi à éviter la faillite grâce à la coopération de nos clients et de nos fournisseurs. Nous allons tout faire pour survivre, et faisons tout pour maintenir le niveau de production. En 2004, la production devrait s'élever à 1,72 milliard de barils jour, conformément à nos objectifs. Nous dirigeons la compagnie au jour le jour et nous le ferons tant que nous le pourrons, mais cette situation ne peut pas durer. Pour assurer l'avenir de la compagnie, la banqueroute est peut-être la meilleure solution dans la mesure où elle permettrait d'impliquer tous les créditeurs du groupe de manière ordonnée et équitable.

Ioukos s'efforce de trouver une solution avec les autorités. Nous parlons, eux écoutent, mais ne répondent jamais à nos propositions pour tenter de dénouer la crise. L'attaque contre Ioukos est à 100 % une affaire politique.

Où en êtes-vous des remboursements des arriérés d'impôts, qui se chiffrent en milliards de dollars ?

La justice nous a condamnés à verser 3,6 milliards de dollars (2,8 milliards d'euros) pour 2000, et 4,1 milliards de dollars pour 2001. Le fisc est en train de vérifier les exercices 2002 et 2003. Pour 2000, nous avons réglé à ce jour plus de 2,7 milliards de dollars. Nous contestons devant les tribunaux la somme réclamée pour 2001, qui comprend notamment 1,4 milliard de dollars d'amendes pour le moins douteuses. Ces arriérés d'impôts sont illégaux aux termes de la législation russe. Les autres compagnies pétrolières russes ont utilisé des schémas d'optimisation fiscale identiques aux nôtres sans avoir de problèmes.

Ioukos veut trouver un terrain d'entente dans l'intérêt de toutes les parties, en particulier les actionnaires minoritaires. Le défi auquel nous sommes confrontés est que nous n'avons aucune confiance dans l'indépendance du système légal et des tribunaux russes.

Comment gérez-vous le groupe actuellement ?

Ioukos a un avenir mais la gestion au jour le jour est compliquée car le gouvernement accapare la totalité de notre trésorerie. La première moitié est utilisée pour régler les arriérés d'impôts, l'autre moitié sert à payer les taxes pour l'exercice en cours : droits minéraux, taxes d'exportation et accises normales. Les comptes sont bloqués, ce qui pénalise la planification des investissements. Ce n'est pas tenable. Ainsi, nous sommes dans l'impossibilité d'honorer certains contrats. On a dû partiellement suspendre nos livraisons de pétrole brut à la Chine, en raison du gel des comptes bancaires du groupe par la justice, ce qui rend impossible l'acquittement au préalable des frais de transport et de douane.

A l'inverse des compagnies occidentales, les sociétés pétrolières russes ne profitent pas de l'actuelle flambée du brut. En effet, au-delà de 25 dollars le baril, les revenus sont taxés à 90 %.

Comment comptez-vous protéger Iouganskneftegaz, principale filiale du groupe, qui extrait 60 % du brut de Ioukos, et que la justice russe veut vendre pour éponger la dette fiscale ? Le ministère russe de la justice entend mettre aux enchères 76,8 % du capital pour un prix compris entre 3 et 4 milliards de dollars...

Ioukos n'a pas déterminé de stratégie pour contrer un acheteur potentiel de Iouganskneftegaz. Nous entendons toutefois protéger les droits de tous nos actionnaires. La banque Dresdner Kleinwort Wasserstein a valorisé notre filiale de 15 à 18 milliards de dollars en tenant compte de 2 milliards de dollars d'engagements financiers hypothétiques que nous contestons. A nos yeux, un chiffre de 20 milliards de dollars constitue une bonne évaluation. Dans ces circonstances, l'estimation de 3,7 milliards de dollars faite par les autorités est purement et simplement du vol. Une telle vente se ferait en violation de la législation russe.

Quel est l'impact de l'affaire Ioukos sur les investissements étrangers dans le secteur énergétique russe ?

En 2003, la Russie est devenue le premier producteur mondial ex aequo avec l'Arabie saoudite. Ce pays possède les deuxièmes ressources au monde, selon nos estimations. Mais l'exploitation de ce potentiel se heurte à trois problèmes. D'abord, l'amélioration du système de transport des hydrocarbures. Ensuite, la clarification du cadre légal et fiscal pour attirer les investissements étrangers dans les nouvelles zones comme la Sibérie orientale. Enfin, les compagnies indépendantes de l'Etat sont plus que jamais exposées au risque politique.

Propos recueillis par Marc Roche

(Lu dans Le Monde, 29.10.2004)
29.10.04

Libération : Ioukos dit pouvoir régler rapidement sa dette fiscale de 2000

MOSCOU - Le groupe pétrolier russe Ioukos aura remboursé de 3,4 à 3,5 milliards de dollars d'arriérés d'impôt avant la fin de la semaine, réglant ainsi totalement sa dette fiscale de 2000, a déclaré jeudi à Reuters l'un de ses responsables.

Igor Chouvalov, un collaborateur du président Vladimir Poutine, a déclaré par ailleurs aujourd'hui que Ioukos pourrait éviter de voir vendre Iouganskneftegaz, sa filiale de production pétrolière sibérienne, s'il parvenait à régler ses impôts rapidement.

(Lu dans Libération, 28.10.2004)
27.10.04

Libération : L'objectif de production de Ioukos pour 2004 reste inchangé

LONDRES - Ioukos prévoit de produire cette année 86 millions de tonnes de pétrole brut (1,72 million de barils par jour), un objectif qui reste inchangé malgré les difficultés financières du groupe russe, a annoncé son directeur financier Bruce Misamore.

"Nous avons suffisamment de puits pour maintenir la production pendant un moment. Nous avons enregistré une forte croissance plus tôt dans l'année. Nous pouvons poursuivre avec la même production, même avec le déclin naturel. Là où l'impact se fera sentir, c'est sur la production future", a déclaré Misamore à Reuters.

Il a ajouté que Ioukos devait entre 500 millions et un milliard de dollars à ses sous-traitants et fournisseurs.

Il a également prévenu que le groupe était prêt à engager une action en justice en cas d'appel d'offres "truqué" pour sa principale unité de production Iouganskneftegaz.

(Lu dans Libération, 26.10.2004)

Libération : Les administrateurs de Ioukos envisagent une possible faillite

MOSCOU - Le conseil d'administration du géant pétrolier russe Ioukos a discuté la semaine dernière de l'hypothèse d'un dépôt de bilan, le groupe risquant de perdre sa principale entité pour rembourser une ardoise fiscale de huit milliards de dollars, rapportent mardi des médias russes.
"Certains membres du conseil d'administration ont argué qu'il était nécessaire de déclarer l'entreprise en faillite si la principale filiale de production Iouganskneftegaz était mise en vente", a déclaré une source de Ioukos citée par l'agence de presse Interfax.
"Le conseil n'a pris aucune décision sur cette question. En outre, déclarer éventuellement le groupe en faillite est uniquement la prérogative de la direction exécutive", a-t-elle ajouté.
Les huissiers chargés de récupérer les lourds arriérés d'impôts dus par Ioukos ont promis de vendre dans ce but Iougansk, dont la production d'environ un million de barils de pétrole par jour représente 60% de la production totale du groupe.
Ce dernier a prévenu que les demandes du fisc l'acculeraient à la faillite d'ici la fin de l'année.


(Lu dans Libération, 26.10.2004)

Libération : La vente de Iougansk (Ioukos) pourrait concerner Gazprom et E.ON

LONDRES - Une participation substantielle dans Iouganskneftegaz, la principale filiale de production du géant pétrolier russe Ioukos, pourrait être vendue à Gazprom-Rosneft d'ici la fin novembre, avec la participation probable de l'allemand E.ON, déclare l'agence de notation Fitch.
Selon elle, la probable acquisition d'une telle participation par le russe Gazprom avec l'aide du groupe allemand de services collectifs serait bénéfique pour le profil de crédit de Iougansk, dont la production pétrolière représente 10% environ de la production totale de la Russie.
Selon l'évaluation la plus basse de la banque d'investissement Dresdner Kleinwort Wasserstein (DrKW), qu'elle a décrite comme "exagérément prudente", la participation dans Iougansk vaudrait 10,4 milliards de dollars. DrKW a également fourni aussi une fourchette plus élevée, de 14,7 à 17,3 milliards de dollars.
L'acquisition d'une participation dans Iougansk augmenterait également l'importance stratégique de Gazprom pour l'Etat russe, qui est refletée dans sa note "BB". Moscou détient directement 38,37% du numéro un mondial du gaz.
Fitch ajoute que le rôle d'E.ON n'apparaît pas encore clairement, mais que dans cette hypothèse le groupe allemand pourrait renforcer au passage ses plans à long terme visant à participer à un projet d'investissement stratégique en Russie.
E.ON pourrait aussi en profiter pour céder tout ou partie de ses 6,5% de Gazprom et pour acquérir en retour un actif stratégique de plus grande valeur.
Le 21 octobre, Nikolai Tokarev, président de la société publique en charge des investissements pétroliers à l'étranger Zaroubejneft, a déclaré dans une interview à Reuters que la volonté de la Russie de créer dans l'énergie une holding d'Etat géante pourrait se traduire par l'acquisition par Gazprom d'une série de sociétés, dont Iouganskneftegaz.

