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14.6.05

Déclaration de Mikhail Khodorkovski à l'issue du procès, le 31 mai 2005

Désolée du retard avec lequel je publie ma traduction de la déclaration de Mikhail Khodorkovski.
J'ai antidaté cette entrée afin qu'elle reste en tête de ce blog un certain temps.
Elle en vaut la peine.
L'Observatrice


Malgré l’absence évidente d’indices de ma culpabilité, malgré les nombreuses preuves indiquant au contraire que je n’ai rien à voir avec quelque délit que ce soit, le tribunal a décidé de m’envoyer dans les camps.

Je n’ai pas l’intention de critiquer sévèrement Mme le Juge Irina Kolesnikova. J’imagine aisément quelles pressions elle a dû subir de la part de ceux qui sont à l’origine de « l’affaire Ioukos » lorsqu’elle rédigeait ce verdict. Des dizaines de hauts fonctionnaires, ou même simplement d’intermédiaires intéressés dans l’affaire, étaient prêts à offrir n’importe quelle somme au tribunal pour m’expédier à coup sûr en Sibérie.
Mais ce n’est pas Madame Kolesnikova le problème. Le problème est que le pouvoir judiciaire en Russie s’est transformé en simple accessoire, en instrument docile de l’exécutif. Où plus exactement, non pas en instrument de l’exécutif, mais en agent de défense des intérêts de quelques clans économiques quasi maffieux.

Aujourd’hui, des millions de nos concitoyens ont compris que malgré les déclarations des dirigeants du pays sur la nécessité de renforcer la Justice, il n’y a rien à espérer de ce côté là. C’est la honte et le malheur de notre pays.

Je ne me reconnais pas coupable et j’estime que mon innocence est prouvée. C’est pourquoi je vais faire appel du verdict prononcé aujourd’hui contre moi. C’est pour moi une question de principe que d’obtenir la vérité et la justice dans mon propre pays.

Je sais que l’issue de mon procès s’est décidée au Kremlin. Certains dans l’entourage du président ont insisté sur le fait que seul un non-lieu pouvait rendre au pouvoir la confiance de la société. D’autres ont fait valoir qu’il fallait me « mettre à l’ombre » pour longtemps afin de m’ôter le goût de la vie, de la liberté et de la lutte.
Je veux remercier les premiers et signaler aux seconds qu’ils ont manqué leur but.
Il ne leur est pas donné de comprendre que la liberté est un état intérieur de l’homme. Mes ennemis, qui voient dans leurs cauchemars un Khodorkovski assoiffé de vengeance, se sont condamnés eux-mêmes à trembler toute leur vie durant sur les actifs confisqués de Ioukos. Ce sont eux qui ne sont pas libres dans leur fort intérieur. Leur existence misérable, voilà la véritable prison.

Quant à moi, j’ai pleinement le droit de dire ce que je pense et d’agir comme bon me semble, sans faire superviser mes projets par un quelconque tuteur.
Aussi mon lieu de vie à partir d’aujourd’hui – c’est le territoire de la liberté. Les prisonniers, ce sont ceux qui restent les esclaves du système, ceux qui sont contraints de s’humilier, de mentir, de faire semblant afin de conserver leurs revenus et leur place dans cette peu recommandable société.

Je vais continuer à m’occuper de projets d’intérêt public, j’ai l’intention de créer un certain nombre d’organisations philanthropiques, et en particulier un fond de soutien à la poésie russe, à la philosophie russe, ainsi qu’une Ligue d’aide aux détenus. Je continue à prendre une part active aux programmes de « Russie Ouverte »* . Prochainement je tiendrai une conférence de presse à distance, lors de laquelle je rendrai compte des premiers pas accomplis. Ce sera le premier exemple de conférence de presse en prison de la période post-soviétique.
Je ne dispose plus de moyens financiers considérables, mais il y a revanche de nombreuses personnes disposées à financer des programmes placés sous ma direction.

Je veux remercier chaleureusement tous ceux qui sont présents aujourd’hui dans cette salle et autour du tribunal, tous ceux qui m’ont soutenu durant ces dix-huit mois. Vous êtes les gens honnêtes et courageux de Russie.
Je déclare en toute responsabilité que vous pourrez toujours compter sur moi. Bien qu’il ne me reste plus de grandes richesses, ensemble nous pouvons faire beaucoup.

Je veux exprimer ma reconnaissance toute particulière aux dizaines de milliers de simples habitants de Russie, de différentes régions, qui m’ont soutenu par leurs lettres. Depuis ma prison j’ai pu me rendre compte une fois de plus que le peuple russe n’est pas un troupeau obéissant d’imbéciles, comme semblent le croire certains idéologues proches du pouvoir. Mais un peuple épris de justice et d’honneur.

Je vais travailler avec ceux qui veulent et peuvent parler ouvertement du pays, du peuple, de notre présent et de notre avenir commun. Je vais me battre pour la liberté – la mienne, celle de Platon Lebedev, de mes autres amis, de toute la Russie. Et surtout – des générations suivantes, de ceux à qui appartiendra notre pays dans quelques années. Mon destin doit être pour eux une leçon et un exemple.

Merci à ma famille. Elle a été et reste mon appui maintenant et pour toujours. Cela prendra peut-être de nombreuses années, mais je sortirai un jour de derrière les barbelés et je rentrerai à la maison. J’en suis sûr comme je n’ai jamais été sûr de quelque chose dans ma vie.

Même si des années de prison m’attendent, j’éprouve tout de même un immense soulagement. Il n’y a désormais plus rien dans ma vie de superflu, de fortuit, de superficiel. L’avenir me paraît lumineux, et pur l’air de la Russie future.

J’ai perdu ma place dans le club des oligarques, mais j’ai gagné un nombre immense d’amis fidèles et dévoués. J’ai retrouvé le sentiment d’unité avec mon pays. Je suis à présent avec mon peuple, et nous allons supporter et vaincre ensemble.

Ne désespérez pas. La vérité finit toujours par triompher. Tôt ou tard.
____________
*ONG crée en 2000 et financée par Mikhail Khodorkovski , travaillant dans le domaine de l’éducation et des droits de l’homme.

Courrier International : Mikhaïl Khodorkovski, l'homme qui voulait devenir le Rockefeller russe

En juin 2002, Kommersant réalisait cette interview de l'ex-patron de Ioukos, quinze mois avant son arrestation. Mikhaïl Khodorkovski s'y montrait tellement franc que son service de presse s'opposa à sa parution. Aujourd'hui, condamné à neuf ans de prison, l'ancien oligarque a autorisé sa publication.
Condamné à neuf ans de prison par un tribunal moscovite le 31 mai 2005 pour fraude fiscale et escroquerie à grande échelle, l'ancien patron de la compagnie pétrolière russe Ioukos n'est plus que l'ombre de l'oligarque qu'il était avant son arrestation, à la fin octobre 2003. Cette interview, réalisée au moment de son apogée, témoigne du caractère avant-gardiste d'un homme d'affaires russe résolument tourné vers l'avenir de son pays.



En Occident, Ioukos et Khodorkovski font couler beaucoup plus d'encre qu'en Russie. Cela était déjà le cas il y a trois ou quatre ans, mais les commentaires à votre égard étaient plutôt négatifs, alors qu'aujourd'hui ils sont dithyrambiques. A croire qu'on cherche à faire votre promotion à l'étranger. Votre heure est-elle venue ?

