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31.7.06

Le Soir: Le parcours de Ioukos devrait s'arrêter ce mardi

Le géant pétrolier menacé de faillite. C'est aujourd'hui qu'un tribunal moscovite doit se prononcer. Alors que certains songent déjà à dépecer la dépouille.

D ans sa prison sibérienne, Mikhail Khodorkovski vient de fêter ce week-end son millième jour derrière les barreaux. Il y a trois ans, c'était l'homme le plus riche de Russie, loué pour avoir su créer un groupe pétrolier efficace et transparent, respectueux des règles de la « corporate governance » à l'occidentale. C'était aussi un oligarque mal vu par la majorité des Russes car, lors des chaotiques privatisations pendant les folles années post-communistes, il s'était enrichi trop facilement et trop rapidement.

Aujourd'hui, « Misha » est un prisonnier presque comme un autre. Il se préoccupe avant tout de son régime de détention et redoute que de nouveaux motifs ne soient trouvés pour l'envoyer en cellule d'isolement. Plusieurs fois, il a déjà goûté au cachot. Pour avoir bu du thé dans une pièce où le règlement l'interdisait. Et pour avoir quitté son poste de travail à un moment non autorisé. Dans sa prison, il ne s'agissait pas d'un bureau de directeur mais... d'une machine à coudre.

« Il est surtout inquiet des conditions de vie quotidienne dans sa prison », vient de confirmer Anton Drel, l'un des avocats de Mikhail Khodorkovski. C'est pourtant à 6.000 kilomètres à l'ouest de cette colonie sibérienne que doit aujourd'hui se tenir le dernier épisode de la longue saga politico-judiciaire qui porte son nom. Le tribunal d'arbitrage de Moscou s'apprête en effet à confirmer la faillite financière de Ioukos, l'ex-géant pétrolier fondé et dirigé par l'ex-oligarque. La semaine dernière, l'administrateur chargé du redressement de la compagnie a déjà obtenu l'aval des créanciers pour sa mise en liquidation : Ioukos n'a plus selon lui les moyens de recouvrir un endettement total de plus de 18 milliards de dollars. Le soutien des créanciers n'est pas une surprise. Pour l'essentiel, il s'agit des autorités fiscales russes et du groupe pétrolier public Rosneft. C'est-à-dire les deux principaux acteurs de l'affaire Khodorkovski lancée le 25 octobre 2003.

Ce jour-là, manu militari, Mikhail Khodorkovski est arrêté dans un aéroport de Sibérie. Inculpé officiellement de fraudes et d'évasion fiscale à grande échelle, le PDG de Ioukos aurait en fait effrayé le Kremlin. À la tête d'un groupe de plus en plus grand et de plus en plus attractif aux yeux des investisseurs étrangers, le flamboyant oligarque aurait vu trop large : il envisageait une fusion avec un groupe américain et défendait la construction d'un nouveau pipeline vers la Chine. Des projets internationaux d'autant plus préoccupants pour le Kremlin, soucieux de contrôler le secteur clef de l'énergie, que « Misha » était aussi soupçonné de nourrir des projets politiques sur la scène nationale. Il finançait des partis libéraux et ne cachait pas ses ambitions présidentielles. Face à la « menace Khodorkovski », les partisans de la méthode forte autour du président Poutine auraient alors convaincu le président de lancer l'offensive judiciaire. Ioukos s'est retrouvé avec des redressements fiscaux de 27 milliards de dollars. Le célèbre patron a été condamné à huit années de prison. Et, progressivement, son groupe a été démantelé.

Cette offensive a suscité l'indignation à l'étranger et dans les étroits milieux libéraux à Moscou. Pour eux, il n'y a pas de doute : l'ancien PDG est un prisonnier politique dont le sort a été fixé par le Kremlin. Pour écarter un potentiel ennemi. Et pour dépecer sa compagnie pétrolière au profit de l'État. À cette double fin, le président Poutine est soupçonné d'avoir profité de l'impopularité de Khodorkovski. Dans les années 90, l'opportuniste banquier avait racheté pour une bouchée de pain l'un des joyaux de l'économie du pays alors que ces privatisations avaient appauvri tant de Russes ordinaires. Avec enthousiasme, puis dans l'indifférence, la Russie profonde a depuis suivi les suites de l'affaire : au terme d'une vente aux enchères jugée de « farce » par les observateurs internationaux, la principale filiale de Ioukos est passée aux mains de Rosneft, le groupe pétrolier public.

Ayant ainsi triplé sa production d'un seul coup, cette compagnie, pourtant peu réputée jusqu'alors pour son efficacité et sa transparence, vient d'attirer plusieurs investisseurs occidentaux, dont la compagnie britannique BP, lors de son entrée en Bourse partielle. Un succès financier. Doublé d'un beau tour de passe-passe politique. Le Kremlin a réussi à faire taire tant de voix critiques étrangères. Et à abandonner Mikhail Khodorkovski à son triste sort dans la bonne vieille Sibérie.

