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25.12.04

Le billard russe de Ioukos

imanche, c'était la surprise totale : une entreprise inconnue remportait aux enchères Iouganskneftegaz, principale filiale du géant pétrolier russe Ioukos. Pas d'activité, un siège social qui se résumait à une épicerie... Ce qui n'empêchait pas Baikalfinansgroup de promettre 9,35 milliards de dollars (7 milliards d'euros) pour se payer le fleuron de Ioukos, acculé au démantèlement par la justice russe pour cause d'arriérés fiscaux impayés. Hier, c'était l'inverse : sans surprise aucune, la confirmation de ce que tout le monde pensait ou craignait. Le repreneur masqué n'était qu'un prête-nom permettant à l'Etat russe, via Rosneft, de reprendre en main le groupe pétrolier. Retour sur une semaine décisive dans l'agonie de Ioukos.

Ioukos est-il nationalisé ?

Oui, de fait. La compagnie pétrolière nationale russe Rosneft a annoncé hier la reprise de la totalité du capital de Baikalfinansgroup, le mystérieux repreneur. Elle prend ainsi le contrôle de la principale division de Ioukos. Ce qui revient à une nationalisation de fait de 11 % de la production pétrolière du pays. Cette prise de possession confirme le scénario d'une intégration des actifs du géant pétrolier dans un groupe énergétique contrôlé par le Kremlin. D'autant que Rosneft s'est engagé ces derniers mois dans un rapprochement avec le géant gazier Gazprom. Celui-ci a annoncé hier que cette fusion entrerait en vigueur au plus tard en janvier. L'acquisition de Iouganskneftegaz fera de Rosneft l'un des plus grands groupes pétroliers de Russie, avec 1,45 million de barils produits chaque jour, presque autant que la Libye. Ce qui permettra au Kremlin de renforcer son contrôle sur le secteur énergétique.

Les enchères étaient-elles truquées ?

Formellement non, en pratique, oui. Pour l'ancien vice-secrétaire américain au Trésor, Stuart Eizenstat, également un des responsables du holding Menatep, principal actionnaire de Ioukos, cette transaction est «l'une des plus grandes truanderies économiques de l'histoire». Ce dernier critique les Etats occidentaux pour leur absence de réaction face aux agissements de l'administration Poutine visant à détruire la compagnie pétrolière.

On ne sait toujours pas officiellement qui se cache derrière Baikalfinansgroup, groupe dont Poutine peinait hier à se souvenir du nom : «L'acquisition par Rosneft, compagnie détenue à 100 % par l'Etat, de cette compagnie... euh, je ne sais plus son nom, Baltiskaïa... Baïkal... Bref, de Iouganskneftegaz, s'est faite, selon moi, de manière tout à fait légale.» Pour le président russe, l'Etat a utilisé «des mécanismes légaux de marché pour assurer ses intérêts». Pourtant, Gazprom était lui-même candidat aux enchères à la reprise de la filiale de Ioukos. Il a été battu par Baikalfinansgroup, ce qui ne l'empêche pas, une semaine plus tard, de voir la société atterrir dans son périmètre, une fois la fusion avec Rosneft effective. Pour Menatep, le holding de Ioukos, Baikalfinansgroup n'était qu'«une couverture pour le gouvernement russe». Avant sa reprise par Rosneft, dont le président, Igor Setchine, est un proche collaborateur de Poutine au Kremlin.

Pourquoi tant de complications avant de nationaliser Ioukos ?

Pour se protéger de la justice internationale. «Toutes ces manipulations ont été faites pour éviter les poursuites en justice», estime Valeri Nesterov, analyste de la société d'investissement Troïka Dialog. En effet, un tribunal de Houston (Texas) avait demandé le 17 décembre une suspension de la vente des actifs de Ioukos. Poutine, lui, y voit une décision «inadmissible du point de vue du droit international» démontrant un «non-respect de la courtoisie internationale».

Que va devenir ce qui reste de la compagnie ?

La police a fait hier une nouvelle perquisition au siège de Ioukos à Moscou. Le reste de la compagnie devrait également être mis en vente par la justice pour éponger sa dette fiscale, tandis que Mikhaïl Khordorkovski, ex-PDG du groupe et son principal actionnaire, risque une peine d'emprisonnement de plus de dix ans.

(Libération, 24.12.2004)
Publié à 13:53 Edit
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Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



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Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


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