MIKHAÏL KHODORKOVSKI Plusieurs facteurs entrent en jeu : nous avons effectivement changé, et l'attitude de l'Occident aussi. Quand je me suis lancé dans les affaires, tout au début, nous étions censés obéir à des lois, mais ces lois n'existaient pas.

Ou elles existaient, mais avec des échappatoires...

Autant dire qu'elles n'existaient pas. Dans la pratique, on faisait ce qu'on voulait. C'est dans ces conditions-là que s'est déroulée l'accumulation primaire du capital. Si nous avions des exigences morales, elles nous étaient propres, et mieux vaut ne pas en parler aujourd'hui. Elles correspondaient à la société dans laquelle nous vivions. Ensuite, la législation s'est peu à peu établie, et nous avons continué à agir dans son cadre, qui était encore assez élastique. Il l'est d'ailleurs toujours.
Nous avons alors commencé à comprendre qu'en Occident, la perception de la législation est différente. Il y a en outre des règles spécifiques, y compris dans le monde des affaires, qui servent à maintenir des conditions de vie correctes. Et comme laisser moisir de l'argent en banque n'est pas un but en soi et que les gens ont envie de bien vivre, ces règles sont très utiles. Même si, tactiquement, elles entravent un peu les affaires, à moyen terme elles aident à vivre.

Vous êtes devenu partisan de la législation occidentale ?

Je n'en fais pas l'apologie. Mais vous savez, nous avons grandi, gagné en maturité.

Sans aucun doute. Il y a à peine plus de dix ans, vous étiez charpentier, je crois ?

C'est ça.

Vous avez parlé d'éthique dans les affaires. Mais n'est-ce pas un peu facile aujourd'hui, une fois que vous avez fait fortune ? Il y a des gens qui se lancent seulement, comme vous il y a dix ans. Vous allez avoir du mal à les convaincre de suivre les règles de l'Occident.

Certes. Il n'y a pas qu'en Occident que l'on a remarqué les changements qui se sont produits dans notre façon de faire des affaires. Ici aussi on le ressent. On nous dit : "Les gars, vous avez accumulé votre capital primaire lorsque tout était permis, et maintenant vous voulez que ce qui a été possible pour vous soit interdit aux autres, pour conserver votre avantage." Je dois reconnaître qu'ils ont raison. Comme toute génération qui atteint l'âge adulte, nous commençons à jouer un rôle stabilisateur. Oui, il existe de jeunes loups qui ont envie de réitérer l'expérience de la fin des années 1980 et du début des années 1990…

On peut les comprendre. Ils observent leurs aînés et voient qu'ils ont bénéficié d'une chance inestimable. Et vous, vous tentez de les réfréner.

Nous tentons de résister à leur pression. Oui, vous avez raison, c'est bon pour nous, c'est mauvais pour certains d'entre eux. Et pour la société dans son ensemble ? La Russie de la fin des années 1980 était pour le monde entier un espace sauvage, entre autres à cause de ces méthodes.

Elle le reste.

Pas tout à fait. Pour les affaires, la Russie n'est pas un espace sauvage, sans quoi nous ne pourrions pas attirer les investissements. Si nous contribuions à faire replonger la Russie dans l'époque antérieure, c'est la société dans son ensemble qui s'en trouverait appauvrie. Parce que, dans ce cas, l'argent deviendrait plus cher, les investissements diminueraient, les primes de risque pour travailler ici, pour importer, pour acheter là-bas, augmenteraient, ce qui signifie que nous serions tous objectivement plus pauvres, et pas seulement les oligarques et les jeunes loups. Admettons que certains aient envie de se calmer et d'autres de foncer. Cela représente quelques dizaines de personnes, quelques milliers au maximum. Tous les autres, des millions de Russes, veulent simplement mener une vie normale. C'est pour cela que nous nous efforçons d'intégrer les normes que proposent la société occidentale.

Et plus concrètement ?

Démocratie, transparence, responsabilité sociale du monde des affaires, entreprise citoyenne... sont des notions évidentes. Notre lutte pour l'éthique dans les affaires a bien sûr un aspect intéressé. Evidemment que cela est rentable pour nous, et défavorable à une partie de nos concurrents qui ne se sont pas encore fait leur place. Mais, je le répète, pour la société dans son ensemble, notre position actuelle est bonne.

Vous savez, "la société dans son ensemble" entend dire presque tous les jours qu'un homme d'affaire a été assassiné ici ou là. J'ignore si c'est le signe qu'un nouveau partage des richesses est en cours mais, avec ou sans éthique, la technique du règlement de comptes perdure.

Oui, mais il faut y regarder de plus près. Le business à grande échelle a cinq ans d'avance sur le monde des affaires de Moscou. Celui de Moscou a cinq ans d'avance sur celui des régions. On arrive à un écart de dix ans. Au moment où nous commencions à créer du gros business, la province en était encore au socialisme. Il faut donc comparer des choses géographiquement et économiquement comparables.

Si cela est vrai, vous risquez d'être trop en avance et sans doute trop seul avec vos nouvelles règles pour la Russie.

Il faut bien qu'il y ait des gens qui voient plus loin que les autres, et qui montrent l'exemple, pour prouver qu'on peut non seulement vivre normalement, mais que c'est mieux ainsi. Je ne cherche pas non plus à faire croire que nous sommes des disciples de mère Teresa…

Personne ne songerait à vous reprocher ce genre de chose. Mais si l'expression "blanchiment d'argent" est entrée dans le langage courant, il existe aussi, semble-t-il, le "blanchiment d'image". Dans vos interviews en Occident, vous avez choisi de citer Rockefeller en tant qu'exemple à suivre. Or, il n'a été "blanchi" qu'à la troisième génération. C'est son petit-fils qui a enfin été considéré comme "propre", un bon siècle après l'époque de son grand-père. Vous, vous semblez vouloir condenser ces cent années de votre vivant.

Il ne fait aucun doute que je souhaite réussir de mon vivant. C'est une exigence objective du business : c'est celui qui réussit le plus vite qui gagne. Cela n'étonne personne qu'entre la domestication du cheval et l'invention de la locomotive se soient écoulés des millénaires, alors qu'un siècle seulement a séparé l'avènement du chemin de fer de celui de la navette spatiale. C'est la même chose pour la dynastie financière des Rockefeller. Un jour, à Harvard, le directeur de l'école Rockefeller a dit : "Khodorkovski, c'est Rockefeller, son fils et son petit-fils dans la même personne." Pour le premier Rockefeller, c'était beaucoup plus difficile, car il n'y avait pas de règles. Il a fallu un siècle pour élaborer une éthique du business. Cela a pris trois générations. Pour nous, aujourd'hui, c'est plus simple. [...]

Propos recueillis par Natalia Guevorkian

Lu dans Courrier International, 13.6.2005)
5.6.05

L'Intelligent : La revanche des apparatchiks

RUSSIE - 5 juin 2005- par JOSÉPHINE DEDET

L'oligarque Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev, son adjoint, ont été condamnés à neuf ans de prison à l'issue d'une parodie de procès. Et Ioukos, leur compagnie pétrolière - la plus importante du pays -, a été démantelée et bradée pour une bouchée de pain à des proches du président Vladimir Poutine.