Moscou.
BENJAMIN QUÉNELLE
26.7.06

RIA Novosti: Une ONC ayant aidé Ioukos dans le collimateur du fisc

MOSCOU, 26 juillet - RIA Novosti. Le Service fédéral des impôts (FNS) a infligé un redressement fiscal de 4,6 millions de roubles (environ 155.000 dollars) à International Protection center, une organisation non-commerciale (ONC) dirigée par Karina Moskalenko, l'avocate de l'ancien pdg de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski.

Ce redressement fait suite à plus de six mois de vérifications, a annoncé le service de presse du FNS. Quant à Karina Moskalenko, elle estime que ces contrôles sont "absolument infondés" et sont en réalité une attaque des autorités contre une organisation qui aide des citoyens à mettre en forme des plaintes adressées à la Cour européenne des droits de l'homme. Selon des informations publiées sur le site Internet d'International Protection Center, plus de 250 affaires sont gérées à Strasbourg par des employés de son organisation.

Le quotidien Vedomosti écrit que jusqu'à l'année dernière le Code fiscal exemptait de l'impôt sur le bénéfice le financement finalisé de cinq activités: enseignement, recherche, art, culture et écologie. L'activité sociale et de défense des droits de l'homme n'a été ajoutée à cette liste qu'au début de l'année dernière, aussi la comptabilité financière de l'organisation concernant les deux années précédentes peut s'avérer défectueuse, admet la présidente du comité Concours civique, Svetlana Gannouchkina. L'attribution de subventions est tellement formalisée que la plupart de ceux qui les allouent préfèrent les présenter comme des rentrées de fonds finalisées ou des dons, confirme la directrice de la section russe de la Fondation britannique de bienfaisance CAF, Maria Tchertok.

Le président du Club des comptables et auditeurs d'ONC, Pavel Gamolski, dit que l'organisation de défense des droits de l'homme pourrait faire l'objet d'une procédure de faillite comme une simple organisation commerciale. Selon lui, il est arrivé aussi que des ONC gagnent des procès intentés contre elles par les services du fisc.

Bien que les nouveaux règlements d'imposition des ONC soient entrés en vigueur en 2002, ces organisations ne sont vraiment contrôlées que depuis l'année dernière.

RIA Novosti: La curée sur Ioukos? (Vedomosti)

MOSCOU, 26 juillet - RIA Novosti. Dès le 1er août Ioukos pourrait être déclaré en dépôt de bilan et ses actifs mis en vente. Gazprom a devant lui une semaine exactement pour réserver les biens en faillite. Vedomosti a appris que le monopole était en pourparlers avec les bureaux londoniens de Ioukos au sujet de l'acquisition de 20% de Gazprom Neft, d'Arktikgaz, d'Angarsk NKhK et de 49% du slovaque Transpetrol.

Le 20 juillet, Edouard Rebgoun, gérant intérimaire de la compagnie, avait annoncé le dépôt de bilan de Ioukos et hier il a suggéré aux créanciers de reconnaître la compagnie en faillite et de demander au tribunal de procéder à un règlement collectif du passif. L'analyse financière de Ioukos a révélé qu'il était impossible de rétablir la solvabilité de la compagnie: la dette reconnue par le tribunal se monte à 491,6 milliards de roubles (environ 19 milliards de dollars); ses actifs sont évalués à 477,1 milliards de roubles, a expliqué Edouard Rebgoun aux créanciers. Les représentants de Ioukos et de GML ont objecté que les actifs de Ioukos se chiffraient en réalité à 37,8 milliards de dollars. Après le remboursement des dettes (17,7 milliards de dollars) la compagnie disposera encore d'actifs, affirment les représentants de la compagnie en disgrâce.

Cependant, 93,9% des créanciers ont voté en faveur de la reconnaissance du dépôt de bilan de Ioukos. Aussitôt après le vote les actions de Ioukos à la MMVB ont chuté de 35% jusqu'à 14 roubles. Le dossier de faillite sera examiné le 1er août par le tribunal d'arbitrage de Moscou et celui-ci pourrait dès cette date engager une procédure de règlement collectif du passif et nommer Edouard Rebgoun syndic de faillite. Dans ce cas la saisie des biens de Ioukos serait levée et au terme d'une période d'un mois au cours de laquelle les actifs de Ioukos seront évalués par des experts indépendants, ces actifs seront mis en vente dans le cadre d'appels d'offres ouverts.

Un acheteur s'est déjà annoncé, Gazprom. Hier les représentants du consortium à Londres ont examiné avec les dirigeants des bureaux londoniens et les représentants du président de Ioukos la question concernant l'achat à la compagnie de 20% de Gazprom neft ainsi que de 49% des actions de Transpetrol, de la société Arktikgaz, dont les réserves sont évaluées à 200 milliards de mètres cubes de gaz, et de ANKhK. Les actifs intéressant Gazprom coûtent plusieurs milliards de dollars. Ioukos estime sa part dans Gazprom neft et Arktikgaz à respectivement 4 milliards et 1,2 milliard de dollars. L'analyste de Solid, Denis Borissov, évalue Arktikgaz à 1 milliard de dollars, la part de Ioukos dans ANKhK à 370-400 millions de dollars et 49% des actions de Transpetrol à 80-100 millions de dollars.

