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24.9.05

Le Monde : Ioukos : l'appel du milliardaire russe Mikhaïl Khodorkovski a été rejeté

L'appel de l'ex-patron de Ioukos et milliardaire russe Mikhaïl Khodorkovski, 42 ans, condamné en mai à neuf ans de prison pour "fraude fiscale" et "escroquerie à grande échelle" , a été rejeté, jeudi 22 septembre, par la justice russe, qui a confirmé le verdict de culpabilité de l'accusé et de son associé Platon Lebedev. Au terme d'une audition menée tambour battant, alors que le procès avait duré onze mois et que la seule lecture du verdict avait pris deux semaines, le tribunal a réduit d'un an les peines des deux hommes qui devront purger huit ans de prison "dans une colonie pénitentiaire ordinaire". La défense a annoncé son intention de porter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme une fois tous les recours épuisés.

Le verdict prononcé met fin aux aspirations politiques de l'ancien patron de la major russe ­ considéré il y a peu comme l'homme le plus riche de Russie ­, qui ambitionnait de briguer un siège de député à la Douma (Chambre basse du Parlement) dans le cadre d'une élection partielle prévue le 4 décembre. Un comité de soutien à sa candidature regroupant en son sein des libéraux et des ultranationalistes avait été créé. En juillet, Mikhaïl Khodorkovski avait publié une lettre ouverte intitulée "Le tournant à gauche" qui invitait communistes, nationalistes et libéraux à s'unir.

A l'issue de l'audience, Iouri Chmidt, l'un des avocats de l'accusé, a dénoncé "une parodie de justice" , déplorant le peu de temps accordé à la défense pour l'étude du dossier ­ "sept jours ouvrés pour 50 000 pages". Les protestations de l'avocat lui ont valu une mise en garde du juge Viatcheslav Tarassov, selon lequel "il s'agit d'une affaire criminelle ordinaire et pas d'un cas politique". "Je sais parfaitement de quoi il s'agit , a rétorqué Me Chmidt. A l'époque soviétique aussi, beaucoup de procès étaient décrits comme des affaires criminelles ordinaires."


UNE COURSE CONTRE LA MONTRE


Le tribunal n'a pas accédé à la demande de Mikhaïl Khodorkovski, qui réclamait un délai de huit semaines pour se familiariser avec le dossier. Ces derniers jours, une course contre la montre avait commencé entre le tribunal et l'accusé. L'oligarque souhaitait que sa candidature à la députation soit enregistrée, ce que la loi russe lui permet tant que sa condamnation n'a pas été prononcée définitivement. L'enregistrement des candidatures courait jusqu'au 19 octobre. A l'inverse, le tribunal était intéressé à prononcer la peine définitive au plus vite, pour empêcher celui qui se décrit comme un "prisonnier d'opinion" et possède de nombreux partisans à Moscou (28 % auraient voté pour lui, selon un sondage du centre d'études Iouri Levada) de se présenter. Alors que les tribunaux d'appel sont connus pour leur extrême lenteur en Russie, tout est allé très vite. Sept jours de procédure et cinquante minutes de délibération ont suffi pour rendre le verdict.

"Tout ceci n'a rien à voir avec la justice" , a déclaré le condamné, qui comparaissait en cage, comme il est d'usage en Russie. Dans un discours de deux heures, Mikhaïl Khodorkovski, vêtu d'une veste de daim marron et d'un blue-jean, souriant à ses avocats et à sa famille, a expliqué que son procès et la mainmise de l'Etat sur Ioukos, sa société ­ numéro un de l'extraction lors de son arrestation en 2003 ­, étaient la décision "d'un groupe de bureaucrates" . "Le verdict de mon affaire a été décidé au Kremlin" , a-t-il insisté, avant d'être menotté et emmené par des policiers.

Dans la nuit de jeudi 22 à vendredi 23, l'un des avocats de Khodorkovski, Robert Amsterdam, de nationalité canadienne, a été victime d'une procédure tout à fait inédite. Alors qu'il était dans sa chambre d'hôtel à Moscou, cinq représentants des "organes" (forces de l'ordre, c'est-à-dire les services de sécurité ou la police) ont fait irruption dans sa chambre et se sont saisis de son passeport, pour le lui ramener quelques heures plus tard avec son visa annulé. Officiellement, l'avocat est accusé d'avoir été invité à Moscou par une société de consultants où"il n'a jamais mis les pieds", expliquait vendredi la radio russe.

Marie Jégo
Article paru dans l'édition du 24.09.05
(Le Monde, 24.09.2005)

Le Monde : Le Parquet veut priver de leur licence les avocats de Khodorkovski

Le Parquet général russe a demandé au ministère de la Justice que huit avocats de Mikhaïl Khodorkovski, ayant refusé de représenter l'ex-oligarque lors de l'examen de son appel, soient privés de leur licence, a annoncé vendredi Natalia Vechniakova, porte-parole du Parquet, citée par l'agence Interfax.

"Le Parquet général a adressé au ministère de la Justice une demande en vue de priver de leur statut d'avocat tous les défenseurs de Khodorkovski", a dit Mme Vechniakova.

Mais elle n'a cité que huit noms sur dix, omettant ceux du principal défenseur de l'ancien patron du groupe pétrolier Ioukos, Guenrikh Padva et d'un autre avocat, Iouri Chmidt.

Ces huit avocats avaient refusé, conformément au voeu de leur client, de remplacer Me Padva, hospitalisé la semaine dernière, devant le tribunal qui devait examiner l'appel déposé par l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos.

L'appel a été rejeté jeudi soir, le tribunal de Moscou confirmant la condamnation de M. Khodorkovski, tout en réduisant sa peine à 8 ans de prison au lieu de neuf.

(AFP via Le Monde, 24.09.2004)
23.9.05

AFP : Russie: après Khodorkovski, le Parquet frappe ses avocats

MOSCOU (AFP) - Le Parquet général russe, après avoir obtenu jeudi la condamnation en appel de l'ancien magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski, s'en est pris vendredi à ses avocats, demandant qu'il leur soit interdit d'exercer pour avoir refusé de participer à la dernière partie de la procédure.

"Le Parquet général a adressé au ministère de la Justice une demande en vue de priver de leur licence d'avocat" les défenseurs de Khodorkovski, a annoncé Natalia Vechniakova, porte-parole du Parquet, citant le nom de huit avocats concernés.