(Lu dans Libération, 26.10.2004)
26.10.04

Le Monde: Affaire Ioukos : Mikhaïl Khodorkovski a déjà fait un an de prison

Un an jour pour jour après l'arrestation du milliardaire russe Mikhaïl Khodorkovski, ses avocats et des défenseurs des droits de l'homme ont dénoncé une nouvelle fois les "nombreuses violations" de la loi dans le procès de l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, qu'ils considèrent comme "politique".

"De nombreuses violations commises par les forces de l'ordre et la justice à tous les stades du procès nous obligent à douter de l'objectivité des autorités à l'égard de notre client", ont déclaré, lundi 25 octobre, les avocats de M.Khodorkovski, dans un message destiné à dresser "un bilan préliminaire" du procès.

M. Khodorkovski, arrêté le 25 octobre 2003 par les services spéciaux russes et immédiatement inculpé, est accusé de fraude fiscale et d'escroquerie à grande échelle et risque plus de dix ans de prison. Et plaide non coupable, dénonçant le mépris de la légalité.

"L'affaire Khodorkovski est une vengeance contre l'opposition politique, à laquelle s'ajoute le désir de piller" une riche compagnie pétrolière, a estimé l'un des avocats, Iouri Chmidt, cité par l'hebdomadaire Ejenedelny Journal. "J'ai l'impression que ceux qui se trouvent là-haut (au pouvoir) ne savent pas eux-mêmes que faire avec Khodorkovski. Ils ont mis en marche la machine, mais ne savent pas comment achever ce procès", a-t-il dit.

Certains défenseurs des droits de l'homme s'attendent au pire scénario. "On peut prévoir que Khodorkovski et son associé Platon Lebedev seront condamnés à des peines maximales", a estimé Lev Ponomarev du mouvement Pour les droits de l'homme.

Les audiences se sont poursuivies lundi avec l'interrogatoire d'un témoin de l'accusation, mais l'intérêt de la presse et de l'opinion publique russes pour ce procès qui traîne en longueur depuis plusieurs mois est restreint. Cinq journalistes seulement étaient présents au tribunal, alors qu'aux premières audiences ils étaient dix fois plus nombreux et faisaient la queue pour pouvoir assister au procès qui se déroule dans la petite salle d'un tribunal de district, à Moscou.

Une dizaine de personnes, militants d'une petite ONG, Sovest (conscience), créée pour soutenir M. Khodorkovski, ont manifesté devant le tribunal, dressant des pancartes : "Liberté aux prisonniers politiques", devant les regards indifférents des passants.

"L'HOMME À ABATTRE POUR L'EXEMPLE"

Mikhaïl Khodorkovski était considéré comme le plus doué et le plus éclairé des oligarques russes : il s'est attiré les foudres du Kremlin en voulant trop d'indépendance dans un secteur stratégique et en tenant tête à Vladimir Poutine.

Le chef du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, l'a défendu, lui, l'homme le plus riche de Russie dont la fortune personnelle était estimée au début 2004 à plus de 15 milliards de dollars (11,7 milliards d'euros). Ses collègues du grand patronat, après de molles protestations, ont pour leur part courbé l'échine et fait allégeance au Kremlin.

Tout indique qu'outre la mise au pas de Ioukos "pour l'exemple", voire pour une redistribution des actifs pétroliers au profit des nouveaux clans au pouvoir, Khodorkovski était devenu l'"homme à abattre".

En plus d'avoir envisagé un mariage entre Ioukos et la major américaine ExxonMobil, il avait ouvert ses vastes possibilités financières à l'opposition libérale, injectait des millions de dollars dans des programmes de soutien à la société civile, et revendiquait le droit et le devoir du grand capital de s'impliquer dans la vie politique du pays.

"Nous sommes face à un choix réel, entre l'autoritarisme et la société civile. Et nos forces sont plus ou moins égales", disait-il encore à l'automne 2003.

Mikhaïl "ne regrette pas de ne pas avoir quitté le pays. Il savait parfaitement ce qui l'attendait" après l'arrestation de son associé Platon Lebedev en juillet 2003, a dit sa mère, Marina Khodorkovskaïa, à l'ouverture de son procès en mai dernier.

"Surdoué", "charmeur", "ambitieux", "impitoyable" : ses adversaires et ses partisans lui prêtaient, jadis, les mêmes traits de caractère. Les uns lui reprochent d'avoir mangé au "râtelier" de tous les oligarques, en bénéficiant pendant la dernière décennie de privatisations controversées, monnayées contre un soutien actif au pouvoir du président d'alors, Boris Eltsine.

D'autres lui accordent d'avoir fait de Ioukos, acheté pour une bouchée de pain (350 millions de dollars, 273,5 millions d'euros) en 1995 et dont il détiendrait 36 % en propre, la "meilleure compagnie du pays", dont la valeur boursière a été multipliée par 120 entre 1998 et 2003. D'avoir également compris le premier la nécessité d'y appliquer la transparence, à l'encontre du climat d'opacité générale qui persiste dans l'économie russe. Et d'avoir investi des millions dans des infrastructures sociales au nom de la "responsabilité" des entreprises.

Quadragénaire (41 ans) à l'élégance discrète, Mikhaïl Khodorkovski n'a ni le côté flamboyant du milliardaire Roman Abramovitch avec ses yachts et son club de football anglais, ni la réputation d'intrigant machiavélique de Boris Berezovski, exilé à Londres depuis 2000.

Parents ingénieurs, enfance ordinaire dans la capitale russe, il est diplômé de l'institut chimique de Moscou et du prestigieux institut d'études économiques Plekhanov sous Gorbatchev. Avec la perestroïka, l'ancien cadre des Jeunesses communistes (Komsomol) et membre du PCUS - deux passages obligés pour qui avait de grandes ambitions au pays des soviets - gagne rapidement quelques millions de dollars dans des commerces divers.

En 1990, il fonde la banque Menatep, qui laissera en plan ses créditeurs étrangers lors de la crise financière de 1998, et deviendra par la suite une holding coiffant des dizaines de sociétés dont le numéro un du pétrole russe. Ioukos, acculé par le fisc et la justice, est maintenant promis au démantèlement.

(Lu dans Le Monde, 25.10.2005)
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Petit rectificatif de l'ONG Sovest - ils étaient 25. Et les passants n'étaient pas "indifférents".
Ah, ces journalistes...
25.10.04

Un an déjà

Un an ça suffit!!!

Il y a un an maintenant que Mikhail Khodorkovski est enfermé dans le centre de détention préventive Matrosskaya Tishina. Je propose à cette occasion une chronique photo de cette pénible année.


Si ce site était à l’intention d’un public russophone, je n’aurais pas publié ces photographies. En Russie on les a déjà vues jusqu’à la nausée, et le pouvoir en a suffisamment joué lors des campagnes électorales, supposant alors, malheureusement à juste titre, que les images des humiliations infligées à cet homme la veille encore si puissant flatteraient les plus bas instincts de la population. Et je ne veux pas en rajouter dans le voyeurisme. Les russes savent d’ailleurs parfaitement sans cela ce que sont les conditions de détention dans leurs prisons.