Si Gazprom réussit à conclure une transaction avec le président de Ioukos, Steven Theede, avant que celui-ci ne démissionne - le tribunal engagera une procédure de règlement collectif du passif (les deux choses pourraient se produire simultanément le 1er août) - le monopole aurait la possibilité d'acquérir les actifs de Ioukos sans appel d'offres, explique le partenaire exécutif de Vegas-Leks, Albert Eganian.

Les actifs qui resteront en possession de Ioukos présentent un intérêt moindre. Les top managers de Gazprom ont aussi des vues sur Tomskneft. Ici le monopole pourrait se heurter à une forte concurrence: TNK-BP et Rosneft étudient un éventuel achat d'Arktikgaz, indique une source proche des négociations. Selon Ioukos, le coût des entreprises extractives est de 17,7 milliards de dollars, dont 7,2 milliards pour Samaraneftegaz, 7,3 milliards pour Tomskneft et 1,4 milliard pour Ourengoil. Les raffineries de Ioukos sont estimées à 3,87 milliards de dollars et 23% de Iouganskneftegaz à 10,4 milliards de dollars.
24.7.06

Le Temps: Le «hold-up» victorieux de Poutine

Analyse.
Daniel Eskenazi
Lundi 24 juillet 2006


Un véritable «hold-up». Alors que les anciens actionnaires de Yukos, pour certains des amis de l'ancien président Boris Eltsine, avaient obtenu des parts du géant énergétique dans des conditions pour le moins discutables, ils ont cette fois crié au scandale lors de l'entrée en Bourse de Rosneft: le géant pétrolier est issu de la confiscation des actifs de Yukos. La semaine dernière, les anciens actionnaires voulaient donc empêcher juridiquement qu'une introduction en Bourse se fasse à Londres. Mais en Grande-Bretagne, la Haute cour de justice a dit n'avoir aucune possibilité de condamner le gouvernement russe. Le célèbre financier George Soros n'a pas hésité à juger l'opération «moralement répréhensible et juridiquement intenable», mais rien n'y a fait.

Rosneft est entrée en Bourse à Moscou, puis à Londres. L'opération n'a pas été un énorme succès, en raison des craintes de la communauté financière. La demande aurait été 1,5 fois plus élevée que l'offre, ce qui est extrêmement faible pour la plus grande IPO de l'histoire russe et la sixième de tous les temps. Les volumes d'échanges ont été ridicules: 25 millions sur un total de 1,4 milliard de titres émis.

Mais l'entrée en Bourse de Rosneft comporte deux avantages. Elle a permis à Poutine de récolter environ 10,5 milliards de dollars en ne cédant que 15% de la totalité des actions. Rosneft vaut désormais 80 milliards et le président russe garde le contrôle sur une société nationalisée avec quelques gros actionnaires internationaux triés sur le volet. Mieux encore: grâce au géant pétrolier, la Russie renforce son rôle de superpuissance énergétique sur l'échiquier international.

Ironie du sort, la semaine précédant l'IPO de Rosneft, Poutine axait la rencontre des huit plus grandes puissances à Saint-Pétersbourg sur le thème de la sécurité énergétique, alors que la Russie n'a pas signé la Charte de l'énergie. Celle-ci prévoit notamment des indemnités en cas d'expropriation. La Russie serait bien prête à la ratifier, mais Poutine, en fin stratège, ne fait aucune concession sans contrepartie. De son point de vue, l'Europe devrait accepter que des sociétés pétrolières du Vieux Continent se fassent racheter par les Russes. Mais comme le protectionnisme est à la mode dans le secteur énergétique, les Européens comme la France auraient du mal à accepter que leurs champions nationaux portent d'autres couleurs que les leurs. Si bien que l'Europe, qui s'approvisionne largement en énergie russe, dispose de peu de moyens pour exercer une pression sur la Russie.

Conséquence directe: Pendant que Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron de Yukos, croupit dans une prison de Sibérie, proche d'une mine d'uranium, Vladimir Poutine peut se frotter les mains. Il a réussi à nationaliser Yukos avant d'en privatiser une petite partie. Il a dicté aussi les règles du jeu à différentes parties. Aux anciens oligarques, comme vraisemblablement Roman Abramovitch, propriétaire du club londonien de Chelsea, il a demandé de participer à l'IPO. Ces derniers se seraient exécutés, vu le traitement de faveur que Poutine leur a réservé. Il en a fait de même avec les multinationales Petronas, BP et China National Petroleum. La première, malaisienne, a investi 1,1 milliard de dollars, la seconde, anglaise, un milliard et la troisième, chinoise, 500 millions. Aucune n'a bronché, car leur calcul est simple: en participant à l'IPO de Rosneft, elles obtiennent des droits d'exploitation et de prospection sur le long terme. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si BP est actuellement en discussion avec Rosneft pour la création d'une coentreprise. Quant à Poutine, son calcul est aussi simple que financier. En Russie, le pétrole facile est en voie d'extinction. Pour trouver l'or noir, il faut creuser plus profond avec des technologies toujours plus sophistiquées et donc très coûteuses. Bref, sans une aide financière des grands groupes pétroliers, la Russie rencontrera rapidement des problèmes d'extraction.