Le tribunal de Mechtchanski ne paye pas de mine. C'est pourtant dans cette bâtisse jaunâtre d'un quartier du nord de Moscou que s'est joué le sort de Mikhaïl Khodorkovski et de Platon Lebedev, son associé. Avant d'être dépossédé de Ioukos, la première compagnie pétrolière du pays, l'ex-homme le plus riche de Russie « pesait » 15 milliards de dollars. Lors de son arrestation, en octobre 2003, son entreprise assurait 20 % de la production nationale et 3,4 % des recettes fiscales de l'État.
Devant le tribunal, ce 31 mai, deux groupes de manifestants se font face. Les premiers vocifèrent contre les prévenus, accusés d'avoir « volé l'argent du peuple ». Les seconds dénoncent une justice aux ordres du Kremlin. Dans la salle d'audience, l'ambiance est moins survoltée. On se contente de spéculer sur la sévérité de la peine : sera-ce dix ans d'emprisonnement, comme l'a requis le procureur général ? Ou moins ? Les prévenus, qui, depuis l'ouverture de leur procès, il y a onze mois, font preuve d'un flegme à toute épreuve, sont, cette fois, manifestement tendus. Lebedev a lâché ses mots croisés et Khodorkovski baisse les yeux. Inna, son épouse, essuie les siens derrière des lunettes noires. Ses parents paraissent très éprouvés. D'autant que le suspense a été entretenu par l'une des trois juges. Le 16 mai, elle a décidé de lire l'acte d'accusation (plus de mille pages) dans son intégralité. Le verdict tombe enfin : neuf ans d'emprisonnement.
Khodorkovski (41 ans) et Lebedev (48 ans) sont reconnus coupables au titre de six articles du code pénal. Et notamment d'« acquisition frauduleuse de biens d'autrui par escroquerie en groupe organisé » et d'« évasion fiscale ». Certes, tout n'est pas sans fondement, mais les arguments de l'accusation sont spécieux et les droits de la défense ont été superbement ignorés. La chute de l'ingénieur chimiste devenu oligarque par la grâce de la « famille » Eltsine (cet aréopage de conseillers qui mit le pays en coupe réglée dans les années 1990) a bel et bien été programmée par Vladimir Poutine.
Pour l'ancien apparatchik du KGB, qui, depuis sa réélection à la présidence en mars 2004, règne sans partage sur une presse docile, une justice inféodée et sur les débris d'une opposition déconfite, l'insolente réussite et l'intelligence de Khodorkovski sont insupportables. L'histoire de leur duel est, avant tout, celle d'une folle jalousie.
Khodorkovski l'a attisée en enfreignant la règle fixée par Poutine en 2000. Le président élu acceptait de fermer les yeux sur les circonstances des privatisations de 1995-1996 (qui virent des fleurons de l'industrie russe tomber pour une bouchée de pain dans l'escarcelle d'une poignée d'oligarques en échange du soutien financier de ces derniers à Boris Eltsine, qui ferraillait alors pour sa réélection) à condition que leurs bénéficiaires se tiennent à l'écart de la politique. Pour avoir osé critiquer le Kremlin, Vladimir Goussinski et Boris Berezovski furent brisés. Les autres se le tinrent pour dit. À l'exception de Khodorkovski, à qui tout souriait depuis qu'il avait créé la banque Menatep, instrument de sa future mainmise sur Ioukos. Pas mal, pour un ancien cadre des Komsomols [jeunesses communistes] !
Patron du géant pétrolier à 32 ans, il s'illustre d'abord par une absence de scrupules qui sidère les investisseurs. Lors de la crise financière qui frappe la Russie en 1998, il n'hésite pas à transférer certains actifs de Ioukos vers des banques offshore et refuse de rembourser les 230 millions de dollars que la société doit à ses créanciers étrangers. Changement de cap, en 2000 : il opte pour une gestion transparente et s'entoure de conseillers occidentaux. L'entreprise, qui profite de la baisse des coûts de production et de l'envol des prix à l'exportation, est citée comme un modèle de rentabilité.
Khodorkovski veut désormais acquérir ce qui lui manque : la respectabilité. Issu d'un milieu modeste, le milliardaire à demi-juif (un double handicap dans une Russie paupérisée et xénophobe) se lance dans le mécénat et crée la fondation « Russie ouverte ». Il flirte avec la politique en finançant des partis d'opposition lors des législatives de décembre 2003. Pis, il annonce qu'il se retirera des affaires à 45 ans. Soit, comme par hasard, juste avant la présidentielle de 2008 ! Et il négocie avec les majors américaines ExxonMobil et ChevronTexaco la vente d'actions de sa société. Pour Poutine et les siloviki, c'en est trop.
Les siloviki, ce sont les cadres nostalgiques de l'empire soviétique. Pour eux, le pétrole est à la politique étrangère russe ce que la puissance militaire était à celle de l'URSS. Le contrôle des ressources énergétiques et naturelles assure à Poutine une domination politique qu'il n'entend à aucun prix laisser échapper.
Pour cela, le président russe orchestre, en coulisses, l'arrestation rocambolesque de son rival et tire les ficelles d'une parodie de procès. Et il donne son aval au démantèlement de Ioukos, au mépris des intérêts de cette société, de ses employés et de ses actionnaires étrangers, spoliés par un singulier tour de passe-passe. Le gel de 40 % de ses actifs - les arriérés fiscaux qu'on lui réclame (7,5 milliards de dollars pour les seules années 2000-2001) - et la vente de sa principale filiale placent Ioukos au bord de la cessation de paiements. Jusqu'à son rachat, à un prix dérisoire, par une société inconnue. Laquelle est aussitôt revendue à Rosneft, une compagnie publique dirigée par Igor Setchine, un proche de... Poutine !
Cette revanche des siloviki étatistes sur les oligarques ultralibéraux pourrait laisser un goût amer. À la Russie, d'abord, qui n'adresse pas un bon signal aux investisseurs étrangers. À Poutine, ensuite. Car déjà, ses proches se disputent les restes de Ioukos : d'un côté Setchine à la Rosneft, de l'autre Dimitri Medvedev, le chef de l'administration présidentielle qui dirige aussi le conseil d'administration du géant Gazprom, une entreprise publique dont la gestion est loin d'être exemplaire.
Pour Poutine, le jeu devient risqué. Concentrant tous les pouvoirs, il court désormais le risque d'apparaître comme le seul responsable des maux de la Russie. Et de voir s'effriter le soutien occidental dont il bénéficiait jusque-là. Même si, pour l'heure, le président Bush, prudent, s'est contenté d'indiquer que l'appel interjeté par les avocats de Khodorkovski et de Lebedev sera suivi de près par les États-Unis.
Le prisonnier Khodorkovski a, lui, fait le pari de la rédemption : tel un héros dostoïevskien, il espère, en purgeant sa peine, être absous de ses péchés. « Je supporterai l'épreuve avec mon peuple et c'est ensemble que nous gagnerons », a-t-il déclaré à l'issue de son procès. Tout un programme... en vue de la présidentielle de 2008 (voir encadré). Dopé par l'indignation des partis libéraux et des associations de droits de l'homme devant ce verdict inique, l'ancien Premier ministre Mikhaïl Kassianov montre déjà le bout de son nez...

