30.12.04
par Dimitri Jdannikov
MOSCOU - Le monopole gazier russe Gazprom et la compagnie pétrolière d'Etat Rosneft fusionneront comme prévu en janvier, mais cette opération ne concernera pas Iouganskneftegaz, filiale de Ioukos que vient d'acheter Rosneft, a annoncé jeudi le gouvernement.
Iougansk deviendra une entité publique séparée dans laquelle le groupe énergétique chinois CNPC pourrait prendre une part de 20%, a déclaré le ministre russe de l'Energie.
"Les actifs de Iouganskneftegaz seront scindés et transférés dans une compagnie distincte, détenue à 100% par l'Etat", a dit Victor Khristenko.
"Jusqu'à 20% des actions de cette compagnie pourraient être acquis par la Chinese National Petroleum Corporation. Une telle option a déjà été mentionnée dans des documents signés précédemment avec CNPC", a-t-il ajouté.
Khristenko a précisé que l'Etat russe pourrait recevoir en échange des actifs détenus par CNPC en Chine ou dans des pays tiers dans le cadre d'un accord de coopération énergétique plus large entre Moscou et Pékin.
Dimitri Medvedev, président du conseil d'administration de Gazprom et secrétaire général du Kremlin, avait le premier annoncé dans la matinée que Iouganskneftegaz ne serait pas incluse dans la fusion Gazprom-Rosneft.
L'ancien fleuron du groupe Ioukos a été acheté pour 9,4 milliards de dollars le 19 décembre par la société jusqu'alors inconnue Baikal Finance, rachetée à son tour par Rosneft peu avant Noël.
"La fusion sera achevée conformément au calendrier, à savoir en janvier de l'année prochaine", a déclaré Medvedev.
Cette déclaration d'un des proches conseillers du président Vladimir Poutine est intervenue après que le ministre de l'Economie German Gref eut déclaré mercredi que la fusion, d'abord projetée pour cette année, devrait être suspendue dans l'attente d'informations sur le rachat de Iougansk.
IOUKOS DETERMINE A SE BATTRE
Des analystes ont observé que ces déclarations successives, et parfois contradictoires, de plusieurs hauts responsables de l'Etat illustraient bien la confusion qui entoure l'acquisition de Iougansk, une opération controversée que Ioukos a décidé d'attaquer devant la justice américaine.
Dans un avis publié dans des journaux russes et internationaux, Ioukos confirme sa menace de recourir "à tous les moyens légaux possibles" pour obtenir de toute personne physique ou morale impliquée dans la vente de Iougansk un dédommagement qu'il chiffre à 20 milliards de dollars.
Iougansk a été vendue pour régler en partie un redressement fiscal de 27 milliards de dollars imposé au groupe pétrolier.
Cette vente par adjudication a constitué le point d'orgue d'une campagne commanditée par le Kremlin pour annihiler les ambitions politiques de Mikhaïl Khodorkovski, le principal actionnaire de Ioukos et reprendre le contrôle de secteurs stratégiques de l'économie qui avaient été cédés lors des privatisations précipitées des années 1990.
Rosneft est parvenue à réunir jusque-là 1,7 milliard de dollars par la vente à Gazprom de parts dans des coentreprises, mais la compagnie devra faire appel aux banques russes, ou même à l'Etat, pour obtenir le reste des fonds nécessaires pour acquitter le reste du prix de Iougansk dans les délais prévus, soit début janvier.
La fusion Gazprom-Rosneft a pour objet de renforcer le contrôle de l'Etat sur le monopole gazier à 50% contre 39% actuellement et à rendre les titres de Gazprom accessibles aux investisseurs étrangers qui ne peuvent pour l'instant en détenir que des certificats de dépôt occidentaux.
"Il est amusant de constater que des représentants du gouvernement admettent maintenant ouvertement qu'aucun mécanisme n'a été clairement mis sur pied pour le paiement de Iougansk par Rosneft", note Matthew Thomas d'Alfa Bank, qui dit craindre que la confusion ne continue de régner autour de Ioukos en 2005.
"La déclaration de Medvedev suscite de nouvelles interrogations car, si Iougansk n'entre pas dans la fusion avec Gazprom, cela pourrait vouloir dire que Rosneft n'est pas l'acquéreur définitif de Iougansk et que la compagnie risque d'être revendue", a souligné pour sa part Dimitri Mangilev, de la firme de courtage Prospect.
"Si l'on en juge par le flot d'informations qui nous parvient depuis la vente, l'Etat ne sait vraiment comment structurer l'opération", a-t-il ajouté.
Le titre Gazprom, qui avait cédé du terrain mercredi à Moscou sur un possible report de la fusion, la levée des obstacles à l'entrée d'investisseurs étrangers ayant contribué au doublement de son cours cette année, s'est reprise jeudi de 0,6%, à 75,20 roubles.
( Libération, 30.12.2004)
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L'Observatrice

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