En effet, si le rapport de force est actuellement en faveur de la Russie, la situation pourrait radicalement changer. Le pays extrait des quantités énormes de pétrole, avec une vision à court terme du profit. D'ici à vingt voire trente ans, les réserves pourraient être épuisées. Alors, la Russie ne pourra plus brandir l'arme pétrolière. D'autant plus que son or noir n'est pas de bonne qualité. Des lendemains qui déchantent?
20.7.06

Le Figaro: Le patron de Ioukos démissionne pour dénoncer la liquidation programmée de son groupe

Steven Theede, directeur général du groupe pétrolier russe, a remis sa démission jeudi, avant la réunion des créanciers. Selon lui, l’administrateur judiciaire, nommé pour étudier un plan de sauvetage de l’entreprise, s’apprêterait à prononcer sa mise en faillite.

«Je ne peux plus rien faire qui puisse être profitable à la compagnie d'une manière ou d'une autre», telle est la justification apportée par le président de Ioukos, l’Américain Steven Theede, à sa démission, annoncée jeudi matin, alors qu’il devait rencontrer les créanciers du groupe pour discuter d’un plan de sauvetage. Une réunion que Theede qualifie dans sa lettre au conseil d’administration de «farce, à laquelle assisteront surtout ceux qui veulent détruire le reste de Ioukos».

L’ex-géant pétrolier, harcelé par la justice russe, est devenu une coquille vide et criblée de dettes, 17 milliards de dollars (13,6 milliards d’euros) au total. Le 28 mars dernier, la justice a placé le groupe en redressement judiciaire et nommé un administrateur provisoire chargé de statuer sur un éventuel plan de sauvetage. Les créanciers du groupe doivent examiner jeudi ce plan et décider d’une liquidation de Ioukos. Pour Theede, tout est déjà joué : «On me dit que [l'administrateur] conclut qu'une restructuration financière est impossible et qu'une liquidation est la seule option concevable.»

Ioukos, victime de la reprise en main par le Kremlin de son secteur énergétique

La saga Ioukos commence dans la Russie du début des années 1990, lorsque l’Etat postcommuniste liquide son vaste domaine public. Comme d’autres compagnies, Ioukos hérite de la gestion d’une partie des immenses réserves pétrolières de l’ex-URSS.

En 1995, Boris Eltsine donne le feu vert à son rachat par un jeune entrepreneur russe, Mikhaïl Khodorkovski, pour 360 millions de dollars (288 millions d’euros). Moins de dix ans plus tard, en 2004, Ioukos est estimé à 27 milliards de dollars (21,6 milliards d’euros). Khodorkovski a multiplié la valeur son groupe par 75.

Mais les choses se gâtent avec l’arrivée au pouvoir du premier ministre, puis président, Vladimir Poutine. A l’opposé d’Eltsine, l’ancien directeur du KGB n’apprécie pas ces patrons de grands groupes trop influents. Surtout, il a compris que la souveraineté russe passe par la maîtrise de son secteur énergétique. En octobre 2003, Khodorkovski est arrêté, pour « escroquerie » et « fraudes fiscales à grande échelle et en groupe organisé ». Le Kremlin accuse Ioukos d’avoir voulu escroquer le fisc russe, pour une somme astronomique : 18,4 milliards de dollars pour les seules années 2000 à 2002.

Pour Theede, la mise en faillite est « illégale »

Alors que Khodorkovski attend son procès en prison, les plaintes se succèdent contre son groupe. Loin d’être arrangeant, le Kremlin fait au contraire tout son possible pour qu’Ioukos ne puisse pas payer les sommes colossales qu’on lui réclame. En désespoir de cause, la direction tente de se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites, provoquant la colère de Poutine et de son entourage. Malgré une décision de justice favorable aux Etats-Unis, Moscou reste inflexible : le ministère de la Justice ordonne fin 2004 la vente d’une partie des actifs de Ioukos. Ils seront rachetés par des compagnies publiques, notamment Gazprom. Le 31 mars 2005, Khodorkovski est condamné à 9 ans de prison ferme. Il les purgera dans un pénitencier de Sibérie.

Ruiné, privé de ses filiales les plus rentables, Ioukos n’attend plus que le coup de grâce. En démissionnant, le PDG, Steven Theede a voulu montrer que la mort du groupe est programmée. «Je ne peux plus rien faire pour protéger les derniers actifs de la compagnie en Russie. Si la mise en faillite se produit, comme je l'anticipe, elle sera illégale et nous pourrons inclure notre demande de dommages et intérêts dans une démarche devant la Cour européenne des Droits de l'Homme», explique-t-il.
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Photo : Steven Theede et Bruce Misamore (lefigaro.fr)

Reuters: Le PDG de Ioukos démissionne et dit s'attendre à une faillite

par Mikhaïl Ienoukov et Elif Kaban

MOSCOU (Reuters) - Le PDG du groupe Ioukos, l'Américain Steven Theede, a démissionné pour protester contre une réunion des créanciers au résultat couru d'avance selon lui: la prochaine mise en faillite de l'ancien géant pétrolier russe.

Dans sa lettre de démission, Steven Theede explique que l'administrateur judiciaire Edouard Rebgoun a déjà conclu que "la restructuration financière du groupe est impossible et que la liquidation est la seule option viable".