Mais en Occident on a tendance à se représenter différemment les conditions de détention d’un homme d’affaires de ce niveau. On imagine une cellule individuelle dotée de tout le confort moderne (en réalité - une cellule de trois personnes, sans eau chaude), des visites presque à volonté (en fait - deux heures par MOIS seulement, uniquement pour les proches, de part et d'autre d'une épaisse paroi de verre, et la conversation se fait par le biais d'un téléphone écouté par les matons), de bonnes conditions de travail avec les avocats (ceux-ci sont régulièrement fouillés et les entrevues avec leur client sont systématiquement filmées)… Et ce n’est pas un hasard si, lors de sa visite en Russie, l’envoyée du Conseil de l’Europe et ex-ministre de la justice du gouvernement allemand Sabine Leutheusser-Schnarrenberger a déclaré être extrêmement choquée de ce qu’elle a vu dans la salle du Tribunal Meschanski. Pour y avoir passé moi-même dix minutes, je peux dire que c’est une chose qui ne s’oublie pas.


Je n’ai pas trouvé d’illustration du procès Khodorkovski dans la presse occidentale. Il me semble cependant que le monde doit savoir non seulement ce qui se passe dans le cadre de ce procès, mais aussi la façon dont il se déroule.


Ces images sont humiliantes pour le système judiciaire russe, pour le pouvoir, pas pour M. Khodorkovski. Même derrière les barreaux, il demeure plus digne et plus libre que bon nombre de ses concitoyens. Et nombre des nôtres.



La prison



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Vue depuis la rue

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Autre vue depuis la rue


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Vue depuis la cour intérieure (la cellule de M. Khodorkovski donne de ce côté)

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Vue du bâtiment depuis la cour intérieure



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Vue depuis une rue perpendiculaire

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"Matrosskaya Tishina" la nuit


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Fenêtre d'une cellule
(NB: elles sont placées trop haut pour que l'on puisse regarder à travers)

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Schema d'une cellule



Les tribunaux


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11 novembre 2003.
Première apparition de Mikhaïl Khodorkovski depuis son arrestation. Le Tribunal de la Ville de Moscou ne l'a pas autorisé à assister aux débats, si bien qu'il y participe virtuellement. Notez que comme la retranmission a lieu en direct depuis la prison, et que donc le prisonnier ne risque pas de s'enfuir, le fait de placer ostensiblement la caméra derrière les barreaux relève du pur artifice de mise en scène...


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22 et 23 décembre 2003. Le Tribunal Basmanny prolonge de trois mois la détention préventive de Mikhaïl Khodorkovski.


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15 janvier 2004.
Le Tribunal de la Ville de Moscou confirme la décision du Tribunal Basmanny. Une fois de plus, Mikhaïl Khodorkovski n'était pas autorisé à assister physiquement aux débats


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Depuis juin 2004 et presque tous les jours au Tribunal Meshchanski...


24.10.04

AFP : L'affaire Ioukos signe la mutation du secteur énergétique en Russie

MOSCOU (AFP) - Le 25 octobre 2003 le milliardaire Mikhaïl Khodorkovski, patron et principal propriétaire du numéro un du pétrole russe Ioukos, était arrêté par les services spéciaux. Un an plus tard, l'Etat est en train de redistribuer les cartes dans le secteur énergétique.

Et la vaste campagne judiciaire contre Ioukos devrait bientôt aboutir à la liquidation du géant pétrolier.

Pour Andrew Neff, analyste du Centre de recherche sur les marchés mondiaux (WMRC), en quelques mois, l'affaire Ioukos a changé de nature: "D'une punition infligée à Mikhaïl Khodorkovski, l'ex-Pdg de Ioukos et son principal actionnaire, pour son activité politique et l'évasion fiscale, elle est devenue une campagne menée par l'administration présidentielle pour renforcer le rôle de l'Etat et son contrôle sur le secteur énergétique russe", souligne-t-il dans une note de recherche.

Il y a un an, Ioukos mettait la dernière touche à sa fusion avec Sibneft qui devait déboucher sur la création du quatrième géant pétrolier mondial. Ce projet est a présent enterré et les jours de Ioukos sont comptés.

"Il n'y a plus de doute que les organisateurs de l'affaire Ioukos veulent vendre une part de contrôle de Iouganskneftegaz", sa principale filiale "pour la somme dérisoire de 3 à 4 milliards de dollars", ce qui équivaut "à une nationalisation de ses actifs", note Christopher Granville, analyste de sa société d'investissement UFG.

Les autorités russes ont annoncé qu'elles allaient mettre aux enchères le mois prochain l'essentiel de Iouganskneftegaz, qui produit 62% du brut de Ioukos, pour rembourser ce qui reste de la dette fiscale du groupe pour 2000 et 2001.

Et comme le fisc examine actuellement les comptes du groupe pour 2002 et 2003, de nouveaux redressements fiscaux pourraient justifier la vente du reste des actifs du groupe.

Ailleurs, les signes d'une reprise en main du secteur pétrolier russe par le Kremlin n'ont cessé de se multiplier:

Igor Setchine, un proche de Vladimir Poutine, réputé avoir travaillé comme lui dans les services secrets, a été désigné fin juillet à la tête du groupe pétrolier public Rosneft.

Mi-septembre, le géant gazier Gazprom, dont le conseil d'administration est présidé par le chef de l'administration présidentielle Dmitri Medvedev, annonce qu'il se lance dans le pétrole. Gazprom va créer avant la fin de l'année une filiale pétrolière, Gazpromneft, qui englobera Rosneft et pourrait bien acquérir à bon compte des actifs de Ioukos.

La création d'un colosse public destiné à rétablir le contrôle de l'Etat sur le pétrole russe se dessine.

Parallèlement la mainmise du Kremlin sur les sociétés gestionnaires des oléoducs, et donc des exportations de brut, se renforce.

Désormais plus rien ne se décidera dans le secteur pétrolier sans l'accord du Kremlin. "Le critère non officiel -- mais important -- pour la stabilité d'une compagnie est sa loyauté envers le gouvernement", a reconnu Alexeï Koudrine, le ministre des Finances dans une interview cette semaine.

Les groupes étrangers, dont l'intérêt pour le pétrole russe ne se dément pas, ont intégré les nouvelles règles du jeu: ils ne prétendent plus racheter une compagnie russe mais acceptent d'investir tout en gardant une place minoritaire.

Ainsi, la major américaine ConocoPhillips (NYSE: COP - actualité) a acquis 7,6% du deuxième producteur russe de pétrole, Loukoïl, fin septembre avec la bénédiction du Kremlin.

"Poutine a clairement dit qu'il voulait internationaliser la Russie" en vue de son entrée à l'Organisation mondiale du Commerce et au G8, note Christopher Weafer, analyste pour Alfa Bank. Et du point du vue du Kremlin ces groupes étrangers sont bienvenus s'ils acceptent un "partenariat" avec le pouvoir pour aider les groupes russes à devenir plus compétitifs, souligne-t-il.

(Lu dans Yahoo! Finance, 24.10.2004)

Libération : Ioukos, le géant pétrolier russe mis en pièces

Ioukos, le géant pétrolier russe dont le fondateur Mikhail Khodorkovski est en prison depuis le 25 octobre 2003, n'échappera pas au démembrement. Sa principale filiale, Iouganskneftegaz, qui produit 60 % de son brut, est menacée de devoir arrêter l'exploitation de trois gisements. Afin de recouvrer les énormes arriérés fiscaux du groupe, la justice a par ailleurs annoncé sa prochaine mise en vente. Si cette pièce maîtresse de Ioukos revenait à une compagnie proche du Kremlin, comme l'hypothèse est fréquemment évoquée à Moscou, le pouvoir toucherait alors à son but : démanteler un acteur trop puissant et trop indépendant du jeu énergétique et retrouver la haute main sur ce secteur vital pour l'économie du pays. Officiellement, la décision de vendre une partie des actifs de Iouganskneftegaz a été prise en raison «du dépassement sans justification par Ioukos des délais de remboursement de sa dette fiscale». Sur les 3,4 milliards de dollars qu'il devait pour 2000, le groupe en a remboursé 3, et il doit encore 4,1 milliards de dollars au titre de 2001. Mais le fisc russe refuse tout arrangement et la justice a déjà enclenché une série de poursuites à l'encontre de ses filiales. Toute la question est aujourd'hui de savoir dans quelles conditions la vente de Iouganskneftegaz va se dérouler.