(L'Intelligent, 5.6.2005)

Russie: le verdict contre Khodorkovski pas définitif (officiel)

MOSCOU - La condamnation de Mikhaïl Khodorkovski, ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, et de son associé Platon Lebedev n'est pas forcément définitive. Ce jugement pourrait être révisé par une juridiction supérieure, selon le commissaire russe aux droits de l'Homme.
«Je pense que le résultat final peut différer significativement de celui qui a été prononcé par le tribunal Mechtchanski» à Moscou, a déclaré Vladimir Lukin, cité par l'agence RIA-Novosti.
«Il y a bien d'autres instances qui vont du tribunal Mechtchanski au Jugement dernier, notamment le tribunal de Moscou, la Cour suprême et la Cour (européenne des droits de l'Homme) de Strasbourg à laquelle nous appartenons», a-t-il rappelé. La principale critique contre le verdict est sa «nature sélective», a indiqué M. Lukin.
«Cela signifie que de telles actions, si elles ont été commises, et je ne peux pas dire si elles l'ont été tant que la procédure n'est pas terminée, ces actions ont été commises par beaucoup d'autres que Khodorkovski et Lebedev», a-t-il expliqué.
Le verdict a montré, en outre, que les tribunaux russes «ont hérité de la psychologie du passé», a-t-il affirmé, ajoutant: «je veux dire lorsqu'un verdict est provoqué par un coup de téléphone».
Mikhaïl Khodorkovski, 41 ans, et Platon Lebedev, 48 ans, ont été condamnés mardi à neuf ans de prison, notamment pour fraude fiscale et escroquerie à grande échelle et en groupe organisé.
Comme une poignée d'»oligarques», Khodorkovski avait profité de l'effondrement de l'Union soviétique et des privatisations controversées qui avaient suivi au début des années 1990 pour acquérir d'anciennes entreprises d'Etat et amasser très rapidement des milliards de dollars.
Beaucoup ont vu dans le procès et la condamnation de Khodorkovski le châtiment du Kremlin contre un homme qui manifestait des ambitions politiques, ce que les autorités russes ont vivement démenti. La défense de Khodorkovski a annoncé avoir l'intention de faire appel du jugement, et les avocats de Lebedev ont déjà interjeté appel.

(Edicom, 5.6.2005)
2.6.05

Condamné à 9 ans de prison, M. Khodorkovski dénonce un procès politique

Le procès fleuve, long de près d'un an, de l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron du pétrolier Ioukos, s'est achevé mardi 31 mai, avec la condamnation de l'accusé et de son associé, Platon Lebedev, à des peines de neuf années de prison. La lecture du verdict a pris douze jours. Le parquet avait réclamé dix ans d'emprisonnement. La défense a annoncé qu'elle ferait appel. Le Kremlin tente ainsi de clore une affaire devenue emblématique du système de pouvoir mis en place sous Vladimir Poutine, axé sur une reprise en main du secteur des hydrocarbures par des groupes fidèles au président russe, et la tenue en échec des forces politiques "libérales" dans le pays, que Mikhaïl Khodorkovski avait entrepris de financer.

Le procès de l'oligarque s'est accompagné, au fil des mois, du démantèlement de son empire industriel, ancien numéro un du pétrole russe. Son fleuron, la société Iouganskneftegaz, a été transféré à la société publique Rosneft, dirigée par le numéro deux de l'administration présidentielle russe, Igor Setchine. Agé de 42 ans, Mikhaïl Khodorkovski semble assurer de rester en prison au-delà des prochaines élections présidentielles en Russie, prévues en 2008, date à laquelle M. Poutine ne peut, en vertu de la Constitution, se représenter.

M. Khodorkovski a pris date, mardi, en faisant lire par son avocat une déclaration en forme d'entrée en résistance politique. "Je vais me battre pour la liberté, a-t-il annoncé, celle de toute la Russie, et celle des générations à venir. Pour elles, mon destin doit être une leçon et un exemple. (...) Je suis avec mon peuple. Nous allons maintenant endurer et vaincre ensemble". Vladimir Poutine n'a fait, mardi, aucun commentaire public sur cette affaire, qu'il a toujours pris soin de présenter comme un simple procès pour évasion fiscale et malversations à grande échelle. Selon les Izvestia, le président russe recevait au Kremlin, à la veille du verdict, des représentants de l'organisation de jeunesse Nachi, fer de lance d'un effort du pouvoir russe pour empêcher que les tensions sociales et la vague de "révolutions" dans l'ancien espace soviétique ne mènent à des débordements en Russie même.

Le public russe est resté largement indifférent au sort de M. Khodorkovski, symbole de l'enrichissement d'un petit nombre de banquiers liés au régime Eltsine dans les années 1990, tandis que la population subissait les crises financières successives.

FUITE DES CAPITAUX

L'arrestation de l'oligarque, en octobre 2003, dans un aéroport de Sibérie, avait même contribué au succès massif du parti pro-Poutine Russie unie aux élections législatives, trois mois plus tard. Dès son arrivée au pouvoir, en 2000, Vladimir Poutine s'était engagé à "supprimer les oligarques, en tant que classe".

Mardi, quelques voix, au sein de l'opposition libérale, parmi lesquelles les anciens députés Irina Khakamada et Grigori Iavlinski, ont dénoncé une parodie de justice. L'ancien premier ministre, Mikhaïl Kassianov, lié aux groupes économiques de l'ère Eltsine et entré en opposition ouverte au régime de M. Poutine en février dernier, a appelé à une "indispensable union des forces démocratiques". A l'étranger, la seule réaction notable est venue de George Bush, qui a déclaré que les Etats-Unis suivraient de près "comment l'appel -de la sentence- sera traité", ajoutant que l'affaire Ioukos avait suscité des "inquiétudes".

Washington avait courtisé, en 2003, le groupe de Mikhaïl Khodorkovski, comme partenaire privilégié d'un "dialogue énergétique" avec la Russie, aujourd'hui mal en point. Deuxième exportateur mondial de pétrole, la Russie a subi d'importants contre-coups de l'affaire Ioukos, avec une baisse des investissements et une fuite des capitaux. Le sort de Milhaïl Khodorkovski a été dénoncé par des organisations russes de défense des droits de l'homme, qui reconnaissent avoir bénéficié, ces dernières années, du soutien financier de l'oligarque, comme un retour "aux procès fabriqués" de l'époque soviétique. Mais Amnesty International s'est gardé de classer l'homme d'affaires comme "prisonnier politique".

Le système judiciaire russe, dont Vladimir Poutine avait annoncé la réforme en 2000, ne sort pas grandi. La condamnation de M. Khodorkosvki intervient peu après l'acquittement par une cour d'assises d'un groupe de militaires russes, emmené par un certain capitaine Ulman, qui avait reconnu avoir abattu de sang froid cinq civils au bord d'une route de Tchétchénie, en janvier 2002. Le fait que M. Poutine ait reçu de façon ostentatoire au Kremlin, quatre jours avant le verdict, l'un des plus puissants hommes d'affaires du pays, le jeune Roman Abramovitch, propriétaire du pétrolier Sibneft qui avait tenté en 2003 de prendre le contrôle de Ioukos, jette en outre le doute sur la marginalisation des oligarques dans les arcanes du pouvoir russe.

