28.12.04
MOSCOU - Sous le titre "Propriété et liberté", le quotidien financier russe Vedomosti publie mardi un long article rédigé du fond de sa cellule par Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron du groupe pétrolier Ioukos.
Pour l'essentiel, le texte constitue une réflexion philosophique sur le sort de celui qui fut l'homme le plus riche de Russie avant son arrestation en octobre 2003, et est aujourd'hui totalement ruiné.
Mais il dénonce aussi le rôle joué par le Kremlin, et en particulier par le président Vladimir Poutine, dans la chute de Ioukos et la vente aux enchères des principaux actifs du groupe pour rembourser son énorme ardoise fiscale.
Moscou a peut-être détruit Ioukos, mais a surtout infligé du même coup de grave dégâts à l'économie russe, écrit notamment Khodorkovski.
"La question est de connaître les leçons que tirera le pays de l'affaire Ioukos, dont le dénouement constitue l'événement le plus insensé et le plus destructeur pour l'économie de toute la présence aux affaires du président Vladimir Poutine", dit-il en accusant l'administration de ne plus être au service de l'Etat, mais de le diriger.
Pour autant, Khodorkovski ne va pas jusqu'à défier ouvertement le gouvernement et exclut toute idée de vengeance.
"J'aimerais bien sûr aider notre pays à s'épanouir et à devenir libre. Mais je suis prêt à attendre si les autorités décident de me maintenir en prison", écrit-il.
"Ils veulent me maintenir à l'écart, très à l'écart, pendant au moins cinq ans, car ils ont peur de ma vengeance", poursuit-il à propos de ses ennemis. "Ces petits esprits pensent que tout le monde vit selon leurs règles. Mais ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de devenir le comte de Monte Cristo."
( Libération, 28.12.2004)
Derniers développements
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L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe
YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire
de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003,
il a été condamné à l'issue d'un
procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.

M. Khodorkovsky durant son procès
Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine.
La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont
reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire
YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions
libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté
aux partis d'opposition lors des dernières élections. Parallèlement, la
compagnie YUKOS dont il était également le principal
actionnaire a été soumise à des redressements
fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de
prétexte à confiscation de la plupart des actifs de
la société. Pour tenter de pallier un
certain déficit d'information en langue française, je me
propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une
couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme
"le procès du siècle".
L'Observatrice

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