Favoritisme. Les fuites à ce sujet ne sont guère encourageantes. Au point que le Département d'Etat américain s'est dit «préoccupé» par le fait qu'il pourrait s'agir d'une «vente forcée» entachée de «favoritisme». Iouganskneftegaz a en effet été estimé à 10,4 milliards de dollars, un prix inférieur à sa valeur réelle, de l'avis des spécialistes. Selon la Dresdner Bank, qui a évalué Ioukos , le groupe vaut entre 14,7 à 17,3 milliards de dollars. Enfin, selon l'agence Interfax, pour les enchères, le prix de départ des 76 % de son capital proposés à la vente ne serait que de 4 milliards de dollars... tout juste de quoi rembourser les dettes restantes de 2000 et 2001. Si ce scénario se vérifiait, d'autres filiales de Ioukos devraient ensuite être vendues afin de régler les arriérés d'impôts de 2002 et 2003...

Mais qui va racheter Ioukos ? Gazprom, qui possède un quart des réserves mondiales, a démenti être intéressé. L'Etat, principal actionnaire du géant gazier, devrait bientôt devenir majoritaire après la fusion de Gazprom avec le pétrolier public Rosneft. Avec Iouganskneftegaz, Gazprom serait alors le fer de lance d'un puissant secteur public énergétique. Mais la stratégie du Kremlin ne paraît pas encore bien arrêtée. Certes, Vladimir Poutine tient sa revanche contre Mikhail Khodorkovski, dont les ambitions politiques l'avaient indisposé. Jugé pour escroquerie et évasion fiscale, l'ancien patron de Ioukos encourt jusqu'à dix ans de prison. D'autre part, l'homme fort du Kremlin, qui s'est engagé à ce qu'il n'y ait pas d'étatisation, doit trancher dans ce qu'il adviendra du groupe.

Peur. Alors que la croissance russe a atteint un rythme annuel de 6,9 %, beaucoup s'inquiètent de l'impact de cette affaire sur le climat des investissements. Le conseiller économique de Poutine, Andrei Illarionov, connu pour ses positions libérales, a dénoncé dans la presse le «climat de peur» qui s'est insinué dans le monde des affaires : «C'est le résultat de nombreuses actions, dont les poursuites contre Ioukos, la compagnie pétrolière la plus efficace de Russie.»

Par Véronique SOULE

(Lu dans Libération, 23.10.2004)
22.10.04

Offtopic ?

Selon une étude internationale, les juges russes subissent de plus en plus l'influence du Kremlin et perdent leur indépendance.

- 80 % des experts interrogés pensent que l'administration Poutine exerce une influence sur le cours de la justice et des pressions sur les juges.
Les autorités judiciaires russes sont de plus en plus soumises au Kremlin et correspondent de moins en moins aux normes internationales en matière d'indépendance des juges.
Ce sont là les conclusions du rapport publié jeudi par le centre d'études britannique Russian Axis à Londres.


Ce rapport, intitulé "Judicial authorities in Russia: a systemic crisis of independence" (Autorités judiciaires en Russie : une crise systématique d'indépendance), analyse les modèles réels et non nominaux de la prise de décisions judiciaires et des mécanismes de manipulation des juges.
A cet effet, un sondage a été réalisé par téléphone auprès d'experts représentant les personnes qui travaillent pour les pouvoirs exécutifs, les organes judiciaires, dans la profession juridique et pour les organismes de protection de la loi, tant en Russie qu'à l'étranger.

Menée entre les mois d'août et de septembre derniers, l'étude a fait intervenir 102 experts sur des questions juridiques, dont 52 travaillaient en Russie et 50 représentaient des organisations étrangères.
La méthode d'interview de sujets détaillée des représentants de la communauté des magistrats (tant ouverte qu'anonyme) a été utilisée pour cette étude, et des extraits de ces interviews figurent dans le rapport.

Pratiquement un expert sur deux (45 %) pense que les magistrats russes sont devenus de plus en plus dépendants vis-à-vis des pouvoirs exécutifs depuis l'année dernière et seuls 12 % sont d'avis contraire, à savoir qu'ils pensent que les juges sont devenus plus indépendants.
41 % des personnes interrogées pensent que la situation n'a connu aucun changement en ce qui concerne n'indépendance des juges.

On est en droit de supposer que l'avis des experts a été affecté par la situation liée à l'affaire YUKOS et à son ancien patron, M. Mikhail Khodorkovsky.
L'écrasante majorité des experts (82 %) pense, par exemple, que les affaires pénales liées aux grands entrepreneurs pétroliers et aux politiciens sont instruites sous l'influence des pouvoirs exécutifs et des services de répression.
En deuxième place (76 %) viennent les affaires concernant les appels de décisions prises par les autorités dans le domaine politique : résultats électoraux, amendements de la législation en matière de système politique, etc. Les pouvoirs exécutifs et les services de répression interviennent le moins souvent dans les affaires liées aux litiges économiques entre les petites et moyennes entreprises.

Les experts sont d'avis que le plus grand impact sur les décisions judiciaires émane de l'Administration du Président de Russie (80 %). En deuxième place (65 %) viennent les gouverneurs régionaux (à ce sujet, il convient de noter que les experts ont été interrogés pour la majorité interrogés avant que Vladimir Poutine décide d'abolir l'élection publique des responsables des régions de la Fédération russe).
Viennent ensuite le Bureau du procureur public (49 %) et le FSB (47 %). Les mass médias russes (14 %) et les partis politiques sont les deux entités qui exerceraient le moins d'influence.

Les instruments le plus souvent mis en oeuvre par les pouvoirs exécutifs afin d'influencer et de faire pression sur les juges sont les suivants :
- Obtention de garanties de loyauté politique et personnelle des juges lors de leur nomination.
Pour les responsables des principaux tribunaux, coopération confidentielle avec le Kremlin ou les services spéciaux (6 sur une échelle de 10) ;
- Lien entre la loyauté politique et un "comportement acceptable" des juges et les décisions concernant leur promotion (6 sur une échelle de 10) ;
- Lien entre la loyauté politique et un "comportement acceptable" des juges et les garanties et les privilèges sociaux des juges (6 sur une échelle de 10) ;
- Menaces de renvoi et de radiation pour les juges déloyaux par une administration ou une instance supérieure loyale, avec des conséquences pour les statistiques concernant les jugements annulés (8 sur une échelle de 10).
La dernière évaluation a été faite par les experts avant la publication de l'initiative du président de la chambre haute du parlement russe, M. Sergei Mironov, visant à modifier les principes de création de comités d'homologation des juges qui, en vertu de la loi russe, ont le droit de donner leur permission pour que des procédures pénales soient entamées à l'encontre de juges en vue de les radier.
M. Mironov a proposé de priver les magistrats de la majorité des sièges dans ces comités et de confier le contrôle de ces derniers à des "représentants du public" élus sur proposition du Président de la Fédération.

La majorité des experts convient que la situation qui prévaut aujourd'hui dans le système judiciaire russe signifie que les magistrats russes ne respectent plus les normes internationales pour les principes clés de procédure.
14 % des experts pensent que les pouvoirs judiciaires en Russie ne respectent pas du tout les conventions internationales ; 61 % qu'ils ne les respectent pas dans l'ensemble ; et 21 % qu'ils les respectent dans l'ensemble.
Seuls 2 % pensent qu'ils les respectent "intégralement".

Notes aux rédacteurs :
Basé à Londres, le centre d'information et d'analyse Russian Axis est une organisation non gouvernementale indépendante britannique qui propose aux experts occidentaux de la Russie (journalistes, analystes, chercheurs, etc.) des analyses objectives reposant sur des sources russes et un accès à des informations originales.
Pour visualiser ces rapports ainsi que celui qui fait l'objet du présent communiqué de presse et pour obtenir des informations plus précises sur les activités de Russian Axis, consultez le site Web :
www.russianaxis.org
Russian Axis Ltd

(Lu dans Yahoo! Finance, 21.10.2004)
20.10.04

Inquiétudes américaines

Le Département d’État des Etats-Unis a fait part de son inquiétude concernant l’affaire Khodorkovski. « Ce procès influe non seulement sur la situation dans le domaine juridique et des droits de l’homme en Russie, mais aussi sur le climat investitionnel. D’après le Washington Post, l’administration Bush accuse le président Poutine de pressions et de favoritisme dans la gestion de l’affaire Ioukos.

Quand le terme de « racket » percera-t-il à travers les couches épaisses de jargon diplomatique...

Pas de hasard

Selon certains experts, c’est de façon délibérée que les membres du gouvernement russe multiplient les effets d’annonces susceptibles de faire chuter la cotation boursière des actions de Ioukos. En mars 2003, la capitalisation de Ioukos atteignait les 35 milliards de dollars, ce qui reflétait à peu près la valeur réelle de la compagnie. Aujourd’hui, après six mois de spéculations intensives sur les cours, elle est à peine de 8.