Rebgoun, nommé par le tribunal d'arbitrage de Moscou à la fin mars, préside la réunion du comité des créanciers qui a débuté à l'heure du déjeuner dans la capitale russe.

Theede ajoute dans sa lettre datée du 19 juillet que l'administrateur judiciaire a ignoré le plan de restructuration présenté par l'actuelle direction et déjà conclu que Ioukos, l'ancien numéro un du pétrole en Russie, ne valait pas plus de 15 milliards de dollars, soit moins que ce qu'il doit encore.

Rebgoun évalue en effet à 18 milliards de dollars l'endettement total de Ioukos aujourd'hui, y compris 13 milliards de dollars au fisc.

"Je prévois que la réunion de demain (jeudi) sera une farce, à laquelle assisteront surtout ceux qui veulent détruire le reste de Ioukos et s'emparer de ses actifs sans tenir compte sérieusement de notre plan de restructuration", estime le patron américain.

Ioukos a été mis à genoux par 33 milliards de dollars d'arriérés d'impôts réclamés par le fisc russe au terme d'une campagne jugée orchestrée par le Kremlin pour réduire sa puissance et les ambitions de son fondateur Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien homme le plus riche de Russie condamné à huit années de prison pour fraude et évasion fiscale.

VERDICT EN AOÛT

Le deuxième créancier du groupe est le groupe pétrolier public Rosneft, qui vient de lever 10,4 milliards de dollars lors d'une introduction en Bourse.

Autrefois un acteur de second rang, Rosneft est devenu le deuxième groupe pétrolier de Russie en rachetant en décembre 2004 la principale unité de production de Ioukos, Iouganskneftegaz, lors d'enchères forcées.

Via Iougansk, Rosneft est créditeur de quatre milliards de dollars, estime Edouard Rebgoun. Le directeur général de Rosneft Sergueï Bogdantchikov a indiqué le week-end dernier, en marge du sommet du G8 à Saint-Pétersbourg, que son groupe rachèterait peut-être certaines des cinq raffineries détenues par Ioukos.

Ioukos et son principal propriétaire, la holding Menatep, dont les dirigeants vivent hors de Russie par crainte d'une arrestation, a décidé de n'envoyer aucun représentant à la réunion de Moscou.

"Je m'attends à ce que les autorités fiscales russes et Rosneft recommandent une mise en faillite", a déclaré le directeur de Menatep Tim Osborne.

"Le tribunal prend une décision en août sur l'avenir de Ioukos et je m'attends à une mise en faillite."

Steven Theede n'attendra pas le verdict. Sa démission prendra effet le 1er août.

"Le pauvre homme a été carbonisé par les autorités russes. Il se sent complètement impuissant. Il pense que c'est fini désormais", a déclaré Tim Osborne à Reuters.
12.7.06

Interview de V. Poutine sur LCI/TF1

Je n'ai pas vu l'interview de Poutine sur LCI mais j'en ai lu le texte intégral en russe sur le site officiel du Kremlin.
Franchement, quelle incroyable impudence d'évoquer le "cadre de la loi" au sujet du procès Khodorkovsky, alors que le parquet général, les juges et le Ministère de la Justice n'ont cessé de violer cette même loi à toutes les étapes du procès.

Exemple 1
Exemple 2
Exemple 3

Et quelle symbolique coïncidence que cette interview soit diffusée le jour de l'hommage national au capitaine Dreyfus.
11.7.06

L'Express: Khodorkovski, le prisonnier de Poutine

Alors que s'ouvre à Moscou la conférence des opposants à Vladimir Poutine, au fond du goulag sibérien, le Kremlin exerce son implacable vengeance contre l'ex-patron du groupe pétrolier Youkos, condamné à huit ans de prison et soumis au harcèlement pénitentiaire.


Un panneau avertit qu'il est interdit de photographier et de filmer. Enceinte vétuste de planches disjointes, double checkpoint, gardes, chiens, barbelés, quelques miradors verdâtres surmontant, au loin, les toits des baraquements abritant les prisonniers - c'est tout ce qui est visible de la colonie pénitentiaire YaG 14/10, à Krasnokamensk, Sibérie orientale, région de Tchita. Arrêté en 2003, condamné à huit ans de réclusion en septembre 2005, Mikhaïl Khodorkovski, 42 ans, ex-patron de Youkos - compagnie pétrolière devenue par ses soins la première de Russie et victime, de facto, d'une renationalisation orchestrée par le Kremlin - a été transféré, en octobre 2005, dans cette localité perdue au milieu des steppes. Tandis qu'il coud des moufles à l'atelier du camp, le groupe qu'il dirigeait est à la veille de sa mise en faillite par un tribunal moscovite.

Le nom de Krasnokamensk - «pierres rouges» en français - évoque les gisements d'uranium découverts dans les années 1960 qui lui ont donné naissance. A une quinzaine de kilomètres de YaG 14/10 s'ouvre, béant, le cratère de la première mine, exploitée à ciel ouvert et abandonnée en l'état depuis dix ans. Alentour, des tonnes de terre rejetées à l'air libre après extraction du minerai façonnent un relief lunaire où rien ne pousse. «Parfois, des orages de poussière se lèvent, observe Marina Filippovna, 71 ans, la mère de Khodorkovski, charriant de fines particules rouges. Les femmes m'expliquent qu'elles deviennent stériles sous l'effet des radiations.»