Citée par l'agence Interfax, la Direction du service des enregistrements, dépendant du ministère de la Justice, a ensuite indiqué avoir transmis la requête à la chambre des avocats, pour trois des juristes de l'équipe de M.Khodorkovski: Elena Levina, Denis Diatlov et Anton Drel. Il n'a pas été précisé si d'autres requêtes suivraient.

Le procès en appel de Mikhaïl Khodorkovski s'est déroulé, au même titre que la procédure en première instance, sur un fond politique.

L'ancien patron du groupe Ioukos, dont le procès a été considéré en Russie comme ayant été décidé en haut lieu pour sanctionner notamment ses ambitions politiques, voulait présenter sa candidature à la Douma (chambre basse) lors d'une législative partielle prévue à Moscou début décembre.

Aussi avait-il intérêt à prolonger l'examen de l'appel, car une fois la condamnation confirmée, il perdait le droit de briguer un mandat électif.

Alors que l'accusation avait visiblement hâte d'en finir, M.Khodorkovski a décidé que seul Me Guenrikh Padva devait le représenter en appel. Mais ce dernier ayant été hospitalisé, la défense a demandé un ajournement des audiences, initialement prévues pour être ouvertes le 14 septembre.

Le tribunal a alors ordonné aux autres avocats de M. Khodorkovski d'assurer sa défense, ce qu'ils ont refusé en arguant ne pas avoir connaissance de l'intégralité du dossier.

Me Padva est finalement sorti de l'hôpital et l'appel a été rejeté jeudi soir. Le tribunal de Moscou a expédié en une journée la condamnation de M. Khodorkovski, acceptant juste de réduire sa peine à 8 ans de prison au lieu de neuf.

Et vendredi, le Parquet s'en est pris aux avocats, estimant qu'il y avait faute professionnelle. Interrogé par l'AFP, un avocat russe connu, Me Igor Trounov, s'est étonné de la procédure.

"Généralement, ce genre de demande intervient dans des cas où les avocats ont des diplômes falsifiés ou ont violé la loi. La chambre des avocats peut refuser et le ministère peut alors saisir un tribunal", a-t-il expliqué.

L'avocat canadien de Mikhaïl Khodorkovski, Robert Amsterdam, a pour sa part vu son visa russe annulé pendant la nuit de jeudi à vendredi, a assuré la défense.

Des hommes en civil se sont présentés à la chambre d'hôtel de M.Amsterdam, lui ont enlevé son passeport avant de le lui rendre avec une note lui signifiant qu'il devait quitter le pays vendredi. Me Amsterdam, intervenant sur les ondes de la radio Echo de Moscou, a qualifié ces démarches de "mesures d'intimidation".

Les ministères des Affaires étrangères et de l'Intérieur ont pour leur part assuré ne rien savoir de cette affaire.

Parallèlement à l'offensive du Parquet, les défenseurs de M.Khodorkovski ont lancé la leur, annonçant leur intention d'en appeler à la Cour européenne des droits de l'Homme à Strasbourg.

"Après l'examen de l'appel qui n'était rien d'autre qu'une parodie de justice (...) nous voulons en appeler à l'opinion publique internationale pour défendre Khodorkovski", a déclaré Me Iouri Chmidt, lors d'une conférence de presse.

La défense a six mois pour préparer sa requête devant la Cour de Strasbourg où elle accusera la justice russe d'avoir "violé plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l'Homme", a précisé l'avocat.

(AFP via Yahoo! News, 23.09.2005)

RIA Novosti : Le parquet général russe veut priver du statut de défenseur tous les avocats de Khodorkovski, sauf Padva et Schmidt

MOSCOU, 23 septembre - RIA Novosti. Le parquet général russe veut priver du statut de défenseur tous les avocats de Mikhail Khodorkovski, sauf Guenrikh Padva et Iouri Schmidt, a annoncé Natalia Vichniakova, directrice du département de l'information et des relations publiques du parquet général. "Le parquet général a demandé au ministère de la Justice de présenter une requête afin de priver les avocats de Mikhail Khodorkovski de leur statut de défenseur", a dit vendredi Natalia Vichniakova au cours d'une conférence de presse.

Elle a également déclaré: "IOUKOS, compagnie pétrolière prétendument transparente, avait employé des méthodes criminelles à tous les stades de son activité".

"Des moyens presque criminels ont également été utilisés par les avocats", affirme-t-elle.

(RIA Novosti, 23.09.2005)

Tageblatt : Huit ans de prison pour Khodorkovski qui voit ses rêves politiques compromis

La justice russe a confirmé jeudi en appel la condamnation de Mikhaïl Khodorkovski, réduisant juste sa peine à huit ans de prison au lieu de neuf, une décision qui met fin aux espoirs de ceux qui voulaient voir l'ex-oligarque entrer en politique en briguant un poste de député en décembre.
Le tribunal de Moscou a confirmé le verdict de culpabilité de Mikhaïl Khodorkovski, condamné en mai pour fraude fiscale et escroquerie à grande échelle, après avoir examiné le dossier d'appel en une seule journée alors que le procès avait duré onze mois et que la lecture du verdict avait traîné sur deux semaines.

La peine a toutefois été allégée d'un an, un point du dossier (concernant des transferts d'argent au profit de l'homme d'affaires Vladimir Goussinski, aujourd'hui en exil) ayant été levé. »La condamnation est réduite à huit ans», a annoncé le juge Viatcheslav Tarassov après 50 minutes de délibération.

Le tribunal a aussi réduit la condamnation du plus proche associé de M. Khodorkovski, Platon Lebedev, jugé en même temps que lui et condamné à la même peine.

Le procureur Dmitri Chokhine s'est immédiatement félicité: »le tribunal a jugé la condamnation légale, fondée et juste. Nous sommes totalement satisfaits», a-t-il dit devant les journalistes.

La défense a quant à elle annoncé qu'elle continuerait à contester, d'abord devant le praesidium du Tribunal municipal de Moscou puis devant la Cour suprême.

»Cet examen d'appel est une parodie de justice», a dénoncé l'avocat Iouri Chmidt, selon lequel la réduction »cosmétique» de la peine est »un acte de pure propagande».

D'ores et déjà, la condamnation peut entrer en vigueur et l'homme d'affaires devrait donc être envoyé »dans une colonie pénitentiaire à régime ordinaire», conformément au verdict prononcé le 31 mai.

C'est l'ultime rebondissement d'un feuilleton politico-financier de près de deux ans, qui de fait a écarté un baron des affaires considéré comme trop influent par le Kremlin et a démantelé le numéro un du pétrole russe Ioukos pour le faire revenir dans le giron de l'Etat.

