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28.10.06

Le Monde : En Sibérie, un homme résiste, par Robert R. Amsterdam

Il y a trois ans, le 25 octobre 2003, par une nuit glaciale, les forces de sécurité russes, armées de mitrailleuses, arrêtaient le chef d'entreprise médiatique Mikhaïl Khodorkovski, sur le tarmac d'un aéroport au fin fond de la Sibérie. A l'issue d'une parodie de procès, in fine "politique", ainsi que l'a reconnu l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, marqué par l'absence de charges réelles et des violations permanentes des règles de droit, Khodorkovski a été condamné à huit ans d'emprisonnement.

Il était accusé de crimes qu'il n'avait pas commis. Son plus grand succès, le redressement de la compagnie pétrolière privée Ioukos, devenue un exemple flamboyant de transparence et de bonne gouvernance dans un pays où ces qualités sont rares, était attaqué pour fraude fiscale. Cette attaque ne manquait pas de sel : Ioukos était alors le plus gros contribuable du pays et ses impôts payés représentaient 5 % du PIB de la Russie !

Alors que Ioukos tentait de négocier un accord amiable, le montant d'impôts qui lui était demandé continuait à grimper, dans une volonté manifeste de conduire cette entreprise privée à la faillite puis de la remettre sous la coupe de l'Etat. Fin 2004, le montant d'impôts réclamé atteignait 8 dollars pour chaque dollar de revenu de l'entreprise. En attendant que Ioukos soit finalement contrainte à la faillite et ses biens spoliés par l'Etat, Mikhaïl Khodorkovski était emprisonné et purgeait sa peine dans un camp de travail perdu aux confins de la Sibérie.

Trois ans après le procès, après le massacre de Beslan, après l'introduction en Bourse, à Londres, de la société Rosneft constituée des dépouilles de Ioukos, après le chantage au gaz contre l'Ukraine, après la persécution contre les Géorgiens, et jusqu'aux meurtres du banquier Andreï Kozlov et de la journaliste Anna Politkovskaïa, le décalage entre les ambitions de l'entrepreneur russe et la réalité de son pays est flagrant. Alors que l'autoritarisme à Moscou se renforce mois après mois, il faut moins que jamais négliger le cas Khodorkovski.

Le camp de travail dans lequel il croupit, près de la frontière avec la Chine, est célèbre dans l'histoire russe comme étant le lieu où le tsar Nicolas Ier envoya les "décembristes" à la suite de leur insurrection ratée contre lui, en 1825. Après son arrivée au camp de travail, Mikhaïl Khodorkovski se comparait lui-même à un "décembriste", jugeant que le Kremlin essayait "de (l')isoler du peuple et du pays, de se débarrasser de (lui), prouvant une fois de plus son incapacité totale au dialogue et à la discussion avec l'opposition". Et concluant : "Ils espèrent que je serai vite oublié, que le combat est terminé, qu'il faut se résigner au règne sans partage d'une bureaucratie imbue d'elle-même. En réalité, le combat ne fait que commencer."

On ne peut que constater à quel point l'analyse de Khodorkovski était juste. Comme les "décembristes", sa conviction, typiquement russe, est qu'en dépit de leur histoire et des stéréotypes occidentaux, les Russes ont une aspiration profonde à la liberté. Khodorkovski est un Russe moderne, qui combattait non seulement pour la transparence et la bonne gouvernance, mais aussi pour l'économie de marché en général, dans une vraie démocratie nourrie d'une société civile active.

Il a hissé la philanthropie à un niveau inconnu en Russie. Aujourd'hui, sa fondation, Russie ouverte, qui assurait des programmes de soutien éducatif et social, a succombé aux attaques de ceux qui s'en étaient pris au personnage lui-même. En un exemple illustrant l'exécrable niveau auquel a sombré la campagne contre Khodorkovski, la police, en armes, a effectué un raid contre l'école construite par sa fondation près de Moscou et destinée aux orphelins de guerre.

L'embastillage de Khodorkovski est un message clair envoyé au peuple russe : "N'osez pas." N'osez pas prendre la liberté au sérieux, vous dresser pour des principes, dire ce que vous pensez, défier, vous élever. Si vous osez, vous serez brisé.

Se dresser aujourd'hui pour Khodorkovski, c'est se dresser pour la libre entreprise, la concurrence, l'Etat de droit et les droits de l'homme. L'oublier, c'est baisser les bras, renoncer face à la corruption, aux monopoles d'Etat, aux abus de pouvoir et aux insultes faites à la démocratie.

Khodorkovski a récemment déclaré : "A la différence de mes persécuteurs, j'ai réalisé que faire de l'argent est loin d'être le but ultime de la vie d'un homme, cette époque-là est derrière moi, maintenant je souhaite m'investir dans l'intérêt général, celui des générations qui vont bientôt diriger ce pays, ces générations qui croient dans les valeurs et gardent l'espoir."

N'oublions pas l'homme et ce qu'il représente. Son message et sa mission sont aujourd'hui plus importants que jamais.
__________
Robert R. Amsterdam est l'avocat international de Mikhaïl B. Khodorkovski.
12.10.06

L'adieu à Anna Politkovskaïa

Aujourd'hui à Paris, sur le parvis de Notre-Dame, s'est tenu un rassemblement à la mémoire d'Anna Politkovskaïa, journaliste russe assassinée samedi dernier. Discours émus et indignés d'André Glucksmann, Bernard Henri Levy, Jane Birkin, Marie Mendras, d'autres encore. Portraits, fleurs. Et un sentiment partagé par tous de rage et d'impuissance.

Depuis sa prison sibérienne Mikhaïl Khodorkovsky a également envoyé ses condoléances. Juste quelques mots. Le reste sonnerait faux.

Chacun connaît - ou du moins devrait connaître - le combat acharné d'Anna Politkovskaïa pour la défense des populations civiles de Tchétchénie. En témoignent encore aujourd'hui ses livres, alors même que sa voix s'est tue. Mais peu sont au courant de ses prises de position sur l'affaire Yukos, que je voudrais rappeler ici.

Peu susceptible d'indulgence avec les oligarques, Anna Politkovskaïa avait pourtant résolument pris la défense de Mikhaïl Khodorkovsky après son arrestation, expliquant infatigablement aux journalistes occidentaux que l'homme d'affaire avait été jeté en prison non à cause de ses malversations passées, mais à cause de son soutien présent aux Organisations de Défense des Droits de L'Homme.
Durant l'été 2005, Politkovskaïa avait même fait la grève de la faim par solidarité avec celle de Khodorkovsky, qui protestait alors contre la punition infligée à son ami et co-détenu Platon Lebedev.
Enfin, en avril dernier, Anna Politkovskaïa avait dévoilé dans un de ses articles un complot visant à assassiner Mikhail Khodorkovsky dans sa prison, au cours d'une tentative d'évasion qui aurait mal tourné. L'article d'Anna Politkovskaïa avait à l'époque suscité les moqueries de l'ensemble de ses collègues. Quinze jours plus tard cependant, Khodorkovsky était effectivement victime d'une provocation - selon un scénario différent il est vrai.

L'assassinat d'Anna Politkovskaïa était la chose à la fois la plus prévisible et la plus invraisemblable qui soit. Devant son courage extraordinaire, on avait pris l'habitude de se rassurer - "ils" n'oseront pas : elle est tellement célèbre! Sa notoriété la protège... Hélas. Le vieux réflexe hérité de la période brejnevienne nous a joué un bien mauvais tour. Il est temps de comprendre qu'aujourd'hui en Russie TOUT est possible.

Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



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15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


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