23.2.05
Moscou de notre correspondante
George Bush a déclaré, avant sa rencontre avec Vladimir Poutine, qu'il parlerait à Bratislava des efforts à entreprendre pour "revigorer" la coopération énergétique entre leurs deux pays. En 2002, lors de sa première visite d'Etat en Russie, le président américain avait salué l'avènement d'un "partenariat énergétique majeur", affirmant que "des sociétés privées joueront un rôle de premier plan dans le développement et la transformation des vastes ressources énergétiques de la Russie".
Le démantèlement et la nationalisation partielle, fin 2004, de la société privée russe Ioukos, qui cherchait à nouer des liens privilégiés avec ExxonMobil, ont douché ces espoirs.
Le 10 février, le ministre russe des ressources naturelles, Iouri Trounev, a déclaré que seules des sociétés contrôlées à au moins 51 % par des capitaux russes auraient le droit d'obtenir des licences pour exploiter les vastes champs de pétrole et de gaz de Sibérie. "Cela nous a déçus, et cela compliquera le partenariat énergétique. Nous attendons de voir si c'est une décision définitive", réagit-on de source diplomatique américaine à Moscou.
Dans une déclaration à l'agence Itar-Tass, George Bush a malgré tout souligné que la Russie, deuxième exportateur de brut après l'Arabie saoudite, avait un rôle important à jouer pour la sécurité des approvisionnements mondiaux. Le pétrole, "vous en avez beaucoup, et nous n'en avons pas beaucoup... mais la Russie doit décider si elle veut, ou non, attirer des capitaux étrangers, ce qui est le sens véritable du dialogue énergétique", a-t-il dit.
LES ENNUIS DE IOUKOS
Les ennuis de Ioukos et le ralentissement des investissements dans le secteur pétrolier ont entraîné un léger recul, depuis le mois de septembre, de la production de pétrole russe. Alors que les besoins en capitaux sont évalués à des dizaines de milliards de dollars, le Kremlin se montre réticent à ouvrir le secteur énergétique aux firmes étrangères, à l'exception d'un accord signé début 2004 entre BP et la société TNK, et de projets menés offshore par ExxonMobil et RoyalDutch/Shell, au large de l'île Sakhaline, qui sont techniquement hors de portée des groupes russes.
Le projet de construction d'un oléoduc à capitaux privés vers le port nordique de Mourmansk, défendu en 2003 par Ioukos et d'autres sociétés privées russes pour alimenter les marchés américains, a été enterré. Environ 1 % des importations américaines de brut proviennent de Russie.
Natalie Nougayrède
(Lu dans Le Monde, 23.02.2005)
Derniers développements
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L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe
YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire
de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003,
il a été condamné à l'issue d'un
procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.

M. Khodorkovsky durant son procès
Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine.
La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont
reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire
YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions
libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté
aux partis d'opposition lors des dernières élections. Parallèlement, la
compagnie YUKOS dont il était également le principal
actionnaire a été soumise à des redressements
fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de
prétexte à confiscation de la plupart des actifs de
la société. Pour tenter de pallier un
certain déficit d'information en langue française, je me
propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une
couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme
"le procès du siècle".
L'Observatrice

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