M. Khodorkovski, 42 ans, considéré comme l'homme le plus riche de Russie avant son arrestation en octobre 2003, avait été condamné au terme d'un procès considéré comme largement politique, au cours duquel les juges avaient suivi à la lettre les demandes du parquet général.

La défense a présenté en appel »une requête d'une centaine de pages» dans laquelle elle dénonçait un verdict »tendancieux (...) violant la Constitution et la loi», selon les termes de Guenrikh Padva, principal avocat de l'ex-patron de Ioukos.

Le rejet de l'appel ruine les espoirs de ceux qui, comme la libérale Irina Khakamada, voulaient voir Khodorkovski entrer le plus rapidement possible en politique, pensant qu'il pouvait devenir un opposant réformateur sérieux au clan des pro-Poutine.

L'ex-oligarque avait annoncé son intention de briguer un mandat de député dans une législative partielle prévue en décembre dans une circonscription de Moscou. Et sa candidature avait déjà été déposée. Mais la confirmation de la condamnation lui interdit désormais de se porter candidat.

»Certaines personnes au sommet du pouvoir ont fait pression sur les juges (...) pour que le verdict entre en vigueur le plus vite possible afin d'empêcher Khodorkovski d'être candidat aux élections», a accusé Me Chmidt.

»On me tiendra en prison tant que la peur vis-à-vis de l'opposition l'emportera sur la confiance (...). Les gens doivent comprendre que j'ai été condamné dans le mépris de la loi», a pour sa part relevé M. Khodorkovski lors des audiences de jeudi, malgré une tentative du juge de l'interrompre au motif qu'un tribunal n'était »pas le lieu pour des déclarations politiques».

(Tageblatt, 23.09.2005)

Le Nouvel Obs : Huit ans de prison pour Khodorkovsky

La peine de prison de l'ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovsky qui voulait entrer en politique a été réduite jeudi de neuf à huit ans par la justice russe.

La peine de prison de Mikhaïl Khodorkovsky a été réduit jeudi 22 septembre à huit ans au lieu de neuf par la justice russe mais après ce dernier recours d'appel de condamnation, les espoirs de ceux qui voulaient voir l'ex-oligarque entrer en politique en briguant un poste de député en décembre sont tombés.
La culpabilité de Mikhaïl Khodorkovsky, condamné en mai pour fraude fiscale et escroquerie à grande échelle, a été confirmé par le verdict du tribunal de Moscou, après avoir examiné en un jour le dossier d'appel, alors que la durée du procès avait été de onze mois et le verdict avait traîné pendant deux semaines.

Un tribunal entièrement satisfait

Après 50 minutes de délibération le juge Viatcheslav Tarassov a annoncé que "la condamnation est réduite à huit ans" une diminution d'un an, grâce à la levée d'un point du dossier (concernant des transferts d'argent au profit de l'homme d'affaires Vladimir Goussinsky, aujourd'hui en exil).
Il en a été de même pour Platon Lebedev, le plus proche associé de Mikhaïl Khodorkovsky, jugé dans le même temps.
"Le tribunal a jugé la condamnation légale, fondée et juste" a déclaré Dmitri Chokhine, le procureur, affichant une totale satisfaction devant les journalistes.

"Un acte de pure propagande"

La défense a pour sa part annoncé qu'elle continuerait à contester, d'abord devant le praesidium du Tribunal municipal de Moscou puis devant la Cour suprême.
La réduction de la peine est "un acte de pure propagande" selon l'avocat Iouri Chmidt qui dénonce l'examen d'appel comme "une parodie de justice".
L'homme d'affaires devrait donc être envoyé "dans une colonie pénitentiaire à régime ordinaire" rapidement car la condamnation peut dès à présent entrer en vigueur et en conformité avec le verdict prononcé le 31 mai.

Des juges soumis au parquet général

Ecartant un baron des affaires jugé par le Kremlin trop influent et démentelant le numéro un du pétrole russe Ioukos pour le faire revenir dans le giron de l'Etat, ici c'est joué le dernier acte d'une série politico-financière de près de deux ans.
Perçu comme l'homme le plus riche de Russie avant son arrestation d'octobre 2003, Mikhaïl Khodorkovsky, 42 ans, avait été condamné au terme d'un procès considéré comme largement politique, où les demandes du parquet général avaient été suivies à la lettre par les juges.
Selon les termes de Guenrikh Padva, principal avocat de l'ex-patron de Ioukos, la défense a présenté en appel "une requête d'une centaine de pages" dans laquelle elle dénonçait un verdict "tendancieux (...) violant la Constitution et la loi".

Un opposant réformateur sérieux évincé?

Le rejet de l'appel ruine les espoirs de ceux qui pensaient, comme la libérale Irina Khakamada, qu'il pouvait devenir un opposant réformateur sérieux au clan des pro-Poutine et voulaient voir Mikhaïl Khodorkovsky entrer le plus rapidement possible en politique.
La candidature de l'ex-oligarque avait déjà été déposée suite à son intention de briguer un mandat de député dans une législative partielle prévue en décembre dans une circonscription de Moscou. Cependant la confirmation de la condamnation lui interdit désormais de se porter candidat.

"Condamné dans le mépris de la loi"

"Certaines personnes au sommet du pouvoir ont fait pression sur les juges (...) pour que le verdict entre en vigueur le plus vite possible afin d'empêcher Mikhaïl Khodorkovsky d'être candidat aux élections", a accusé l'avocat.
Malgré une tentative du juge d'interrompre Mikhaïl Khodorkovsky, lors des audiences de jeudi, au motif qu'un tribunal n'était "pas le lieu pour des déclarations politiques" ce dernier a déclaré qu'on le maintiendrait en prison tant que la peur vis-à-vis de l'opposition l'emportera sur la confiance (...). Les gens doivent comprendre que j'ai été condamné dans le mépris de la loi".

(Le Nouvel Obs, le 23.09.2005)
21.9.05

Tageblatt : Depuis sa prison, Khodorkovski propose un programme ambitieux pour la Russie

L'ancien patron du groupe pétrolier russe Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, en prison pour fraude fiscale, propose un programme ambitieux à son pays, prônant l'abandon d'une économie basée sur les matières premières et le dépassement de la fracture entre les élites et la nation, dans une interview citée samedi par la radio Echo de Moscou.
Sans s'en prendre directement au président Vladimir Poutine, il accuse le pouvoir de passivité, affirmant que le mot d'ordre actuel du Kremlin est »pourvu que cela n'empire pas».