Ce qui permet de justifier la sous-évaluation criante de Iouganskneftegaz…. CQFD

_________________________

Merci au Nouvel Obs d'avoir indiqué "L'Observatoire du Procès Khodorkovski" parmi les sites consacrés à l'affaire Ioukos. Malheureusement, le lien vous a renvoyé sur cette page, qui n'est qu'une des entrées de ce blog.
La mise à jour quotidienne se fait à l'adresse suivante :
http://affaire-yukos.blogspot.com/

Merci de votre visite,

L'Observatrice

Passions autour de Iougansk

Toujours l'incertitude en ce qui concerne le sort de la compagnie pétrolière Iouganskneftegaz.

Hier le Vice-ministre du commerce Andreï Charonov a fait deux déclarations fracassantes.

La première, c'est que la compagnie Gazprom pourrait prendre part aux enchères, qui se dérouleront, d'après des sources officielles, autour du 20 novembre prochain. Cela contredit totalement les déclarations du président de Gazprom Miller, qui a à plusieurs reprises affirmé que Gazprom n'était pas intéressé par les actifs de Ioukos. Pour le moment, après sa fusion avec Rosneft, Gazprom envisage d'engloutir Zarubezhneft, compagnie russe specialisée dans l'exploitation de gisements à l'étranger.

Mais la deuxième déclaration est encore plus choquante. Le ministre a déclaré que même la vente de Iouganskneftegaz pouvait ne pas suffire à éviter la faillite de Ioukos, mais seulement à payer sa dette pour les années 2000-2001.
Cela signifie donc que, d'un côté, le montant de la dette totale de Ioukos est déjà fixé par les fonctionnaires du fisc, avant même d'attendre le résultat des procédures judiciaires, et que, de l'autre côté, Iouganskneftegaz sera vendu à un prix ridiculement bas, avoisinant les 3 milliards de dollars, alors même que la banque Dresdner a évalué la valeur de cet actif entre 14 et 17 milliards de dollars.

Le résultat de ces paroles ailées ne s’est pas fait attendre, les actions de la compagnie Ioukos se sont effondrée de 21 %, faisant passer la capitalisation totale de 9,3 à 7,9 milliards de dollars.
19.10.04

Reuter : Moscou évoque un rachat partiel de Ioukos par Gazprom

Par Elif Kaban

Le démembrement du groupe pétrolier russe Ioukos semblait mardi de plus en plus inéluctable, l'acquisition de sa filiale de production Iouganskneftegaz par le géant gazier Gazprom ayant été officiellement évoquée par le vice-ministre de l'Economie Andreï Charonov.

D'après les analystes, un dénouement est maintenant proche dans le conflit qui oppose depuis un an le groupe au fisc, l'agence russe des privatisations ayant annoncé lundi son intention de mettre en vente Iougansk au cours du mois prochain. Les fonds ainsi levés seront affectés au règlement des énormes arriérés d'impôts de Ioukos, évalués à plus de huit milliards de dollars.

Andreï Charonov a apporté lundi la première confirmation officielle de Moscou à ce que les analystes soupçonnaient depuis longtemps : il a déclaré à l'agence Interfax que d'après les informations dont il disposait, Gazprom pourrait participer le 22 novembre aux enchères prévues pour la vente de Iougansk, et ce par l'intermédiaire d'une de ses filiales.

D'autre part, l'agence de notation Moody's a déclaré avoir réduit de "B1" à "B2" la note de la dette senior de Ioukos, et de "B2" à "B3" sa note d'émetteur, ce qui place les obligations du groupe dans une catégorie hautement spéculative.

E.ON SUR LES RANGS ?

"D'après les informations dont je dispose, certaines sociétés affiliés à Gazprom pourraient figurer parmi les éventuels participants aux enchères concernant Iouganskneftegaz", a indiqué Charonov à Interfax.

De source proche du Kremlin, on déclarait aussi à l'agence de presse russe que le groupe allemand E.On, principal client de Gazprom et son actionnaire à 6%, pourrait soumissionner au nom du groupe gazier russe. Aucun commentaire n'était toutefois disponible chez E.On.

L'utilisation par Moscou de l'appareil judiciaire russe pour écraser Ioukos inquiète les investisseurs étrangers, qui ont déjà rapatrié plusieurs milliards de dollars, et suscite des interrogations sur l'indépendance de la justice.

Les marchés craignent que Iougansk ne soit bradé au détriment de ses actionnaires minoritaires, et ce d'autant plus que d'après une dépêche Interfax publiée lundi, le montant minimal des enchères pourrait correspondre aux dettes immédiates de Ioukos vis-à-vis du fisc, c'est-à-dire 3,7 milliards de dollars.

Sur les huit milliards d'arriérés d'impôts qui lui sont réclamés au titre des exercices 2000 et 2001, Ioukos en a déjà payé environ trois. Et l'estimation officielle des sommes dues dans l'immédiat correspond aux demandes déjà déclarées recevables par les tribunaux, qui n'ont pas encore statué sur le solde.

UNE BATAILLE POLITIQUE

Ioukos a fait appel à la banque américaine J.P. Morgan Chase dans l'espoir d'en obtenir une estimation de Iougansk plus favorable que l'évaluation minimale de 10,4 milliards de dollars figurant dans une étude commandée par le Kremlin à la banque Dresdner Kleinwort Wasserstein, d'après une source proche du dossier.

Dans les milieux d'affaires, beaucoup estiment que les déboires de Ioukos résultent de la volonté du Kremlin d'écraser les ambitions politiques de son ancien patron et principal actionnaire Mikhaïl Khodorkovski. Celui-ci est actuellement jugé pour fraude et évasion fiscales.

Le ministre russe des Finances Alexeï Koudrine lui-même a exprimé sa préoccupation face à l'impact que l'affaire Ioukos risque d'avoir sur les investisseurs internationaux.

"L'affaire Ioukos influence le climat économique entier de la Russie. Cela provoque un sentiment de nervosité dans la communauté économique mondiale", déclare-t-il dans une interview publiée mardi par le périodique Itogi.

Koudrine, qui est un tenant des réformes libérales, s'était engagé voici un mois à ce qu'une éventuelle vente de Ioukos soit transparente et conforme à la loi. Mais depuis lors, Moscou a déclaré la semaine dernière qu'il avait l'intention de vendre les actifs de Iougansk à prix minime.

(Lu dans : Yahoo! Finance)
14.10.04

Le Monde : Le pouvoir russe donne le signal du démembrement du géant pétrolier Ioukos

Le ministère de la justice a annoncé la vente des principaux actifs du groupe pour combler sa dette fiscale. Le Kremlin entame ainsi une vaste réorganisation du secteur des hydrocarbures.

La première compagnie pétrolière russe, Ioukos, depuis plus d'un an sous les tirs croisés de la justice, a cette fois perdu toute marge de manœuvre dans le règlement de son énorme dette fiscale. Mardi 12 octobre, le ministère russe de la justice a annoncé la mise en vente des actifs de sa principale filiale de production, Iouganskneftegaz.

En touchant au "joyau" de Ioukos, la justice donne le signal d'un dépeçage depuis longtemps redouté par la compagnie, liquidant la dette... et le groupe.

Officiellement, c'est le "rythme des remboursements" qui est en cause. Selon le communiqué du ministère de la justice, "les délais de remboursement de la dette ayant été dépassés sans justification, le ministère a décidé de vendre une partie des actifs de Iouganskneftegaz". Depuis un an, le groupe s'est trouvé confronté à plusieurs difficultés : refus de la justice des propositions d'autres consortiums pour payer la dette de Ioukos, gel des comptes et saisie des actifs fin août 2004. Ioukos a maintenant dix jours pour protester contre cette décision de l'Etat russe, qui mettrait concrètement un terme à son rang de premier groupe pétrolier du pays.

En choisissant la compagnie Iouganskneftegaz, la justice touche à une partie vitale du groupe : la filiale réalise 62 % des extractions de pétrole effectuées par Ioukos. "La dette de Ioukos représente 3,73 milliards de dollars, et la valeur de Iouganskneftegaz est, selon la banque chargée de l'estimation, de 10,4 milliards de dollars", a expliqué le chef du département moscovite du ministère de la justice, Alexandre Bouksman, cité par l'agence Interfax et l'AFP.