(Le Monde, 2.6.2005)

Khodorkovski: sentence "choquante" par sa sévérité (presse russe)

La plupart des quotidiens russes estimaient mercredi "choquante" la très sévère la condamnation à neuf ans de prison prononcée contre l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, et soulignaient que la peine risquait de s'allonger encore, de nouvelles charges étant annoncées contre lui.
"C'est trop", a jugé le quotidien économique Vedomosti dans un article sous-titré: "le verdict fait peur au monde des affaires". "Bien au delà du nécessaire", titre-t-il en une, commentant la durée de la peine et évoquant l'arrière-plan du procès en indiquant que "Khodorkovski sortira de prison sous un nouveau président", autrement dit après la présidentielle russe prévue en 2008.
"Neuf ans avec possibilité de prolongement", annonce pour sa part le quotidien libéral Kommersant, précisant que "la durée de la réclusion de Mikhaïl Khodorkovski pourra être augmentée" (car le parquet a confirmé mardi qu'il entendait déposer de nouveaux chefs d'inculpation).
Pour Izvestia, Khodorkovski et son associé Platon Lebedev, condamné à la même peine, "pourraient passer en détention jusqu'à 30 ans". Dans un commentaire intitulé "un mauvais précédent", le même journal souligne qu'une peine de neuf ans est généralement infligée "aux assassins et aux violeurs".
"Le règlement de comptes avec Khodorkovski et Lebedev était attendu, mais il a tout de même choqué par sa sévérité", estime de son côté à la une Nezavissimaïa Gazeta.
Kommersant publie également un long encadré sur les conditions de détention que connaîtra "l'oligarque déchu" dans une "colonie pénitentiaire à régime ordinaire".
Pratiquement tous les journaux rapportent en bonne place la phrase prononcée par l'ancien patron de Ioukos, selon laquelle "son sort a été décidé au Kremlin".Plusieurs reviennent aussi sur la carrière de l'ex-homme le plus riche de Russie, tel Gazeta, qui raconte "comment gagner 15 milliards de dollars en dix ans et les perdre en moins d'un an".
Pour le quotidien Vremia Novosteï, la décision du tribunal signifie que "pratiquement toutes les années 1990 sont déclarées criminelles".

(Le Monde, 1.6.2005)

Ioukos est géré par un état-major exilé à Houston et Tel-Aviv

Que reste-t-il de Ioukos à l'issue de son démantèlement orchestré par le Kremlin ? "A l'échelle russe, il s'agit désormais d'une compagnie moyenne. A l'inverse de bon nombre de ses concurrents, elle ne s'est pas répandue au-delà du territoire national. Sa survie à terme est fortement hypothéquée par l'hostilité du pouvoir à son encontre" : Julian Lee, analyste au Center for Global Energy Studies, un centre d'étude énergétique basé à Londres, résume le scepticisme des milieux pétroliers londoniens quant à l'avenir du groupe russe des hydrocarbures.

Auparavant numéro un du secteur en Russie, Ioukos est devenue le sixième producteur d'or noir russe. A la suite de l'expropriation, en décembre 2004, de sa principale filiale de production, Iouganskneftegaz, acquise dans des conditions mystérieuses par la compagnie d'Etat Rosneft, la compagnie ne produit plus que 600 000 barils par jour. Outre ses deux gros champs pétrolifères restants, l'enseigne fondée par Mikhaïl Khodorkovski conserve six raffineries en Russie et une participation de 50 % dans l'unique raffinerie de Lituanie. Enfin, cette société forte de 85 000 employés contrôle un réseau de plus d'un millier de stations-service.

"La structure et la direction de la compagnie doivent changer pour refléter, du moins pour le moment, le fait que Ioukos est devenue une compagnie plus petite, mais toujours importante" : le 25 mai, Steven Theede, directeur général de Ioukos, replié par mesure de sécurité à Houston, aux Etats-Unis, a annoncé une réorganisation de la compagnie. Ioukos reste une holding avec des directions en place dans deux filiales dotées d'un conseil d'administration propre, l'exploration-production et le raffinage-distribution. La cellule de Houston exerce un contrôle essentiellement financier.

Aux commandes depuis août 2003, en prévision de l'arrestation quelques mois plus tard du fondateur, Mikhaïl Khodorkovski, Steven Theede est épaulé par son bras droit, Bruce Misamore, directeur financier, ainsi que par une douzaine de membres de la direction qui ont émigré aux Etats-Unis pour fuir la justice russe. L'état-major en exil dispose d'un "trésor de guerre" de plusieurs milliards de dollars déposés dans deux banques texanes pour gérer à distance une Ioukos ramenée à sa portion congrue. De surcroît, Steven Theede peut se targuer du soutien inconditionnel de la Menatep, holding off shore basée à Londres mais immatriculée à Gibraltar et donc à l'abri des attaques du Kremlin, qui contrôle plus de 60 % du groupe.

L'état-major de Houston travaille en tandem avec le nouvel actionnaire principal de la Menatep, Leonide Nevzline, réfugié en Israël, à qui Mikhaïl Khodorkovski a transféré ses actifs. Menatep continue de se désengager de Russie pour investir en Europe de l'Est et en Israël. Le portefeuille d'actifs de la holding est estimé à 30 milliards de dollars.

PLAINTE CONTRE LA RUSSIE

Quel que soit le verdict du jugement de Khodorkovski et de son associé Platon Lebedev, Ioukos n'entend pas relâcher la pression sur le terrain judiciaire. Le groupe a engagé des poursuites aux Etats-Unis contre des groupes énergétiques russes. Par ailleurs, la société a également saisi la Cour européenne des droits de l'homme.

Pour sa part, la Menatep a déposé une plainte contre la Russie devant un tribunal d'arbitrage londonien pour violation des accords commerciaux. Afin de l'aider à protéger ses actifs russes qui lui restent et lutter contre l'expropriation de Ioukos, l'ancien commissaire européen au marché intérieur Frits Bolkestein vient d'être nommé au comité de conseil international de la direction de la Menatep.

Reste une question de fond : Ioukos peut-elle survivre depuis Houston ? Certes, à l'instar de Total, la grande majorité des compagnies pétrolières opèrent loin de leur base de départ. Pour les spécialistes, la réalité de l'activité d'extraction des hydrocarbures nécessite toutefois une présence permanente de la direction sur place.

(Le Monde, 1.6.2005)

La grâce présidentielle ? "C'est le tsar qui décide !"

'ai obtenu l'autorisation, je vais pouvoir lui rendre visite dès demain." Habillée de noir et de blanc, les cheveux tenus par de petites barrettes, Marina Khodorkovskaïa, la mère de Mikhaïl Khodorkovski, le magnat du pétrole jugé pour escroquerie et fraude fiscale, entend continuer à voir son fils, détenu depuis vingt mois dans une prison moscovite. Depuis le début du procès, elle le voit tous les jours au tribunal derrière les barreaux de la cage où lui et son ex-associé, Platon Lebedev, font face aux juges. Le président Poutine les grâciera-t-il un jour ? "C'est le tsar qui décide !", lâche Viktor Lebedev, frère de Platon.