»Si nous nous battons +pour que cela n'empire pas+, nous nous trouverons bientôt piétinés par la Chine qui progresse impétueusement, et nous cesserons d'exister en tant qu'Etat indépendant», prédit M. Khodorkovski, interviewé par le journal nationaliste Zavtra.

Il estime nécessaire la formulation d'une stratégie de développement national »pour cent ou deux cents ans à venir», qui »proposera le passage à la société post-industrielle et l'abandon de l'économie de matières premières au profit d'une économie basée sur les connaissances».

Parmi les objectifs de cette stratégie, il cite aussi »le développement à marches forcées de la Sibérie et de l'Extrême-Orient et l'augmentation de la population ne serait-ce que à 220 ou 250 millions, et encore mieux à 300 millions» (contre 145 millions aujourd'hui, avec une démographie fortement négative).

Ensuite, déclare-t-il, il faut »mobiliser la nation autour des élites politiques pour réaliser une telle stratégie», tout en précisant qu'il ne s'agit pas des élites d'aujourd'hui, occupées par leurs intérêts étroits, mais des générations montantes, intéressées par une perspective à long terme et capables de dépasser »la séparation catastrophique entre les élites et la nation».

Par ailleurs, celui qui était considéré jadis comme l'homme le plus riche de Russie, »dit merci» à la prison.

»Ayant perdu mes biens et ma liberté extérieure, je suis parvenu à un niveau tout à fait nouveau de liberté intérieure, je suis devenu indépendant de tout, à l'exception de ma conscience et de mes convictions. Je considère que ma vie ne fait que commencer», déclare Mikhaïl Khodorkovski.

L'ancien homme d'affaires, condamné en mai à neuf ans de prison pour fraude fiscale, a annoncé le 31 août qu'il serait candidat à une élection législative partielle dans une circonscription de Moscou. La Constitution russe l'autorise à se présenter.

(Tageblatt, 10.09.2005)

Tageblatt : Khodorkovski: l'examen de l'appel repoussé au 22 septembre par le juge

La justice russe a ordonné mardi le report au 22 septembre, soit jeudi, de l'examen de l'appel de l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, en suspens depuis une semaine en raison de l'hospitalisation de son avocat.
»Le tribunal ordonne de repousser l'audience au 22 septembre», a déclaré le juge Viatcheslav Tarassov au tribunal municipal de Moscou où cet examen piétine en raison de l'absence de Guenrikh Padva, principal avocat de l'ex-oligarque, hospitalisé depuis la semaine dernière en raison d'une tumeur bénigne selon un certificat présenté par la défense.

Le juge a par ailleurs demandé »d'informer Padva et (un autre avocat, Iouri) Chmidt de la date de l'audience», allant ainsi dans le sens de la requête présentée la veille par M. Khodorkovski sur le remplacement de Me Padva par Me Chmidt au cas où il ne serait pas sorti de l'hôpital d'ici au 22 septembre.

Le tribunal avait requis lundi que Me Padva soit remplacé par trois avocats de l'équipe de juristes de M. Khodorkovski --condamné en mai à neuf ans de prison pour fraude fiscale et escroquerie à grande échelle au terme d'un procès largement dénoncé comme politique--, ce que le condamné avait refusé.

Le juge a cependant précisé mardi qu'il avait »envoyé une demande à l'ordre des avocats de Moscou» pour qu'en cas d'absence des avocats Padva et Chmidt au tribunal le 22 septembre, ceux-ci soient remplacés par un avocat désigné d'office.

(Tageblatt, 20.09.2005)

RIA Novosti : Le délai de prescription pénale sur l'épisode essentiel de l'affaire Khodorkovski expire (avocat)

MOSCOU, 20 septembre - RIA Novosti. Mercredi 21 septembre, le délai de prescription pénale (dix ans) concernant l'épisode essentiel de l'affaire Mikhaïl Khodorkovski expire, a indiqué mardi à RIA Novosti par téléphone l'avocat de l'ex-PDG de YOUKOS, Guenrikh Padva.

Et de préciser qu'il s'agit, en l'occurrence, de l'appropriation frauduleuse de 44% des actions de l'Institut de recherches sur les engrais et les insectofongicides. "En vertu de la loi, l'instance de cassation doit arrêter les poursuites judiciaires contre Mikhaïl Khodorkovski pour cet épisode précis en raison de la prescription", a fait remarquer l'homme de loi.

L'article 147 du Code pénal de la RSFSR prévoit une peine de prison allant de quatre à dix ans. Mikhaïl Khodorkovski a été condamné selon ce même article à une peine de sept ans. En tout, l'ancien patron de YOUKOS a été frappé d'une peine de neuf ans à purger dans une colonie pénitentiaire à régime ordinaire.

Guenrikh Padva n'a pas dit si la défense de Mikhaïl Khodorkovski allait réclamer l'arrêt des poursuites judiciaires sur l'épisode évoqué.

La future audience du Tribunal municipal de Moscou qui examinera les appels du jugement de Mikhaïl Khodorkovski et de Platon Lebedev est fixée au 22 septembre prochain.

L'épisode de l'appropriation frauduleuse de 44% des actions de l'Institut de recherches sur les engrais et les insectofongicides était l'essentiel dans l'accusation après l'épisode d'"Apatit".

Le délai de prescription pénale pour l'épisode de l'appropriation frauduleuse d'un paquet de 20% des actions d'"Apatit" a expiré avant le verdict du tribunal en mai 2005.

Pour ce qui est de l'épisode d'"Apatit", le tribunal a reconnu Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev coupables, mais a arrêté la procédure judiciaire pour cause de prescription pénale.

(RIA Novosti, 20.09.2005)
16.9.05

RIA Novosti : Quarantaine dans la cellule occupée par M.Khodorkovski (avocate)

MOSCOU, 16 septembre - RIA Novosti. Une quarantaine rigoureuse a été décrétée dans la cellule occupée par l'ex-président de la compagnie pétrolière Yukos M.Khodorkovski, a annoncé à RIA Novosti son avocate, Me Elena Levina.

"Ma collègue Karina Moskalenko et moi-même avons obtenu aujourd'hui l'autorisation de visiter notre client mais les responsables de la maison d'arrêt nous ont informées que la quarantaine avait été décrétée dans sa cellule et que M.Khodorkovski ne pouvait pas en être sorti pour nous voir", a indiqué l'avocate.

Les responsables n'ont pas expliqué les causes de cette quarantaine, a-t-elle indiqué.

"On ignore également combien de temps elle durera et si M.Khodorkovski pourra prendre part à l'examen de l'appel contre sa condamnation le 19 septembre au Tribunal municipal de Moscou", a ajouté l'avocate.