Dans son acharnement à briser l'adversaire, le pouvoir a voulu l'isoler des siens et du monde. A six heures d'avion de Moscou suivies, au choix, de seize heures de train ou de huit à neuf heures de route et de piste, c'est une expédition que le père de Khodorkovski, âgé de 77 ans, ne peut affronter. L'ancien associé du magnat déchu, Platon Lebedev, atteint d'une hépatite B chronique, a été expédié dans un camp au-delà du cercle polaire. «On veut le tuer à petit feu», constate Marina Filippovna. Fin mai, celle-ci est arrivée à Krasnokamensk avec sa belle-fille Inna, 36 ans, jeune femme discrète aux yeux en amande, pour la visite trimestrielle autorisée au détenu. Elles ont préparé des gâteaux au fromage blanc et apporté des ouvrages de philosophie politique, ses lectures de prédilection. En 2005, il a publié deux articles-manifestes où il appelle à «opérer un tournant décisif vers une économie fondée sur la connaissance» et non plus seulement sur les matières premières; où il expose l'urgence d'adopter une véritable politique sociale. Prise en compte tardive des réalités du pays? Certains applaudissent, d'autres ironisent, tandis que le parquet étale son zèle exterminateur. Début mai, il s'en est pris au lycée-internat pour orphelins ou enfants de familles en grande difficulté ouvert en 1994 par Khodorkovski à proximité de Moscou et financé par l'une de ses fondations. Parmi les 140 élèves qu'il abrite, une douzaine sont des rescapés de la prise d'otages de Beslan. Sans explication, le patrimoine immobilier a été mis sous séquestre. «C'est de la pure malfaisance, proteste Marina Filippovna, membre, comme son mari, du conseil d'administration. Parce que Micha est très attaché à cette école, on veut la détruire.» Dans l'opinion, malgré l'animosité fréquente à l'égard des «oligarques», sur fond d'antisémitisme, l'image de l'ex-baron du pétrole à la richesse insolente évolue peu à peu. «Il a du courage, souligne une jeune employée. Pourquoi le traiter ainsi?» Selon le centre de recherche indépendant Iouri Levada, 24% des Russes, en décembre 2005, avaient une vision positive de Khodorkovski, contre 11% six mois plus tôt.

La crainte d'un assassinat maquillé en suicide

D'ascendance juive par son père, issu d'un milieu modeste, l'intéressé compte parmi ses ancêtres maternels d'audacieux précurseurs du capitalisme dans l'empire des tsars, qui possédaient, entre autres biens, une brasserie à Kharkov. Ils ont tout perdu à la révolution. Pour autant, ni les uns ni les autres n'ont voulu quitter le pays quand ils l'auraient pu. Dans ces familles, on ne déserte pas, que ce soit face aux bolcheviques ou face au «lieutenant-colonel Poutine».

«Micha est amaigri mais il a toujours la même force intérieure», confie son épouse, Inna. Il lui a offert une fleur qu'il s'est procurée on ne sait comment. Elle n'a pu l'emporter - formellement interdit. «Mon fils ne demande rien, intervient Marina, sinon d'être traité comme les autres. Or, quoi qu'il fasse, on cherche à le prendre en faute.» Sous divers prétextes, du genre «avoir bu du thé dans un lieu non autorisé», il a été à plusieurs reprises placé en cellule d'isolement. «C'est ce que nous craignons le plus, poursuit la mère. Là, “ils” peuvent le pendre et prétendre ensuite qu'il s'est lui-même pendu.» En avril dernier, sans raison apparente, un détenu lui a tailladé le visage à l'arme blanche. Les officiels ont tenté de minimiser. Il a fallu cinq points de suture pour fermer la plaie. «Je redoute d'autres attaques de ce genre», avertit Marina. Et sa belle-fille: «J'ai peur pour la vie de mon mari.» Après leur visite, ce dernier a été jeté au mitard pour dix jours. Sortira-t-il vivant de Sibérie?

Avocate de Khordorkovski à Krasnokamensk, Natalia Terekhova attribue ce harcèlement pénitentiaire à des «instructions émanant d'autorités supérieures». Dans quel dessein? Détruire physiquement son client? Prolonger à terme sa détention, comme l'était jadis celle des «ennemis du peuple» déportés au goulag? «Rien n'est exclu...», reconnaît la juriste. En attendant, ces prétendues «fautes graves» interdisent à l'intéressé de prétendre aujourd'hui à des conditions de détention assouplies, demain à une libération conditionnelle. Déterminé à faire valoir ses droits - une première dans l'histoire carcérale russe - Khodorkovski a porté plainte pour sanction arbitraire. Par deux fois, à la stupéfaction de ses geôliers, les tribunaux de la région lui ont donné raison. A Moscou, ses avocats bataillent ferme pour obtenir la révision de son procès, émaillé de violations sans nombre. Ils se sont adressés à la Cour suprême, préparent leurs dossiers pour la Cour européenne des droits de l'homme, à Strasbourg.