Les audiences sont devenues une histoire de famille où épouses, parents et collègues se font passer petits mots et bonbons. Mikhaïl Khodorkovski parcourt la salle du regard. "Et ta santé ?", lui murmure sa mère. "Ça va", mime le fils. Son épouse, assise au plus près de lui, lui envoie un baiser furtif.

Par précaution, les manifestants qui protestaient à l'extérieur du tribunal ont été refoulés à quelques centaines de mètres. Quelques jours après l'ouverture du procès, des camions et des marteaux-piqueurs ont débarqué dans le périmètre, faisant un bruit tel que la lecture monocorde des 1 000 pages du verdict était à peine audible.

La sentence vient de tomber. Le public quitte la salle. La rue Kalantchovskaïa est bloquée. Sur le trottoir de gauche, les anti-Khodorkovski, sur celui de droite, les pro-Khodorkovski. Les premiers ignorent parfois pourquoi ils sont là. Certains ont reconnu avoir été appelés pour faire de la figuration. Les seconds, issus des partis libéraux et des organisations de défense des droits de l'homme, agitent ballons et drapeaux. "C'est un avertissement pour les autres entrepreneurs" , résume Georgui Nourmarov, 21 ans, dont l'école a été un temps sponsorisée par la fondation Khodorkovski.

(Le Monde, 1.6.2005)
1.6.05

Ioukos: Khodorkovski se dit innocent et accuse le Kremlin

L'ex-patron de Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, condamné mardi à neuf ans de prison, a déclaré par l'intermédiaire de son avocat qu'il se considérait innocent et que son sort avait été décidé au Kremlin."Je sais que ma condamnation a été décidée au Kremlin", a accusé M. Khodorkovski, dans un texte lu devant le tribunal par un de ses avocats, Anton Drel."Certains représentants de l'entourage du président ont affirmé avec insistance que seul l'acquittement pourrait rendre au pouvoir la confiance de la société. D'autres ont estimé que je devais être mis en prison pour longtemps. Pour me priver de toutes mes capacités de lutter pour la liberté. Je veux remercier les premiers et dire aux autres qu'ils n'ont pas gagné", a poursuivi M. Khodorkovski.Il a annoncé avoir l'intention de créer depuis sa prison plusieurs fonds de bienfaisance, dont notamment une organisation de soutien aux détenus, citant aussi des organismes pour aider la poésie et la philosophie."Je vais combattre pour la liberté. Je vais m'occuper d'activités sociales. Je prévois de créer plusieurs fonds de bienfaisance", a expliqué l'ex-patron de Ioukos.

(Lu dnas Le Monde, 1.6.2005)

Khodorkovski «en prison pour longtemps»

L'ancien patron du groupe pétrolier russe Ioukos a été condamné mardi à neuf années d eprison, comme son associé Anton Lebedev, pour fraude fiscale et escroquerie • Leurs avocats ont l'intention de faire appel d'une condamnation «décidée au Kremlin» •

Par Lorraine MILLOT

mardi 31 mai 2005 (Liberation.fr - 18:41)

Moscou, de notre correspondante



«Verdict cannibale», «parodie de justice», «retour aux années Staline»... Même attendue, la condamnation de Mikhaïl Khodorkovski et de son associé Platon Lebedev a causé un choc mardi en Russie. Au terme d'un procès de onze mois, que tout le monde savait n'être qu'un simulacre, les deux anciens dirigeants du groupe pétrolier Ioukos ont été condamnés chacun à neuf ans de prison, soit pratiquement la peine requise par le parquet (10 ans).

Ce verdict «servira de monument» à ce tribunal, a brièvement commenté l'ancien patron du groupe pétrolier Ioukos, reconnu coupable de fraude fiscale et d'escroquerie à grande échelle. «Je sais que ma condamnation a été décidée au Kremlin» a ensuite déclaré Khodorkovski, via un texte lu par un de ses avocats: «Certains représentants de l'entourage du président» prônaient l'acquittement, tandis que «d'autres ont estimé que je devais être mis en prison pour longtemps».

Cette sentence extrêmement sévère, au terme d'un procès très médiatisé, vise à «faire peur», relevaient mardi plusieurs analystes russes. «Ce verdict permettra non seulement de redistribuer des biens en faveur du pouvoir, mais d'intimider tout le monde», soulignait marid Irina Khakamada, dirigeante du petit parti libéral SPS. Avant même cette condamnation, Mikhaïl Khodorkovski a déjà été dépouillé de son groupe pétrolier, dépecé à coups de redressements fiscaux.

Mais ce verdict trahit aussi «la peur» du Kremlin face au milliardaire qui avait laissé entendre qu'il pourrait bien tenter de succéder à Poutine. «Khodorkovski restera en prison tant que Poutine est au pouvoir», pronostique mardi l'analyste politique Ioulia Latynina. L'affaire n'est pas terminée pour autant: ses avocats ont annoncé leur intention de faire appel non seulement en Russie, mais de s'adresser aussi à la Cour européenne des droits de l'homme.

George Bush a assuré hier que les Etats-Unis «suivront de près» cet appel. Jusqu'à présent, les timides protestations de l'Occident et des Etats-Unis en particulier n'ont pu que décevoir Mikhaïl Khodorkovski, qui avait escompté un soutien beaucoup plus efficace de ses anciens partenaires d'affaires.

«Une sentence aussi lourde confirme que ce régime est lui-même condamné. Cela pourrait nous mener à une révolution en Russie aussi», voulait croire Lev Ponomarev, un des plus célèbres défenseurs russes des droits de l'homme. A en croire un sondage express réalisé par la radio Echo de Moscou, dernier petit espace de libéralisme parmi les médias audiovisuels russes, 86% de ses auditeurs seraient «mécontents» de cette lourde condamnation, tandis que 14% seulement l'approuvent. Mais devant le tribunal, à peine une centaine de supporters de Mikhaïl Khodorkovski avaient eu la patience d'attendre la fin de cet interminable procès pour crier dans la rue: «Honte, honte, honte!»

Dans le reste du pays, la majorité des Russes semblent assez indifférents au sort de Khodorkovski ou se réjouissent qu'enfin «un des oligarques paie» pour leur misère. Mais beaucoup sont aussi bien conscients de l'arbitraire de ce tribunal. Manifestement sous le choc lui aussi, le présentateur de la télévision russe NTV ouvrait mardi soir son journal en rapportant une blague déjà entendue à Moscou: maintenant, Khodorkovski serait au moins le seul en Russie «à savoir de quoi demain sera fait».