"RISQUES ÉLEVÉS"

L'estimation de la filiale a provoqué l'étonnement de certains analystes : elle est nettement inférieure à celle évoquée ces dernières semaines dans la presse, y compris par la Dresdner Kleinwort Wassertein, chargée de l'estimation, ou le vice-ministre de l'énergie, Ivan Materov. Jusqu'à présent, le montant oscillait entre 15 et 17,4 milliards de dollars. L'Etat a expliqué avoir pris en compte les "risques élevés pour l'acheteur potentiel". Deux événements pourraient aussi avoir fait baisser le prix : la confirmation par la justice d'une requête du fisc contre Iouganskneftegaz, et la menace du retrait de la licence d'extraction.

Mais les analystes n'écartent pas une nouvelle manœuvre de l'Etat. "D'après la loi, le revenu tiré de la vente des actifs doit rembourser la dette, et le surplus doit être remis à Ioukos. Mais on peut craindre qu'au moment de la vente le fisc finisse par trouver de nouveaux arriérés d'impôts... dont le montant corresponde parfaitement à la somme restante", prévient Albert Eganian, partenaire au sein de la compagnie juridique Vegas-Leks.

S'exprimant dans l'après-midi sur la radio Echo de Moscou, Alexandre Chadrine, porte-parole du groupe, disait n'avoir reçu ni évaluation de la banque ni décision du ministère de la justice. La Bourse de Moscou a réagi en interrompant les transactions de Ioukos après une chute du titre de plus de 10 %.

En attendant la vente aux enchères, que devrait orchestrer le Fonds des propriétés d'Etat "avant fin novembre", les spéculations continuent sur les acquéreurs potentiels de Iouganskneftegaz. Plusieurs fois, le président Vladimir Poutine avait déclaré qu'il ne s'agissait pas d'une nationalisation dissimulée. Pourtant, le géant gazier Gazprom, qui entend fusionner avec le pétrolier Rosneft, serait en mesure de racheter les actifs pour devenir un monstre public des hydrocarbures. Sourgoutneftegaz, Loukoil (numéro 2 du pétrole russe), TNK-BP (numéro 3) pourraient aussi se montrer intéressés.

Le 4 octobre, dans un article du quotidien Gazeta intitulé "Personne ne veut de Iougansneftgaz", ces compagnies déclaraient, certes, ne pas être prêtes et refusaient de prendre part à une vente aux enchères. Mais, selon l'analyste financier Maxime Cheîne, cité par l'agence d'information Lenta.ru, Sourgoutneftegaz, compagnie considérée proche du pouvoir, envisage de se porter candidate à certains gisements exploités par Iouganskneftegaz et qui sont situés proches des siens.

Mais, plus que géographique, la question est politique. "Ioukos ne peut pas gagner pour la bonne raison que l'Etat ne peut pas perdre. Le gouvernement a décidé de liquider la dette de Ioukos au moyen de Iouganskneftegaz. Si cette dette est entièrement couverte, alors le gouvernement aura les moyens de mener une stratégie sur le long terme", indique Kajus Rapanou, analyste au sein de la compagnie financière Ouralsib et qui considère que l'acheteur devra d'abord aligner sa politique sur celle de l'Etat. "Entre le gouvernement et Ioukos, ajoute-t-il, c'est un conflit stratégique pour la domination du secteur. Poutine veut faire de la Russie une nouvelle Arabie saoudite et avoir un rôle dans l'établissement du prix du pétrole."

Madeleine Vatel, Moscou.
(Lu dans Le Monde)

Iouganskneftegaz (Ioukos) vaut entre 14,7 et 17,3 mds USD (banque mandatée)

La principale filiale du groupe pétrolier russe Ioukos, Iouganskneftegaz, a été estimée "entre 14,7 et 17,3 milliards de dollars", a révélé jeudi la Dresdner Kleinwort Wassertein, banque mandatée par les autorités russes, soit une somme bien supérieure au chiffre annoncé par le ministère de la Justice.
Iouganskneftegaz doit être vendu, tout ou en partie, par la justice avant la fin de l'année pour éponger les dettes fiscales de Ioukos.
"Nous avons été autorisés par notre client (le ministère de la Justice) à diffuser (notre rapport)", a précisé à l'AFP un collaborateur de la banque sous couvert de l'anonymat.
Le ministère de la Justice avait annoncé mardi que Iouganskneftegaz avait été estimée à 10,4 mds de dollars.
Ce chiffre est en effet mentionné dans le rapport de la banque transmis à l'AFP, mais il correspond au pire scénario possible de perte de valeur pour Iouganskneftegaz.
C'est une estimation "trop conservatrice" dans le cas de la filiale "comme compagnie à part entière", précise le rapport de la Dresdner Kleinwort Wassertein.

(Lu dans Yahoo! Finance)
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Et, évidemment, les cours de l'action Ioukos ont remonté...
13.10.04

Comment brader Iouganskneftegaz (suite)?

Hier, le ministère de la Justice a publié le résultat de l’estimation de la filiale de Ioukos Iougansknefetgaz : 10,4 milliards au lieu des 15-17 préalablement annoncés.

Le représentant du ministère de la Justice a en outre affirmé que Ioukos était objectivement dans l’impossibilité de régler sa dette à l’État, qui se monte actuellement à 3,73 milliards de dollars. Il a ajouté que l’État n’était pas satisfait du rythme de remboursement adopté par Ioukos, et que c’était pour cela que les huissiers avaient décidé de mettre en vente Iouganskneftegaz. Il a de plus précisé que la vente d’un paquet d’actions minoritaire ne parviendrait pas à couvrir l’endettement de Ioukos, mais qu’une vente partielle pouvait être envisagée. La vente pourrait être réalisée avant la fin novembre.

Quelques commentaires s’imposent tout de même.

En ce qui concerne le rythme de remboursement des dettes par Ioukos, on ne peut pas ne pas constater qu’il est tout de même assez rapide. On se rappelle que Ioukos a perdu son procès fin mai 2004 et a été condamné au terme d’une parodie de justice à verser à l’État 3,5 milliards de dollars. Or il a déjà versé au budget 72 milliards de roubles, ce qui fait environ 2,57 milliards de dollars. C’est plus du tiers de sa dette, mais malheureusement, ce rythme de remboursement est loin de compenser la rapidité avec laquelle le fisc adresse de nouveaux redressements à Ioukos : 1,9 milliards pour 2001 viennent d’être confirmés par la Cour d’Arbitrage de Moscou, tandis que Service des Impôts s’apprête à récupérer 2,7 milliards supplémentaires sans passer par les tribunaux, et que pas plus tard qu’aujourd’hui, il a annoncé qu’il s’apprêtait à publier dans moins d’une semaine le montant du redressement pour 2002. Et qu’il était en train d’étudier l’exercice 2003.
Bien évidemment, le résultat de toutes ses bonnes nouvelles a été un nouvel effondrement des cours des actions de Ioukos – de 17%, et une nette baisse de l’ensemble des valeurs russes. Cette réaction a été provoquée non seulement par l’annonce d’un chiffre une fois et demie inférieur à ce qui était annoncé, mais aussi par la prise en compte dans cette évaluation d’un «discount» de 60% pour «risques politiques» !

Les experts interviewés ces deux derniers jours sont unanimes, la déception est énorme, tous les acteurs du marché se rendent compte à présent que les paroles du Ministre de l’Economie et des Finances n’étaient, une fois de plus, que du bluff et de la poudre aux yeux des investisseurs étrangers. L’illusion aura été de courte durée, mais suffisante tout de même pour permettre une belle oscillation des cours des actions de Ioukos. Plus étonnante aura été la réaction de la banque chargée de l’expertise, Dresdner Kleinwort Wasserstein. Dresdner a refusé de commenter cette déclaration en se référant à la clause de confidentialité incluse dans le contrat, mais a émis le souhait que le ministère de la Justice publie la totalité du rapport remis par les experts de Dresdner. En effet, la banque avait émis plusieurs hypothèses, correspondant à plusieurs prix de vente, dont le ministère de la Justice n’a retenu que la plus négative.

Le porte-parole de Ioukos Alexandre Shchadrine a pour sa part déclaré qu’ils n’avaient reçu aucun document officiel et qu’ils «essayaient de traduire en russe» les énigmatiques déclarations provenant de ce «respecté ministère» (sic !)