Programmée par la justice russe pour le 27 juin, la liquidation imminente de Youkos devrait être retardée afin de ne pas troubler le sommet du G 8 à Saint-Pétersbourg. Elle parachèvera le démantèlement d'une compagnie qui régnait jadis sur la Bourse de Moscou, au temps de la splendeur de Khodorkovski. Via Rosneft, société sous son contrôle, le Kremlin a fait main basse sur ses principaux gisements.

Une expropriation brutale, incompréhensible aux yeux de Tim Osborne, directeur général de GML, le holding qui détient 53% de Youkos: «En additionnant tous les actifs, notamment à l'étranger, le groupe vaut plus de 32 milliards de dollars, soit un montant supérieur aux impayés réclamés. Il est donc faux de dire que Youkos est en état de faillite», assure-t-il. Quant à Khodorkovski, qui en était le premier actionnaire, il a cédé depuis des mois la totalité de ses parts à d'anciens partenaires.

En attendant, principal bénéficiaire du dépeçage de Youkos, Rosneft, qui est devenu l'un des géants de l'or noir, s'apprête à faire son entrée à la Bourse de Londres à la mi-juillet. En décembre 2004, il s'est emparé, à bas prix - 9,4 milliards de dollars - de Iouganskneftegaz, fleuron de l'empire Youkos, qui lui assure désormais l'essentiel de sa production et de ses réserves. Et grâce auquel le pétrolier d'Etat a vu sa valeur s'envoler. Aujourd'hui, selon les analystes financiers, celle-ci se situe entre 80 et 90 milliards de dollars. «Cette introduction en Bourse est un pur scandale, explique Emmanuel Gaillard, avocat au cabinet Shearman & Sterling, puisqu'elle consiste à vendre des actifs qui ont été volés.»

Même sentiment de gâchis chez cet ancien administrateur de Youkos et ami de Mikhaïl Khodorkovski auquel ce dernier s'était confié peu de temps avant son arrestation: «Les autorités russes lui ont demandé de signer un kompromat, c'est-à-dire un document dans lequel il reconnaissait sa culpabilité, en échange de l'arrêt immédiat des poursuites. De même, elles l'ont incité à partir à l'étranger. Dans les deux cas, il a refusé, par principe.» Youkos liquidé, ou presque, la bataille judiciaire ne fait, elle, que commencer. Elle risque de durer plusieurs années.

Eric Chol, Sylvaine Pasquier, Alla Chevelkina
7.7.06

Le Figaro : L'économie russe aux mains de la nouvelle caste au pouvoir

Vladimir Poutine, qui s'apprête à recevoir ses partenaires du G 8, a pris l'habitude de placer ses proches à la tête des grandes entreprises.

LA VAGUE de renationalisations qui agite la Russie, en confortant au passage l'autorité de Poutine et de ses proches, fragilise les succès économiques du pays. À première vue, l'économie russe se muscle à grande vitesse : croissance de 6 à 7 % par an ; montée de grandes entreprises comme Rosneft, Gazprom ou Severstal à l'assaut de groupes étrangers et des marchés internationaux ; entrée de Moscou au top 50 des villes les plus chères du monde... Mais derrière ces données flatteuses, les logiques politiques qui dominent les choix économiques russes fragilisent la dynamique de développement. Comme à la bonne vieille époque soviétique, c'est la volonté de puissance de l'État russe et des hommes qui le dirigent qui prime.

L'impressionnante vague de renationalisations qui, depuis trois ans, ne cesse de s'accélérer, est à cet égard caractéristique. Secteur énergétique, aéronautique, automobile, nucléaire, bancaire. À chaque fois, il s'agit de « renationaliser des entreprises privées en bonne santé, rachetées par des entreprises publiques sous-performantes », s'inquiète l'économiste américain Anders Aslund. À chaque fois, poursuit ce spécialiste des économies postcommunistes, cette renationalisation cache une redistribution rampante des grands fleurons industriels au profit des clans poutiniens, puisque des fonctionnaires haut placés, en général issus des services spéciaux FSB et appartenant au cercle des intimes de Vladimir Poutine, prennent la tête de ces nouveaux groupes d'État omnivores à la très grande opacité. Alors que les barons de l'époque eltsinienne sont en exil, en prison ou forcés de se faire discrets, une nouvelle oligarchie aux ordres du prince émerge.

L'héritier de Poutine, président de Gazprom« C'est Russia Inc. ! », résume l'ancien conseiller économique du président, Andreï Illarionov. Ainsi le premier vice-premier ministre Dimitri Medvedev, « héritier » potentiel de Poutine, est-il devenu président du géant gazier Gazprom, tandis qu'Igor Setchine, chef adjoint de l'administration présidentielle, accédait à la présidence de la compagnie pétrolière Rosneft construite sur les ruines du défunt empire Ioukos. Un autre chef adjoint de l'administration du Kremlin, Viktor Ivanov, est à la tête d'Aeroflot, compagnie aérienne en passe de racheter plusieurs compagnies régionales.