(La dans Libération, 1.6.2005)

Khodorkovski: sentence "choquante" par sa sévérité (presse russe)

La plupart des quotidiens russes estimaient mercredi "choquante" la très sévère la condamnation à neuf ans de prison prononcée contre l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, et soulignaient que la peine risquait de s'allonger encore, de nouvelles charges étant annoncées contre lui."C'est trop", a jugé le quotidien économique Vedomosti dans un article sous-titré: "le verdict fait peur au monde des affaires"."Bien au delà du nécessaire", titre-t-il en une, commentant la durée de la peine et évoquant l'arrière-plan du procès en indiquant que "Khodorkovski sortira de prison sous un nouveau président", autrement dit après la présidentielle russe prévue en 2008."Neuf ans avec possibilité de prolongement", annonce pour sa part le quotidien libéral Kommersant, précisant que "la durée de la réclusion de Mikhaïl Khodorkovski pourra être augmentée" (car le parquet a confirmé mardi qu'il entendait déposer de nouveaux chefs d'inculpation).Pour Izvestia, Khodorkovski et son associé Platon Lebedev, condamné à la même peine, "pourraient passer en détention jusqu'à 30 ans". Dans un commentaire intitulé "un mauvais précédent", le même journal souligne qu'une peine de neuf ans est généralement infligée "aux assassins et aux violeurs"."Le règlement de comptes avec Khodorkovski et Lebedev était attendu, mais il a tout de même choqué par sa sévérité", estime de son côté à la une Nezavissimaïa Gazeta.Kommersant publie également un long encadré sur les conditions de détention que connaîtra "l'oligarque déchu" dans une "colonie pénitentiaire à régime ordinaire".Pratiquement tous les journaux rapportent en bonne place la phrase prononcée par l'ancien patron de Ioukos, selon laquelle "son sort a été décidé au Kremlin".Plusieurs reviennent aussi sur la carrière de l'ex-homme le plus riche de Russie, tel Gazeta, qui raconte "comment gagner 15 milliards de dollars en dix ans et les perdre en moins d'un an".Pour le quotidien Vremia Novosteï, la décision du tribunal signifie que "pratiquement toutes les années 1990 sont déclarées criminelles".

(Lu dans Le Monde, 1.6.2005)

Condamné à 9 ans de prison, M. Khodorkovski dénonce un procès politique

e procès fleuve, long de près d'un an, de l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron du pétrolier Ioukos, s'est achevé mardi 31 mai, avec la condamnation de l'accusé et de son associé, Platon Lebedev, à des peines de neuf années de prison. La lecture du verdict a pris douze jours. Le parquet avait réclamé dix ans d'emprisonnement. La défense a annoncé qu'elle ferait appel. Le Kremlin tente ainsi de clore une affaire devenue emblématique du système de pouvoir mis en place sous Vladimir Poutine, axé sur une reprise en main du secteur des hydrocarbures par des groupes fidèles au président russe, et la tenue en échec des forces politiques "libérales" dans le pays, que Mikhaïl Khodorkovski avait entrepris de financer.



Le procès de l'oligarque s'est accompagné, au fil des mois, du démantèlement de son empire industriel, ancien numéro un du pétrole russe. Son fleuron, la société Iouganskneftegaz, a été transféré à la société publique Rosneft, dirigée par le numéro deux de l'administration présidentielle russe, Igor Setchine. Agé de 42 ans, Mikhaïl Khodorkovski semble assurer de rester en prison au-delà des prochaines élections présidentielles en Russie, prévues en 2008, date à laquelle M. Poutine ne peut, en vertu de la Constitution, se représenter.

M. Khodorkovski a pris date, mardi, en faisant lire par son avocat une déclaration en forme d'entrée en résistance politique. "Je vais me battre pour la liberté, a-t-il annoncé, celle de toute la Russie, et celle des générations à venir. Pour elles, mon destin doit être une leçon et un exemple. (...) Je suis avec mon peuple. Nous allons maintenant endurer et vaincre ensemble". Vladimir Poutine n'a fait, mardi, aucun commentaire public sur cette affaire, qu'il a toujours pris soin de présenter comme un simple procès pour évasion fiscale et malversations à grande échelle. Selon les Izvestia, le président russe recevait au Kremlin, à la veille du verdict, des représentants de l'organisation de jeunesse Nachi, fer de lance d'un effort du pouvoir russe pour empêcher que les tensions sociales et la vague de "révolutions" dans l'ancien espace soviétique ne mènent à des débordements en Russie même.

Le public russe est resté largement indifférent au sort de M. Khodorkovski, symbole de l'enrichissement d'un petit nombre de banquiers liés au régime Eltsine dans les années 1990, tandis que la population subissait les crises financières successives.


FUITE DES CAPITAUX


L'arrestation de l'oligarque, en octobre 2003, dans un aéroport de Sibérie, avait même contribué au succès massif du parti pro-Poutine Russie unie aux élections législatives, trois mois plus tard. Dès son arrivée au pouvoir, en 2000, Vladimir Poutine s'était engagé à "supprimer les oligarques, en tant que classe".

Mardi, quelques voix, au sein de l'opposition libérale, parmi lesquelles les anciens députés Irina Khakamada et Grigori Iavlinski, ont dénoncé une parodie de justice. L'ancien premier ministre, Mikhaïl Kassianov, lié aux groupes économiques de l'ère Eltsine et entré en opposition ouverte au régime de M. Poutine en février dernier, a appelé à une "indispensable union des forces démocratiques". A l'étranger, la seule réaction notable est venue de George Bush, qui a déclaré que les Etats-Unis suivraient de près "comment l'appel -de la sentence- sera traité", ajoutant que l'affaire Ioukos avait suscité des "inquiétudes".

Washington avait courtisé, en 2003, le groupe de Mikhaïl Khodorkovski, comme partenaire privilégié d'un "dialogue énergétique" avec la Russie, aujourd'hui mal en point. Deuxième exportateur mondial de pétrole, la Russie a subi d'importants contre-coups de l'affaire Ioukos, avec une baisse des investissements et une fuite des capitaux. Le sort de Milhaïl Khodorkovski a été dénoncé par des organisations russes de défense des droits de l'homme, qui reconnaissent avoir bénéficié, ces dernières années, du soutien financier de l'oligarque, comme un retour "aux procès fabriqués" de l'époque soviétique. Mais Amnesty International s'est gardé de classer l'homme d'affaires comme "prisonnier politique".

Le système judiciaire russe, dont Vladimir Poutine avait annoncé la réforme en 2000, ne sort pas grandi. La condamnation de M. Khodorkosvki intervient peu après l'acquittement par une cour d'assises d'un groupe de militaires russes, emmené par un certain capitaine Ulman, qui avait reconnu avoir abattu de sang froid cinq civils au bord d'une route de Tchétchénie, en janvier 2002. Le fait que M. Poutine ait reçu de façon ostentatoire au Kremlin, quatre jours avant le verdict, l'un des plus puissants hommes d'affaires du pays, le jeune Roman Abramovitch, propriétaire du pétrolier Sibneft qui avait tenté en 2003 de prendre le contrôle de Ioukos, jette en outre le doute sur la marginalisation des oligarques dans les arcanes du pouvoir russe.

(Lu dans Le Monde, le 1.6.2005)

Le Monde : Affaire Khodorkovski : un déni de l'Etat de droit en Russie ?

Ceci est la retranscription d'une séance de chat sur le site du journal Le Monde avec Grigori Yavlinski, leader du parti social-démocrate "Yabloko".

Moscovite : M. Iavlinski, que pensez-vous des raisons de l'arrestation de Khodorkovski ? Pourquoi seulement lui ? Il y a beaucoup d'autres oligarques russes qui ont commis les mêmes soi-disant "crimes" durant la privatisation.

Grigori Iavlinski : Le fait que tout le système des privatisations qui ont eu lieu au milieu des années 1990 était entièrement criminel. C'est pourquoi M. Khodorkovski, dans le cadre de ces privatisations, était tout aussi criminel que les autres. Et son arrestation n'est pas le reflet d'une lutte contre les oligarques et contre le système d'oligarchie, mais un moyen d'accaparer sa propriété. En outre, c'est un moyen de soumettre le monde des affaires aux autorités politiques.