Un autre avocat de M.Khodorkovksi, Anton Drel, a indiqué à RIA-Novosti que les responsables de la maison d'arrêt avaient fait parvenir à la commission électorale la lettre où l'ex-président de Yukos annonce son intention de se porter candidat aux élections à la Douma (chambre basse du parlement) dans une circonscription de Moscou.

"Le chef de la maison d'arrêt m'a annoncé vendredi que ce préavis avait été envoyé mercredi dernier", a indiqué l'avocat.

(RIA Novosti, 16.09.2005)

Le Nouvel Obs : Appel reporté pour Mikhaïl Khodorkovski

Le juge chargé d'étudier l'appel déposé par l'ex-oligarque russe emprisonné depuis mai dernier, a décidé de reporter cet examen au 19 septembre.

Le juge moscovite chargé d'examiner l'appel de l'ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, suite à sa condamnation en mai 2005 à 9 ans de prison, a annoncé mercredi 14 septembre qu'il reportait la procédure au 19 septembre prochain.
"Les auditions sont reportées à lundi (19 septembre) à 11H00 (07H00 GMT)", a déclaré le juge principal Viatcheslav Tarassov, au tribunal municipal de Moscou.
Les juges ont pris cette décision après une discussion entre Mikhaïl Khodorkovski et deux avocats collaborateurs de Me Guenrikh Padva, principal défenseur de l'ancien oligarque.
Selon Mikhaïl Khodorkovski, "maître Padva doit subir une biopsie demain (jeudi) dont les résultats seront connus vendredi ou lundi (19 septembre)".
Si son état le permet, Me Padva représentera Mikhaïl Khodorkovski. Dans le cas contraire, l'ex-oligarque pourra mandater un autre avocat pour le représenter.
Dans tous les cas, le tribunal de Moscou ne devrait pas entrer dans le vif du sujet dès lundi.

"Faire traîner"

Elena Levina, une collaboratrice de l'avocat hospitalisé, a expliqué qu'en cas de désignation d'un nouvel avocat, ce dernier "aurait besoin de beaucoup de temps pour prendre connaissance du dossier".

Dans la matinée, le procureur Dmitri Chokhine a accusé la défense de vouloir "faire traîner l'examen de l'affaire en longueur", affirmant avoir des informations selon lesquelles l'hospitalisation de Me Padva n'avait "rien d'urgent, mais (avait) été planifiée".
Le report de l'examen en appel a une importance primordiale pour Mikhaïl Khodorkovski qui, une fois définitivement condamné, n'aura plus le droit de briguer la députation. Or, l'ex-oligarque de 42 ans a annoncé son intention d'être candidat le 4 décembre à une législative partielle organisée à Moscou.

(Le Nouvel Obs, 16.09.2005)
14.9.05

Le Monde : En défense de Mikhaïl Khodorkovski, par Patrick Klugman

Oligarque russe déchu, MikhaïlKhodorkovskifait appel, ce 14 septembre, de sa condamnation à neuf ans de prison prononcée en mai par un tribunal moscovite. Qu'une presse russe aux mains du pouvoir s'en soit félicitée pour complaire à une opinion chauffée à blanc et affamée ne surprend pas. Malheureusement, en France, et même en Europe, il règne sur cette affaire un silence gêné parmi ceux qui, ailleurs et habituellement, font profession de dénoncer les atteintes aux droits de l'homme.

La personnalité du principal accusé n'est, bien sûr, pas étrangère à la circonspection polie avec laquelle on a traité en Occident le procès Ioukos [géant pétrolier dirigé par Khodorkovski, partiellement démantelé depuis]. On eût aimé le condamné moins riche, avec un itinéraire plus clair, doué d'une personnalité plus "pure". Il n'empêche que, si l'on est attentif à la liberté des individus et, plus prosaïquement, à la sauvegarde de la démocratie en Russie, cet homme doit être défendu.

C'est précisément parce qu'il n'est ni un saint ni un innocent, qu'il a les mains sales, que son procès constitue un cas pour les droits de l'homme. En cette matière, on ne saurait admettre de canons qui, distinguant les "bons" damnés des "mauvais" nantis, nous condamneraient à une indignation sélective.

On peut émettre des réserves sur l'homme, réprouver la manière dont il a accaparé en quelques années 15 milliards de dollars. N'est-il pas devenu propriétaire de son ancienne compagnie en participant à la scandaleuse braderie des biens de l'Etat, pudiquement appelée "prêts contre actions", en 1995 ?

N'a-t-il pas financé, en 1996, avec quelques autres, la première guerre en Tchétchénie ? Ne s'est-il pas soustrait frauduleusement à ses créanciers pour échapper à la crise de 1998 ? Mikhaïl Khodorkovski a commis ces forfaits et, sans doute, d'autres dont nous ignorons tout.

Mais il faut le défendre, d'abord parce que, oligarque ou non, déchu ou pas, il a été condamné au terme d'une procédure inique sans fondement légal et motivée par des mobiles politiques. Il n'est pas d'observateur international ­ et ce, jusqu'à l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ­ qui n'ait dénoncé les multiples abus dans cette affaire : des témoins de la défense écartés, d'autres emprisonnés, les cabinets des défenseurs arbitrairement saisis et, pour conclure, les attendus de la condamnation qui sont la reproduction ­ fautes d'orthographes comprises ­ de l'acte d'accusation.

On s'attardera encore sur les charges retenues contre Khodorkovski et son coaccusé : l'"appartenance à une organisation criminelle" dont aucune preuve n'a jamais été rapportée, ou l'emploi de montages fiscaux soi-disant frauduleux. Des entreprises proches du pouvoir n'en ont jamais été avares, dans des proportions plus importantes, sans être jamais inquiétées.

Mais il faut aussi le défendre parce que, au-delà de sa condition individuelle, se jouent des enjeux bien plus importants. Au cœur de cette affaire, un formidable pillage d'Etat, qualifié d'"arnaque de l'année" par le propre conseiller économique de Vladimir Poutine, est orchestré. Celle-ci a permis au pouvoir de se réapproprier l'essentiel de la production pétrolière nationale.

Car, au terme d'une vente aux enchères truquée, la société Iouganskneftegaz, principal actif de Ioukos, a été cédée à vil prix à une filiale prête-nom du groupe public Rosneft, dont le président, Igor Setchine, n'est autre que... le chef adjoint de l'administration moscovite.

