28.12.04
MOSCOU, 28 déc (AFP) - 28/12/2004 09h34 - Vassili Axionov, poussé à l'exil à l'époque soviétique, prosateur ironique des années les plus sombres de l'URSS, a fait son grand retour sur la scène littéraire en Russie en remportant le prix russe Booker 2004 pour son dernier roman, "Voltairiens et Voltairiennes".
"J'ai crié +Liberté pour Khodorkovski!+" en recevant le prix début décembre, raconte celui qui se présente comme un "dissident littéraire", dans son appartement situé à l'intérieur d'une des sept tours staliniennes dominant Moscou.
Le regard bleu rieur, il dénonce "la bouillie dans les crânes" de ses compatriotes et reproduit avec une morgue de collégien le V de la victoire esquissé lors de la remise du prix, financé par l'ex-PDG du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, en prison depuis plus d'un an.
Une reconnaissance tardive pour cet écrivain de 72 ans avec cette récompense littéraire, l'une des plus prestigieuses en Russie, créée en 1991 sur le modèle du Booker Prize britannique.
"Tout le monde est étonné que ce soit le premier prix littéraire de ma vie. Ils croient qu'Axionov a tout eu, qu'il est très riche", note celui qui fit une entrée tonitruante sur la scène littéraire soviétique en publiant en 1960, à 28 ans, son premier roman, "Confrères".
Anticonformiste menant alors "une vie de bohème dans l'underground" du Moscou des années 1970, une capitale soviétique "ennuyeuse et grise", il est alors poussé à l'exil, et se rend aux Etats-Unis en 1980, avec sa femme, après la découverte par le KGB du manuscrit de son ouvrage "La brûlure".
Le "traître" Axionov se voit privé de la citoyenneté soviétique. Elle ne lui sera rendue que dix ans plus tard et ses livres --aujourd'hui en tête de gondoles dans les librairies moscovites-- ne seront autorisés qu'à la fin des années 1980, avec la perestroïka.
Pendant ses vingt ans d'exil, Axionov enseigne la littérature russe à l'université et poursuit sa peinture cinglante de l'URSS, comme dans "Une saga moscovite" (1994), son livre le plus connu à l'étranger, dans lequel il décrit à l'occasion un Staline pris de diahrrée.
Une revanche sur un régime qui a marqué au fer rouge le jeune Axionov, lequel ne retrouva qu'à l'âge de seize ans sa mère, l'écrivain Evguénia Guinzbourg, déportée alors qu'il avait quatre ans.
En 1948, il entame ainsi le "grand voyage" vers Magadan, la capitale des goulags de la Kolyma, dans l'Extrême-Orient russe, où elle est reléguée.
Aujourd'hui, Vassili Axionov n'a plus grand chose de "l'adolescent maigre vêtu d'une veste râpée" qu'Evguénia Guinzbourg décrivait dans "Le ciel de la Kolyma", le jour de leurs retrouvailles à Magadan, le 9 octobre 1948.
Le ventre rond, de gros chaussons en laine aux pieds, il se souvient cependant d'"une vie monstrueuse, au milieu des barbelés, des miradors, des convois de détenus dans les rues auxquels on ne faisait plus attention, comme si c'était une circulation banale".
"Si étrange que cela puisse paraître, malgré l'horreur, nous vivions une vie très intéressante. Pour moi, la découverte de la Kolyma fut plus forte que la découverte de l'Amérique", raconte l'ancien exilé, évoquant sa rencontre avec toute une communauté d'intellectuels, russes, mais aussi polonais ou allemands, pendant ses deux années passées à Magadan.
Et de se mettre à fredonner, avec l'humour salvateur qui éclaire son oeuvre, un air de jazz joué à l'époque par le big-band de Magadan, à l'époque où il était un "jouvenceau occupé à courir les filles".
(AFP via TV5, 28.12.2005)
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L'Observatrice

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