Par ailleurs, le porte-parole de la compagnie a indiqué que l’opération de recouvrement des fonds par les huissiers était génée par les actions des services fiscaux eux-mêmes. En effet, ceux-ci ont exigé la mise sous séquestre de tous les comptes de la compagnie, sauf 6, si bien que les liquidités se trouvant sur les comptes arrêtés ne peuvent être employés par la compagnie pour régler ses dettes.
12.10.04

Libération : Moscou compte vendre Iougansk

MOSCOU - Le gouvernement russe a décidé de vendre une partie des actifs de Iouganskneftegaz, principale division de production sibérienne du groupe pétrolier Ioukos, ce qui a provoqué une forte baisse du titre dans la crainte d'une cession à un prix très inférieur aux attentes.

La cotation de l'action Ioukos sur le marché Micex a été suspendue à deux reprises après accusé une baisse de 15%, plongeant à un plus bas de 130,50.

Le titre coté en dollars abandonnait 4,5% à 4,985, après un plus bas de 4,65.

Dans la pire des hypothèses, Iougansk ne serait évaluée qu'à 10,4 milliards de dollars, d'après un rapport établi à l'intention de Moscou par la banque d'investissement allemande Dresdner Kleinwort Wasserstein, déclarait-on à Reuters de source proche du dossier.

"Dans la mesure où l'évaluation de Iougansk est terminée, mais que le remboursement des dettes (de Ioukos auprès du fisc) traîne en longueur sans raison, une décision (...) a été prise de vendre une partie des actifs de Ioukos par l'intermédiaire du Fonds russe des actifs", peut-on lire dans un communiqué du ministère de la Justice.

Aucune précision n'est communiquée. Mais d'après des responsables cités par les agences de presse russe, la décision concerne une partie des actifs de Iougansk, ou la participation de Ioukos dans celle-ci, le produit de la vente étant destiné à payer les arriérés d'impôts dus par le groupe.

"Si tout se passe conformément à la loi, la vente pourrait avoir lieu avant la fin novembre", a déclaré à Reuters Vladimir Zelentsov, porte-parole du Fonds russe des actifs chargé de l'opération.

"Nous ferons probablement connaître d'ici la fin octobre la forme que prendra la vente, le prix de départ et les diverses conditions de l'opération."

"UNE TRES MAUVAISE NOUVELLE POUR IOUKOS"

Conformément aux attentes des analystes, Dresdner Kleinwort Wasserstein a évalué Iougansk entre 15,7 et 18,3 milliards de dollars, a-t-on appris mardi de source proche de l'équipe chargée de l'estimation. Mais le document inclut aussi une évaluation de 10,4 milliards de dollars que la banque d'investissement elle-même considère comme exagérément prudente, ajoutait-on de même source.

"C'est une très mauvaise nouvelle pour Ioukos, car cela montre que le gouvernement est déterminé à séparer Iougansk du reste du groupe", commente l'analyste Oleg Maximov (société de courtage Troika Dialog).

Les problèmes fiscaux de Ioukos s'inscrivent dans le cadre d'une campagne que beaucoup d'analystes estiment orchestrée par le Kremlin, afin d'écraser les ambitions politiques de son fondateur Mikhaïl Khodorkovski. Celui-ci est actuellement jugé pour fraude et évasion fiscales.

D'après les autorités fiscales russes, Ioukos doit 3,4 milliards de dollars d'arriérés d'impôts au titre de l'an 2000 et quatre milliards au titre de l'année 2001, et Iougansk 950 millions de dollars au titre l'année 2002. Soit une dette fiscale totale de 8,35 milliards, dont Ioukos a déjà versé quelque trois milliards.

Sur le marché, on estime que le fisc pourrait porter le niveau des arriérés d'impôts aussi près que possible de la valeur estimée de Iougansk, afin de pouvoir facilement faire passer celle-ci sous le contrôle de sociétés d'Etat telles que Gazprom, qui détient le monopole du gaz en Russie.

D'après l'analyste Adam Landes (Renaissance Capital), Ioukos pourrait maintenant poursuivre à la fois Dresdner Kleinwort Wasserstein et le gouvernement russe devant des juridictions internationales à propos de son estimation de Iougansk.

Les investisseurs s'interrogent aussi sur le respect des intérêts des actionnaires minoritaires de Ioukos.

"La grande question, naturellement, est de savoir ce qui arrivera aux actionnaires minoritaires. Percevront-ils une partie du produit de la vente ou tout sera-t-il englouti par le gouvernement sous forme d'impôts", s'interroge Mark Mobius (Templeton Asset Management).

Dimitri Jdannikov

(Lu dans Libération)
7.10.04

Le cri d'alarme d'Illarionov

Selon le propre conseiller du Président Poutine, la Russie est en train de mettre en danger sa propre croissance économique en s'écartant de la voie des réformes libérales et en prenant le chemin d'un interventionnisme croissant de l'Etat.

Dans une interview donnée au Financial Times, Illarionov a déclaré que le niveau exceptionnellement élevé des cours du pétrôle masquait les effets négatifs de la politique économique adoptée par le gouvernement ces trois dernières années.
Selon les calculs d'Illarionov, les prix du pétrôle ont apporté 9,2% de croissance du PIB. Or celui-ci ne s'est accru que de 1,9%, car les facteurs intérieurs l'ont freiné de 1,9%. "Si les prix du pétrôle étaient restés stables, nous aurions enregistré une croissance négative", a dit Illarionov.

La qualité de la politique économique s'est dégradée, affirme le conseiller du Président. Depuis 2001, elle joue un rôle néfaste dans le développement du pays.

Il a également critiqué le gouvernement pour l'escalade du conflit autour de la compagnie Ioukos, et il a averti que les conséquences pour la compagnie seront "terribles".

"L'affaire Ioukos suit une logique particulière (sic!). Il est difficile aujourd'hui d'imaginer une force politique dans le monde qui soit capable d'arrêter ce processus".

"A présent, a-t-il expliqué, les hommes d'affaire russes ont peur d'attirer involontairement sur eux l'attention du pouvoir. Depuis octobre dernier (date de l'arrestation de Khodorkovski N.d R.), l'affaire a pris une tournure très sérieuse. C'est l'une des questions les plus graves dont on parle en ce moment dans les cercles d'affaire, et même après la discussion, on peut lire dans leurs yeux ce qu'ils en pensent"

L'article du Financial Times est disponible dans son intégralité :
et .

Comment brader Iouganskneftegaz ?

Pas plus tard qu’hier je citais la déclaration du ministre russe des finances, qui promettait que les actifs de Ioukos seraient réalisés à leur juste valeur, et je me permettais de mettre en doute cette affirmation.

Or aujourd’hui, les fonctionnaires du ministère des ressources naturelles ont trouvé deux moyens de faire chuter la valeur de la plus riche filière de Ioukos en lui retirant la licence d’exploitation de ses gisements pétrolier.

Le premier consiste à lui présenter à son tour une lourde facture à régler d’urgence. A cause des difficultés récentes de la compagnie « Ioukos » - rappelons que presque tous les comptes de la compagnie mère sont toujours bloqués et que cette dernière a déjà commencé de régler le colossal redressement d’impôt qu’elle vient de subir - sa filiale a en effet accumulé un retard de paiement de 10 milliards de roubles. Aujourd’hui, le fisc vient de lui rajouter un redressement de près de 28 milliards de roubles, qui s’ajoute aux 21 qu’elle doit régler d’impôts et frais courants. On se demande d’où sortent les chiffres du fisc. C’est d’autant plus troublant, que ce que l’on reprochait à la compagnie lors du procès Ioukos, c’était précisément d’avoir donné une certaine indépendance fiscale à ses filiales, donc de s’être « défaussée » sur elles de ses obligations envers le budget fédéral. Les représentants du fisc objectaient que cette indépendance est fictive et que c’est à la maison mère qu’il revient de payer les impôts. Or voilà qu’ils s’en prennent à présent à Iougansk ! Ioukos est-il tenu de payer deux fois le même impôt ?