En redistribuant à l'Etat et à des proches des ressources en hydrocarbures tant convoitées, non seulement le Kremlin a éliminé un rival potentiel, mais il s'est aussi soustrait à toute éventuelle critique internationale au sujet de sa politique.

Il faut, surtout, défendre Khodorkovski parce qu'il est un prisonnier politique, l'un des plus importants, si ce n'est le plus important actuellement en détention en Russie. En vérité, le "crime" de cet homme est d'avoir financé, à travers sa fondation Russie ouverte, des formations politiques rivales de Vladimir Poutine, d'avoir créé un institut visant à l'avènement d'une nouvelle génération de leaders et de s'être offert un journal dont les positions ne sont pas celles du maître du Kremlin.

Tous les contes ont une part sombre : celle de Khodorkovski est bien connue. Mais, n'oublions pas sa face glorieuse : il avait le choix entre l'exil et la prison ; il a préféré être un prisonnier politique russe plutôt qu'un milliardaire exilé. Depuis sa geôle, il se revendique "simple citoyen de la Fédération de Russie" , écrit sur la crise du libéralisme dans son pays et affronte ses juges en se comparant aux décembristes, ces officiers russes qui avaient échoué à renverser le tsar, Nicolas Ier, en 1825.

Le procès, la prison, l'évolution politique ont accouché d'une nouvelle donne : en Russie, aujourd'hui, soutenir Khodorkovski, c'est s'opposer à Poutine. On peut toujours penser qu'il n'est pas Mandela, que sa cellule n'a rien du goulag et que Poutine, dans l'échelle des réprobations convenues, est derrière Bush. Cela ne saurait éluder le fait que la condamnation de Khodorkovski par le tribunal Mechtchanski de Moscou est une injustice, qui regarde l'Europe et le monde.

La Russie de Poutine est un Etat qui truque les suffrages électoraux en Ukraine et mène une guerre injuste en Tchétchénie. Ce pays est aux mains d'une élite issue du KGB, les siloviki, qui fait usage de méthodes arbitraires en se servant des apparences de la démocratie. Dès lors, il n'est pas surprenant qu'une justice capable de condamner Khodorkovski à neuf ans de réclusion pour de prétendus délits économiques relaxe, en avril 2004, le capitaine Edouard Oulman et ses hommes, qui ont exécuté sommairement six civils tchétchènes en janvier 2002.

Il faut défendre Khodorkovski, car notre indignation ne saurait avoir de frontières. Il le faut pour toutes les raisons évoquées ici et dont chacune, prise isolément, suffit amplement. Il faut le défendre, en définitive, parce que même si le retournement est saisissant, le fait est là : du sort de cet homme dépend largement l'arrêt de la dérive autoritaire qui se joue en Russie.

Sur ce point, il serait paradoxal d'être dubitatif à Paris, quand, de Garry Kasparov à Helena Bonner, on en est convaincu à Moscou.

(Le Monde, 14.09.2005)

Libération : L'heure du recours pour Khodorkovsky




Devant le tribunal, à Moscou, manifestation des partisans de l'ex-magnat du pétrole russe, Mikhail Khodorkovsky. La Cour d'appel examine mercredi le recours de l'oligarque déchu pour avoir bravé le pouvoir du président Poutine, condamné à neuf ans de prison pour évasion et fraude fiscales.

Le fondateur du géant pétrolier Ioukos, autrefois considéré comme l'homme le plus riche de Russie, et son associé Platon Lebedev, accusé comme lui, ont été amenés sous forte escorte devant un tribunal des faubourgs de Moscou, encerclé par les forces de sécurité. Ils ont assisté à l'audience dans une cage métallique vitrée.

L'avocat de Khodorkovsky s'attend à un rejet rapide de l'appel de son client. Une condamnation définitive empêchera l'homme d'affaires de se présenter en décembre au poste de député à la Douma (Assemblée) comme il l'a annoncé.

(Libération, 14.09.2005)
9.9.05

Le Monde : Russie : politique et pétrodollars

Vladimir Poutine estimait, il y a quelques années, que l'industrie pétrolière de son pays était une véritable "poule aux œufs d'or" . Deuxième exportateur mondial de brut après l'Arabie saoudite, la Russie tire effectivement aujourd'hui grand profit de la hausse des cours mondiaux. Concentrée en Sibérie occidentale, la production nationale a augmenté de plus de 50 % depuis 1999. Avec la relance de la consommation des ménages, l'afflux de pétrodollars est au cœur de la croissance économique russe. Grâce à cette manne, Moscou engrange désormais des milliards de dollars sur un Fonds de stabilisation censé protéger l'économie nationale d'un éventuel retournement des cours. Et le pays a pu rembourser dès cette année 15 milliards de dollars de dettes au Club de Paris, en avance sur les échéances prévues.


Et puis a éclaté l'affaire Ioukos, qui a jeté un froid glacial sur tout le secteur de l'or noir. Le défunt groupe employait 100 000 personnes. Sa contribution à la production pétrolière nationale s'élevait à 11 %. Aujourd'hui, Ioukos est vidée de sa substance. En mai dernier, son ancien patron, Mikhaïl Khodorkovski, a été condamné à neuf ans de prison. La compagnie a dû régler la somme record de 28 milliards de dollars en arriérés d'impôts ! Finalement, après un démantèlement en règle, les actifs de l'ancien groupe ont été transférés au début de l'année dans une structure publique dénommée Rosneft. Parce que Ioukos produisait quand même autour de 1 % du brut mondial et que la désorganisation engendrée par le démantèlement a provoqué de gros problèmes de livraisons, la crise a contribué, un moment, à pousser les cours mondiaux à la hausse.

A présent, tout est apparemment rentré dans l'ordre. Mais la Russie n'a pas fini de payer les conséquences du scandale. Les créneaux qui étaient occupés par l'ancien groupe sur les marchés extérieurs ont souffert. La plupart sont maintenant occupés par Loukoil et Rosneft, deux groupes dont les dirigeants sont en excellents termes avec le pouvoir politique. Coïncidence ? Beaucoup pensent que non. Pour eux, toute la saga Ioukos ne relevait au fond que d'une redistribution des cartes au profit des amis du Kremlin. Rosneft est dirigé par des proches de M. Poutine. Les investisseurs étrangers ont interprété le message : Moscou n'est pas disposé à leur céder le moindre contrôle sur ce lucratif secteur. Lucratif, mais pas forcément durable.