Un troisième adjoint, Vladislav Sourkov, préside la compagnie de transport de produits pétroliers (Transnefteprodukty). Un quatrième, Sergueï Prikhodko, concilie ses activités de spécialiste des relations internationales du Kremlin avec la présidence de Tvel, l'un des producteurs mondiaux de combustible nucléaire. On trouve aussi des oligarques ministres, comme Alexeï Koudrine (Finances) qui a pris la présidence d'Alrosa, monopole de l'extraction de diamants en Russie ; ou comme Alexandre Joukov, vice-premier ministre qui préside les Chemins de fer.

Dans toutes ces compagnies, la part de l'État se renforce, même « s'il reste impossible de connaître l'identité de tous les actionnaires, vu les montages compliqués qui caractérisent l'économie russe », note un homme d'affaires français. Cette part a augmenté de 31 % en 2005, l'actionnaire étatique dépensant 17,4 milliards de dollars dans des acquisitions diverses.

Avec l'achat de Sibneft par Gazprom à un prix jugé démesuré par les observateurs, et la captation de Ioukos par Rosneft, l'Etat contrôle désormais un quart de la production pétrolière, alors que celle-ci était à 90 % privée en 1999. Et le mouvement s'étend. Rozboronexport, l'agence étatique d'exportations d'armes, a racheté la compagnie automobile russe Avtovaz et serait en lice pour l'acquisition de VSMPO-Avisma, premier producteur mondial de titane et gros fournisseur de Boeing et Airbus, qui vient - par une coïncidence que l'intéressé voit comme un chantage - de se voir rattrapé par le fisc russe, qui lui réclame 2 milliards de roubles... Gazprom est devenu l'actionnaire majoritaire de l'entreprise de constructions mécaniques OMZ et du complexe Atomstroïexport (centrales nucléaires)...

Pour justifier cette redistribution de la propriété, le Kremlin invoque la nécessaire création de « champions industriels russes », susceptibles de défendre les intérêts du pays. Mais outre qu'il s'agit, là encore, d'un argument politique, les experts indépendants soulignent que l'efficacité de ce nouveau capitalisme d'État russe est loin d'être acquise.

L'efficacité du nouveau capitalisme en questionLe cas du secteur énergétique, où se sont produites les premières renationalisations dès 2003, et où les conséquences du retour de l'État peuvent déjà être mesurées, n'est pas encourageant. Alors que le secteur pétrolier avait connu un essor impressionnant entre 1995 et 2000, avec une hausse de la production de près de 8 %, les barons pétroliers se convertissant au management occidental, la chute de la croissance (2,5 % en 2005, à peine 1,7 % sur les quatre premiers mois de cette année, dans un marché en plein boom) est sensible.

Depuis que la persécution gouvernementale a rendu impossible l'administration de Ioukos, ses investissements et ses niveaux de production s'effondrent. Rosneft, de son côté, a peu investi, car a consacré l'essentiel de ses disponibilités à de nouvelles acquisitions. Un rapport de l'agence financière Standard and Poor's, qui a évalué les performances de onze groupes russes contrôlés par les pouvoirs publics, fait écho à ces préoccupations. « La transparence des entreprises contrôlées par l'État est entravée par la tendance qu'ont les responsables gouvernementaux et certains personnes privées à utiliser leur influence pour promouvoir des objectifs politiques et personnels... souvent éloignés des motifs commerciaux de ces entreprises », dit le rapport.

Même Gazprom, géant gazier au potentiel extraordinaire, mais à la gestion opaque, suscite des inquiétudes. Selon Vadim Kleiner, qui gère un fonds d'investissement (actionnaire minoritaire de Gazprom), l'actionnariat du géant gazier est le « secret le mieux gardé du monde ». Un brouillard épais entoure l'identité d'un tiers des titres (!), pudiquement dissimulés derrière le nom sybillin « d'entités légales russes ».

Alors que beaucoup d'experts s'inquiètent de la dispersion des investissements de Gazprom dans des secteurs aussi divers que la porcelaine ou les médias, l'Agence internationale de l'énergie s'est récemment inquiétée du manque d'investissements de Gazprom dans les nouveaux champs de Iamal.

Le gaz pourrait venir à manquer dès 2010, a prévenu l'AIE, un diagnostic qu'a confirmé récemment le patron de la compagnie d'électricité RAO-UES Anatoli Tchoubais, d'ordinaire très prudent vu ses relations compliquées avec le pouvoir. Le géant énergétique russe que Vladimir Poutine entend faire respecter au G 8 aurait-il des pieds d'argile ?

(*) Le G8 comprend les Etats-Unis, le Japon, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, la Russie et l'Italie.

LAURE MANDEVILLE.
Publié le 07 juillet 2006

Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



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Vladimir Pereverzine, libre et révolté.

Bonne Année 2012 !

15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

Vassili Alexanian, une interview inédite.

Vassili, le dernier adieu.

Vassili Alexanian est décédé

Le Figaro: Au dernier jour de son procès, Khodorko...

Point final dans l'Affaire Alexanian

Le Figaro: Plus de procès pour un ancien de Ioukos...



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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


  • Yahoo! News
  • Google News

    Presse sur internet

    En anglais

  • The Moscow News
  • Gazeta.ru - International Edition
  • The Moscow Times

    En russe

  • Московские Новости
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