Le second moyen est d’accuser la compagnie d’avoir dépassé les quotas d’exploitation auxquels la licence lui donne droit. Elle les a effectivement dépassés, c’est un fait. Mais qui demande tout de même à être nuancé. En effet, ce dépassement avait été prévu largement à l’avance par les managers de la compagnie, et ils avaient entamé en temps voulu la procédure de rectification des conditions du contrat de licence habituelle dans ce cas. Tous les documents nécessaires avaient donc été envoyé au Ministère des Ressources Naturelles, et la commission centrale chargée de l’application des contrats de licence avait donné un avis favorable. Le texte du contrat devait donc recevoir les modifications nécessaires, et cela encore avant la fin 2002. Et si cela ne s’est jamais fait, c’est par la faute du précédent ministre des ressources naturelles Vitali Artioukhov, qui, comme on s’en souvient peut-être car l’histoire avait fait scandale au moment du dernier remaniement ministériel, n’a pas signé un seul contrat de licence durant les deux ans de son ministère. Ce n’est que trois jours seulement avant de céder définitivement son portefeuille qu’il a à la hâte signé plus d’une trentaine de contrats, essentiellement en faveur de ses amis. Ioukos, tombé en disgrâce depuis l’été précédent, ne figurait évidemment pas dans la liste.

Cependant, le pouvoir a visiblement décidé de prolonger encore un peu l’agonie de Ioukos. Le Ministère des Ressources Naturelles n’a pas inscrit le retrait des licences de Iougansk à l’ordre du jour de la commission de vendredi prochain, et le fisc a donné trois mois à la cette filiale de Ioukos pour régulariser sa situation. Elle doit donc régler en trois mois près de 60 milliards de roubles, soit 20 milliards de dollars environ. C’est plus que la totalité des bénéfices de Ioukos pour le premier semestre 2004.

Pourquoi se presser en effet – autant retirer le plus possible de Ioukos avant de le dépecer définitivement : Ioukos a déjà payé 75 milliards sur les 99 que le ministère lui demande pour la seule année 2000. De plus, cette alternance de bonnes et de mauvaises nouvelles soigneusement dosée par les représentants des différents ministères offre de juteuses possibilités de spéculation sur les actions de la compagnie.

Dans d’autres régions du globe, cela s’appelle manipulation de cours et délit d’initié…
5.10.04

Le poker-menteur du ministre des finances

Le ministre des finances Koudrine a fait ces derniers jours deux déclarations, dont l’une au moins est tout à fait mensongère. Lors d’une rencontre avec des investisseurs étrangers à Washington, il a affirmé que l’incertitude concernant le sort de Ioukos était aggravée par l’attitude des actionnaires majoritaires, qui ne cessent d’annoncer leur intention de mettre l’entreprise en faillite.

Franchement, je ne sais pas où il a entendu ça. Bien au contraire, je vous rappelle l’épisode du 9 juillet, cité dans un article du Monde :

La journée a été marquée par ce qui semblait être une ultime tentative de Mikhaïl Khodorkovski pour sauver Ioukos d'une mise en faillite, ou d'un démantèlement pouvant prendre la forme d'une vaste vente d'actifs. Réagissant à une information publiée par le Financial Times, selon laquelle M. Khodorkovski aurait adressé une lettre au premier ministre, Mikhaïl Fradkov, et au ministre des finances, Alexei Koudrine, proposant de régler les dettes fiscales de Ioukos en transférant à l'Etat les parts qu'il contrôle dans la compagnie, un communiqué du gouvernement russe niait qu'une telle offre ait été transmise.
Mais dans la soirée, l'avocat de M. Khodorkovski, Anton Drel, réitérait cette proposition.
"J'ai vu aujourd'hui Mikhaïl Khodorkovski, précisait-il. Il m'a demandé de vous faire la déclaration suivante : il a effectivement proposé au conseil d'administration de Ioukos d'utiliser les actions appartenant aux grands actionnaires pour régler les arriérés fiscaux réclamés par le gouvernement." L'avocat ajoutait : "M. Khodorkovski a demandé au conseil d'administration de ne pas prononcer le dépôt de bilan."
Depuis, Mikhaïl Khodorkovski a plusieurs fois confirmé sa position, suppliant littéralement l’État de ne pas déclarer la société en faillite. Victor Guerashchenko, membre du conseil d’administration de Ioukos, a également fait plusieurs déclarations en ce sens.

La seconde déclaration spectaculaire concerne l’éventuelle mise en vente d’une partie des actifs de la société. « Les actionnaires majoritaires, a-t-il déclaré (décidément, il leur en veut ! il y a quelque chose de maladif dans cette obstination à les accuser…) affirment que tout ça ne sera pas vendu dans les règles, mais on verra ce qu’il en est. La vente des actifs se fera sur une base de transparence et de concurrence commerciale. Je pense que cela apportera la réponse a de nombreuses questions. »

Cette annonce fait référence à l’estimation de la valeur de Iougansknefetegaz, la principale filiale de Ioukos, effectuée par les experts indépendants de la Drezdner-Bank à la demande du gouvernement russe. La somme annoncée est de l’ordre de 15-17 milliards de dollars, soit beaucoup plus que le montant total des dettes imputées à la compagnie Ioukos.

D’une certaine façon, ce chiffre a été une bonne surprise car les plus pessimistes annonçaient que la valeur de la filiale serait impudemment sous-estimée. Cependant, la manœuvre entreprise il y a quelques semaines par le ministère des ressources naturelles, qui annonçait vouloir retirer à Iouganskneftegaz ses licences d’exploitation, pourraient avoir précisément pour but de rabaisser considérablement la valeur de l’entreprise. Il est vrai que la procédure a depuis été interrompue. Mais selon l’analyste de la radio Echo de Moscou Ioulia Latynyna, il s’agit d’une pause temporaire destinée à réchauffer le climat investitionnel, le temps de finaliser la vente du paquet d’actions de Loukoil qui appartenait à l’État à Conoco-Phillips.

A moins qu’il ne s’agisse d’une n-ième opération de manipulation des cours de Ioukos, comme il s’en est produit des dizaines au cours des mois d’été. En effet, après cette déclaration du ministre, les actions de Ioukos ont augmenté à un point tel qu’il a fallu interrompre leur cotation.
3.10.04

Comme c'est bien dit !!!

Dans un discours prononcé le 24 septembre, Vladimir Poutine a précisé la définition du mot "terroriste":
- J'ai spécialement regardé dans les dictionnaires, a déclaré le chef de l'Etat, "terrorisme" est un mot d'origine latine et dans toutes les langues il a la même signification :
Un terroriste, c'est quelqu'un qui utilise la force pour soumettre un adversaire politique. V.V.Poutine

Je vous donne même la citation en russe, tellement elle est belle!

"Я вчера специально посмотрел в словарях, "терроризм" имеет латинский корень и на всех языках имеет одно значение, террорист - это тот, кто подавляет политического противника силовыми методами" В.В.Путин

Je crois que plus d'un en Russie a du dresser l'oreille et hausser les sourcils en entendant ce génial aphorisme, en particulier certain prisonnier du centre de détention provisoire "Matrosskaya Tishina".
Je devrais mettre cette phrase en exergue de mon blog...

Retour

Après une longue absence, je reviens à mon Observatoire, avec d'autant plus d'intérêt que, même si la fréquentation n'est pas absolument intense, l'Observatoire est régulièrement classé dans les deux premiers sites du moteur de recherche "Google" pour la rubrique "Khodorkovski".

J'espère que ceux qui ont déjà visité ce site apprécieront le nouveau design, et que ceux qui viennent pour la première fois deviendront des visiteurs réguliers et suivront, au jour le jour, cette affaire dont on ne saurait surestimer l'importance.

L'Observatrice, le 3 octobre 2004

"Quand M. Khodorkovski a été arrêté, j'ai tout de suite compris que c'était une affaire pour moi - une affaire politique, une affaire touchant à la défense des droits de l'homme, et un cas de jurisprudence. C'est une affaire qui touche aux problèmes profonds de notre société et qui est déterminante pour notre survie, non sur le plan physique, mais sur le plan humain et intellectuel. [...]De la façon dont sera réglée l'affaire Khodorkovski dépendra le développement ultérieur de la Russie."
Yu. Shmidt, avocat et défenseur des droits de l'homme

Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



Recherche sur le site:

Articles précédents


Vladimir Pereverzine, libre et révolté.

Bonne Année 2012 !

15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

Vassili Alexanian, une interview inédite.

Vassili, le dernier adieu.

Vassili Alexanian est décédé

Le Figaro: Au dernier jour de son procès, Khodorko...

Point final dans l'Affaire Alexanian

Le Figaro: Plus de procès pour un ancien de Ioukos...



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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


  • Yahoo! News
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    Presse sur internet

    En anglais

  • The Moscow News
  • Gazeta.ru - International Edition
  • The Moscow Times

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