De l'avis des principaux spécialistes, l'effet de la manne pétrolière sur l'économie nationale aurait atteint ses limites. Pour au moins trois raisons. En entamant sérieusement la confiance des détenteurs de capitaux, l'affaire Ioukos a d'abord abouti à une baisse des investissements nécessaires au secteur. Ensuite, l'engorgement des oléoducs freine la possible relance des exportations. Enfin, après la pointe observée en septembre 2004, avec 9,42 millions de barils/jour, et malgré une petite reprise ces trois derniers mois, la hausse de la production nationale d'or noir n'a cessé de ralentir.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, elle augmentera encore de 3,8 % cette année. Mais la progression était de 9 % en 2004 et de 11 % en 2003 ! Il y a plus grave. La "réticence" du Kremlin à ouvrir le secteur énergétique aux investissements étrangers a déclenché une crise de confiance qui entrave les projets de développement au-delà même du secteur pétrolier. La fuite des capitaux a repris, jusqu'à 33 milliards de dollars "envolés" pour la seule année 2004 d'après l'agence Fitch Ratings. Or, "pour poursuivre sa croissance, l'économie a besoin de plus en plus d'entrées de capitaux", estime Evgueni Gavrilenkov, l'économiste en chef de la banque Troïka Dialog à Moscou. Le ministre de l'économie et du commerce, Guerman Gref, le reconnaissait lui-même au printemps, "l'afflux de pétrodollars n'est plus en mesure de pousser la croissance nationale vers le haut".

Que ce soit vers la Chine, vers le port de Nakhotka dans l'Extrême-Orient russe, ou vers Mourmansk, dans le Grand Nord, les grands projets de construction d'oléoducs marquent le pas. Pour l'heure, les livraisons de produits pétroliers à la Chine se font par voie ferrée. "Faute d'investissements majeurs, note l'économiste Evguéni Gavrilenkov, la capacité d'utilisation des infrastructures dépasse aujourd'hui les 90 %."

Occupées à engranger les profits, les compagnies pétrolières nationales n'ont tout simplement pas consacré suffisamment de moyens à l'exploration de nouveaux gisements. Elles se sont contentées d'améliorer le rendement de vieux puits déjà forés à l'époque soviétique. Bref, les dividendes du "boom" pétrolier ne se font plus vraiment sentir qu'en certains endroits très particuliers du pays.

AU fin fond de la taïga, la petite ville de Khanty-Mansiysk, à trois heures d'avion de Moscou, en est l'illustration la plus patente. Khanty-Mansiysk, 55 000 habitants, étale ses rues impeccablement goudronnées, ses immeubles neufs à l'architecture futuriste, ses magasins chics et son hôpital équipé dernier cri au pied de collines boisées, à la confluence du fleuve Ob et de la rivière Irtich, en Sibérie occidentale. Ici émerge une nouvelle Russie, conquérante et patriotique, comme la rêve le Kremlin, c'est-à-dire baignée dans la richesse de son sous-sol, travailleuse, pétrie de valeurs religieuses orthodoxes, et dépourvue de contestataires politiques.

On appelle cet endroit le "Koweït russe". Khanty-Mansiysk est le chef-lieu d'une région qui produit 58 % du pétrole national. Elle affiche le plus haut niveau de vie du pays, après l'agglomération de Moscou. Le salaire moyen y est de 20 000 roubles (570 euros), soit près de trois fois la moyenne russe. En 2004, la région a fourni 15 % des recettes du budget fédéral russe.

Le gouverneur de Khanty-Mansiysk, un ancien dignitaire soviétique en poste depuis les années 1970, aime les arts et veut miser sur l'éducation. Il a déjà inauguré une université, et "prié" les firmes pétrolières de bien vouloir financer l'acquisition de 400 toiles de maîtres russes des XVIIIe et XIXe siècles, et d'icônes remontant au XVe. Un bâtiment fraîchement construit, dressant ses colonnades néoclassiques au milieu de ce paysage de marais, accueille la collection. Une jeune femme, Natalia Golitsina, arrivée de sa région natale d'Ekaterinbourg dans l'Oural, a été nommée directrice adjointe de ce musée, unique en Sibérie, et entièrement financé par le mécénat pétrolier. La collection est devenue le point d'orgue d'un véritable renouveau de ferveur nationaliste. "On met l'accent sur l'art patriotique, pour transmettre une certaine fierté d'être russe à la nouvelle génération", explique la jeune responsable.

La région, où règne un certain esprit pionnier, s'est dotée d'une "école pour enfants doués". Un millier d'élèves venus de villages éloignés y sont logés en pension gratuite. Ils étudient la danse, la peinture, la musique. "Notre but est l'excellence", se félicite le directeur, Alexandre Berezine, un Russe de 33 ans, venu d'Ukraine. "La Russie a traversé des périodes difficiles. Nous voulons montrer qu'il y a des choses dont on peut être fier, et qu'il est possible, même dans une région reculée, d'offrir une éducation de haut niveau", dit-il. Alexandre Berezine fait admirer les locaux, une débauche de marbres et de plantes exotiques.


A Khanty-Mansiysk, les rues sont sillonnées par des 4 × 4 japonais rutilants. Des devantures d'agences de voyages proposent des séjours en Egypte ou en Europe. Une grande cathédrale orthodoxe à bulbes dorés est en construction sur la colline. "Ce sera notre Montmartre, se réjouit un habitant, avec des escaliers en pierre blanche qui descendront vers le centre-ville." Plus loin, une pancarte publicitaire vante les mérites du service militaire "sous contrat" en Tchétchénie. "Le choix des vrais hommes", affirme le slogan.

Le bien-être apporté ici par les cours élevés du pétrole a redonné confiance à la population. Alors que la Russie enregistre depuis des années un fort déclin démographique, la région de Khanty-Mansiysk affiche un taux de natalité record. La région verse aux familles 3 000 roubles (86 euros) par mois pour chaque enfant âgé de moins de 3 ans. "A la naissance de chaque enfant, précise un jeune père, les autorités régionales versent une somme d'argent sur un compte spécial. Quand l'enfant atteindra 18 ans, il recevra 70 000 à 100 000 roubles (2 000 à 2 860 euros), pour son éducation ou son logement. C'est comme dans les Emirats arabes !"

Une seule formation politique a pignon sur rue : Russie unie, le parti pro-Poutine. Son immeuble luxueux borde "l'allée des gloires sportives de Khanty-Mansiysk", où sont affichés les portraits des champions de biathlon. Un peu à la manière des panneaux d'ouvriers méritants de l'époque soviétique.