Kaktebyazavout : La fortune de M. Khodorkovski n'a-t-elle pas été acquise de façon malhonnête ? Est-il vraiment scandaleux qu'il soit poursuivi ?

Grigori Iavlinski : C'est une utilisation sélective de la loi. Tous les actes qu'il a commis, il les a commis sur la proposition de l'Etat.

"L'ÉTAT DOIT SE LIVRER À UNE ÉVALUATION GLOBALE DE TOUTES LES PRIVATISATIONS DES ANNÉES 1990"

Sylvain : L'Etat de droit en Russie consiste-t-il à pardonner à ceux qui se rachètent une conscience en finançant des actions sociales, des œuvres caritatives, ou des partis d'opposition, après s'être enrichis sur le dos de la population ?

Grigori Iavlinski : En Russie, il n'y a pas d'Etat de droit et les projets sociaux et tout le reste ne peuvent pas être une contrepartie dans ce domaine. Mais la responsabilité de l'Etat dans les privatisations criminelles est très importante. Et si l'Etat veut l'équité, alors il doit se livrer à une évaluation globale de toutes les privatisations des années 1990, et non pas sanctionner le seul M. Khodorkovski. Il doit utiliser pour cela d'autres moyens.

Sylvain : Quels moyens pour l'évaluation des privatisations ?

Grigori Iavlinski : Je propose d'adopter une loi dans laquelle figureront les points suivants :
1) reconnaître comme légitimes toutes les transactions qui ont eu lieu dans les années 1990, à l'exception de celles dans le cadre desquelles ont été des crimes ou des assassinats contre des individus ;
2) adopter une "wind profit tax", c'est-à-dire un impôt spécial unique qui, en quelque sorte, représente une compensation de ce que les privatisations ont eu lieu, pour 1 % de la valeur des entreprises ;
3) financer les partis avec le rapport de 1,5 ou 2 euros par électeur ;
4) organiser en Russie une télévision publique qui ne soit soumise ni aux oligarques ni à l'Etat ;
5) limiter l'accès des responsables politiques et administratifs qui étaient au pouvoir pendant les privatisations aux hautes fonctions électives et administratives ;
6) prendre des mesures draconiennes antitrusts et antimonopoles et réguler la concentration financière dans le secteur des matières premières.
Voilà à peu près l'ensemble des problèmes qu'il faut résoudre. Et c'est beaucoup mieux que de commencer la chasse aux oligarques.

Macha : Monsieur Iavlinski, pourquoi avoir accepté l'argent de Ioukos pour financer votre parti ? Ne pensez-vous pas que cela a entaché la réputation d'intégrité absolue qui était la vôtre ?

Grigori Iavlinski : Cela a nui à ma réputation, mais M. Khodorkovski était un homme qui essayait de construire la compagnie la plus transparente de Russie. Par ailleurs, M. Khodorkovski a financé Iabloko un an et demi, quand le prix du pétrole était d'environ 50 dollars le baril, et nous avons considéré que, dans ces conditions, le financement transparent et ouvert de notre parti était acceptable.

Nous estimons qu'il est indispensable en Russie d'adopter une loi sur le financement public des partis en fonction de leurs résultats aux élections. Si en Russie il y avait une loi qui accordait à chaque parti, disons, 1,5 ou 2 euros par électeur, cela suffirait à l'existence indépendante des partis politiques.

"EN RUSSIE LA JUSTICE EST UN INSTRUMENT D'ACCUSATION"

Krassavtchik : Vous avez proposé voilà quelque temps un plan d'amnistie pour les infractions concernant les privatisations. Votre idée a-t-elle fait des émules ?

Grigori Iavlinski : J'ai évoqué ce plan bien des fois avec M. Poutine, il l'examine avec intérêt, mais il ne fait rien. Et en Russie, il n'y a pas d'autre force politique que Poutine.

Charles_Toulouse : Les droits de la défense sont-ils généralement respectés dans votre pays ?

Claire : On a lu que M. Khodorkovski avait vu ses droits bafoués durant le procès. Est-ce une pratique courante en Russie ?

Grigori Iavlinski : En Russie il n'y a pas de justice indépendante. C'est pourquoi, durant le procès, il y a eu beaucoup d'infractions diverses. En Russie, la justice est une justice d'accusation, son rôle n'est pas de découvrir la vérité, c'est un instrument d'accusation.

Arthur : Ce procès est-il une mascarade mise en scène par le Kremlin afin d'anéantir l'empire de M. Khodorkovski ?

Grigori Iavlinski : Le procès est organisé pour effrayer tout le monde.

"LE POUVOIR EST AUTORITAIRE MAIS FAIBLE"

Sylvain : Un gouvernement puissant et autoritaire n'est-il pas le seul capable de gérer la transition entre un régime communiste et une économie de marché, comme en Chine ?

Grigori Iavlinski : En Russie ce n'est déjà plus possible parce qu'il n'y a aucun pouvoir qui puisse prétendre à une organisation totalitaire. En Russie, le pouvoir est autoritaire mais faible.

Sylvain : Une société civile indépendante est-elle possible en Russie ? Comment sortir du dilemme entre un pays dirigé par un gouvernement autoritaire ou par des oligarques tout-puissants ?

Grigori Iavlinski : Oui, il y a une troisième voie, mais les forces qui la soutiennent sont pour l'instant très faibles. Le fait est que les autoritaires et les oligarques sont tous des oligarques, et ce que nous observons actuellement, c'est une lutte de clans. Simplement, les uns utilisent leurs milliards, et les autres utilisent les cours de justice et les procureurs...

Demokratt : Ne pensez-vous pas que le mouvement démocratique russe a commis une erreur historique en s'attachant à défendre les droits de propriété et d'expression avant les droits sociaux, dont se soucient beaucoup plus les Russes ?

Olga : Dans un pays où des retraités en sont réduits à mendier dans la rue pour survivre, vouloir défendre l'Etat de droit, n'est-ce pas se tromper de priorité ?

Grigori Iavlinski : Bien sûr, il a toujours été nécessaire de maintenir un équilibre, et quand les démocrates l'ont oublié, ils ont commis une erreur.

Mireille : Croyez-vous encore en votre avenir politique personnel ? Et en celui du mouvement démocratique en Russie ?

Grigori Iavlinski : Je crois en l'avenir de la Russie, et cela me suffit.

Roultaboul : On a peu entendu les pays européens s'exprimer sur cette affaire. Comment jugez-vous leur attitude ?

Grigori Iavlinski : Malheureusement, en Europe, de façon générale, on comprend mal ce qui se passe en Russie.

Chat modéré par Claire Ané et Stéphane Mazzorato. Traduction simultanée assurée par Guillaume Pélisser-Combescure

(Le Monde, 1.6.2005)

Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



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Vladimir Pereverzine, libre et révolté.

Bonne Année 2012 !

15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

Vassili Alexanian, une interview inédite.

Vassili, le dernier adieu.

Vassili Alexanian est décédé

Le Figaro: Au dernier jour de son procès, Khodorko...

Point final dans l'Affaire Alexanian

Le Figaro: Plus de procès pour un ancien de Ioukos...



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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


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    En anglais

  • The Moscow News
  • Gazeta.ru - International Edition
  • The Moscow Times

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