Le secrétaire régional du parti, Alexandre Sidorov, parle de "redressement national, axé sur un partenariat nécessaire entre les grandes firmes pétrolières et les pouvoirs publics". Pour lui, c'est sûr, "depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, on sent que l'Etat russe a recommencé à exister". D'après les sondages, pourtant, Russie unie est talonné ici par un parti ultranationaliste.

A Khanty-Mansiysk, il n'y a qu'une seule source d'information audiovisuelle : la télévision fédérale, contrôlée par le Kremlin. Les médias régionaux écrits sont fidèles au gouverneur, lui aussi membre de Russie unie. Aucun journal d'opposition n'est distribué. La tâche est donc rude pour Iouri Chagout, le représentant du petit parti démocratique Iabloko, qui se désole : "L'économie se développe, alors, notre message, peu de gens veulent l'entendre."

Dans ces immensités sibériennes où jaillit le pétrole, on veut envisager l'avenir avec optimisme. Valentin Nazarov, un moujik costaud, gère la Fondation des générations qui finance, grâce aux taxes pétrolières, l'ensemble des programmes éducatifs et sportifs locaux. Il affirme que le sous-sol regorge d'assez d'hydrocarbures pour des décennies. Sa fondation a recueilli à ce jour 500 millions de dollars, en partie réinvestis en Bourse. Spécialiste du secteur pétrolier, il assure que les retombées de l'affaire Ioukos ont été minimes. "Pour les gens d'ici, l'essentiel est que les salaires continuent d'être versés", dit-il.

Ce qui compte, poursuit notre interlocuteur ­ incidemment conseiller du gouverneur , c'est la mission que doit remplir la Russie, en ce début du XXIe siècle. Fervent orthodoxe et patriote russe, le moujik estime que son pays est "l'avant-garde de l'Europe. C'est nous qui lui fournissons du gaz et du pétrole. Nous, les Russes, avons conservé des valeurs sacrées, le sens de la collectivité, de la chrétienté véritable. C'est nous, ici, qui faisons tout pour endiguer l'avancée des Chinois en Sibérie. L'Europe devrait nous manifester plus de sympathie."

Le miracle économique que vit Khanty-Mansiysk peut-il se répandre dans le vaste pays ? C'est l'un des défis auxquels est confronté le Kremlin. Cette région de 1,5 million d'habitants qui a la taille de la France ­ et où vivaient jusqu'à la colonisation cosaque du XVIIe des ethnies d'origine finno-ougrienne, les Khantys et les Mansis ­ ne représente que 1 % de la population totale de la Russie. Une poche d'opulence dans une Russie où les disparités ne cessent de s'accroître et qui compte 25 % de pauvres.

Il suffit de se rendre de l'autre côté des collines boisées, loin des trajets réservés au visiteur étranger, pour apercevoir l'envers du décor. Des centaines de familles déshéritées, ouvriers ouzbeks, moldaves, tatars, employés sur les chantiers, ainsi que des Russes descendants de déportés de l'ère soviétique, s'entassent là dans de petites izbas de bois, ou dans des conteneurs métalliques transformés en habitations de fortune.

Sans eau courante, chauffés au poêle à bois quand la température tombe à ­ 40 l'hiver, leur univers est celui d'un bidonville de tiers-monde.

Nathalie Nougayrède
(Le Monde, 9.9.2005)
1.9.05

AFP : Khodorkovski candidat à une élection législative partielle à Moscou

L'ex-patron du géant pétrolier russe Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, condamné à neuf ans de prison, a annoncé mercredi qu'il allait se présenter comme candidat à une élection législative partielle anticipée dans une circonscription de Moscou.
»J'ai décidé de présenter ma candidature pour devenir député à la Douma (chambre basse du Parlement) à Moscou dans la circonscription 201», dont l'élu actuel abandonne son mandat, a-t-il indiqué dans une déclaration publiée sur son site internet www.khodorkovsky.ru.

Cette déclaration a disparu rapidement du site sans que l'avocat de M. Khodorkovski, Me Anton Drel, ou le centre de presse qui gère ce site ne puissent en expliquer les raisons immédiatement.

»Je lutterai (...) pour le droit de chaque citoyen de Russie de dire à haute voix: le régime (du président Vladimir) Poutine s'est essoufflé et ses jours sont comptés», déclare l'ex-oligarque dans ce texte.

»Une nouvelle génération d'hommes politiques (...) qui pensent au sort de la Russie au troisième millénaire doivent remplacer un poutinisme qui dégénère», poursuit-il.

»Pour que mes paroles soient entendues en Russie et dans le monde, je dois présenter ma candidature à Moscou», explique-t-il.

La Commission électorale centrale prévoit d'organiser ce scrutin anticipé le 4 décembre, a déclaré mercredi le président de la Commission, Alexandre Vechniakov cité par l'agence Interfax.

Un groupe d'initiative composé d'opposants à Vladimir Poutine a été formé mercredi pour proposer la candidature de Khodorkovski à la députation, a déclaré le service de presse d'un des membres de ce groupe Ivan Starikov, du parti de droite SPS.

»Nous soutenons Khodorkovski comme l'un des opposants les plus courageux et les plus brillants», souligne dans une déclaration ce groupe comprenant notamment la candidate malheureuse à la présidence russe Irina Khakamada (libérale), le député du parti réformateur Iabloko Alexeï Melnikov et le leader du parti national-bolchevique (extrême gauche) Edouard Limonov.

L'ancien oligarque, condamné en première instance en mai 2005 à neuf ans de prison pour fraude fiscale, est détenu dans la prison de Matrosskaïa Tichina à Moscou en attendant l'examen de son appel prévu le 14 septembre.

Si son verdict est confirmé, il n'aura plus le droit de se présenter à la députation, a expliqué à l'AFP Me Drel.

»Le pouvoir veut que l'examen de la plainte se fasse vite» pour empêcher M. Khodorkovski de se présenter, a pour sa part accusé une autre avocate Karina Moskalenko sur la radio Echo de Moscou.

Selon la loi russe, même s'il est élu député, il devra rester en prison.

(AFP via Tageblatt, 1.9.2005)

Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



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Vladimir Pereverzine, libre et révolté.

Bonne Année 2012 !

15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

Vassili Alexanian, une interview inédite.

Vassili, le dernier adieu.

Vassili Alexanian est décédé

Le Figaro: Au dernier jour de son procès, Khodorko...

Point final dans l'Affaire Alexanian

Le Figaro: Plus de procès pour un ancien de Ioukos...



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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


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    En anglais

  • The Moscow News
  • Gazeta.ru - International Edition
  • The Moscow Times

    En russe

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