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20.12.08

IMPORTANT: Déclaration publique du père de Vassily Alexanian.

Le Tribunal Municipal de Moscou a fixé le montant de la caution qui doit être versée pour que mon fils puisse être remis en liberté à 50 millions de roubles (environ 1,5 million d'euros - L'Observatrice). Ce n'est pas le moment pour moi de discuter de l'équité ou de la légalité de cette décision. Je veux simplement dire que le montant de la caution dépasse les possibilités financières de notre famille. Pour dire simplement les choses - nous n'avons pas cet argent. Quant à Vassily, il est incapable de rassembler cette somme, car tous ses biens sont sous scellés, il est mortellement malade et maintenu en état d'arrestation.
Je suis infiniment reconnaissant à tous ceux qui ont proposé leur aide à notre famille. A tous ceux que le destin tragique de mon fils ne laisse pas indifférents. Aussi bien la famille de Vassily que ses avocats reçoivent des appels et des lettres proposant de les aider à rassembler l'argent nécessaire au paiement de la caution. Pour des raisons de morale nous avons jusque là évité de demander de l'aide. Mais notre silence a entraîné une confusion et des malentendus dans les média au sujet des comptes bancaires qui ont été ouverts pour entreposer la somme destinée au paiement de la caution pour Vassily Aleksanyan.

Le temps nous est compté. Aussi je veux confirmer que les coordonnées des comptes de la Caisse d'Epargne de Russie publiés par la radio « Echo de Moscou » sont exactes.

BANK DETAILS FOR TRANSFERS IN ROUBLES
Vernadskoe otdelenie Sberbanka Rossii g. Moskvy 7970/01249
BIC: 044525225
Account no.: 30301810038006003818
Corr. Account of Sberbank Russia in the Bank of Russia: 30101810400000000225
ИНН: 7707083893
КОД ОКОНХ: 96130
КОД ОКПО: 00032537
Beneficiary: Aleksanyan Georgiy Garnikovich
Beneficiary address: 117571, Moscow, ul. 26 Bakinskikh Komissarov, d. 7, kor. 4, kv. 101
Beneficiary account no.: 42307810538181109080

BANK DETAILS FOR TRANSFERS IN FOREIGN CURRENCY
Recipient bank: SABRRUMM (SWIFT code for Sberbank Russia)
SBERBANK VERNADSKOE BRANCH 7970 MOSCOW RUSSIAN
Beneficiary Customer:
Account no.: 42307810538181109080
Beneficiary: Aleksanyan Georgiy Garnikovich
Address: 117571, Moscow, ul. 26 Bakinskikh Komissarov, d. 7, kor. 4, kv.101

J'ai également ouvert un compte dans la banque Ardshininvestbank en Arménie dans le même but.

BANK DETAILS FOR TRANSFERS IN FOREIGN CURRENCY
Recipient bank: ARDSHININVESTBANK
SWIFT: ASHBAM22
Telex: (684) 243286 LALA AM
e-mail: office@ashib.am, Phone/Fax: (3741) 581221, 564152, 581403
AMD: 2470101020170010
USD: 2470101020170020
EUR: 2470101020170030

BANK DETAILS FOR TRANSFERS IN ROUBLES
Recipient bank: ARDSHININVESTBANK
SWIFT: ASHBAM22
Telex: (684) 243286 LALA AM
e-mail: office@ashib.am, Phone/Fax: (3741) 581221, 564152, 581403
RUR: 2470101020170040

Je demande instamment à ceux qui décideront d'effectuer des virements sur ces comptes d'indiquer leurs coordonnées bancaires, dans le cas contraire ils ne pourront pas récupérer cet argent après (en cas de) remboursement de la caution par les autorités.
Je suis très reconnaissant à tous ceux qui ne sont pas indifférents au sort de mon fils, à ceux qui écrivent des articles, participent aux manifestations, se rendent aux séances du tribunal, et ont proposé leur aide pour le paiement de la caution. Les mots ne peuvent exprimer toute ma gratitude. Merci à vous.

Georgui Alexanian
Aleksanyan.bail@googlemail.com

Traduit du russe par L'Observatrice.
Original du texte. Traduction anglaise.

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15.12.08

Déclaration de Vassily Aleksanyan

Alors qu'aucune instruction n'a été ouverte concernant trois des quatre épisodes mentionnés dans l'acte d'accusation, alors que le délai de prescription est dépassé pour les faits qui me sont reprochés, alors que dans les 117 volumes qui constituent le dossier d'accusation, l'on peut compter sur les doigts d'une main les fois où mon nom est mentionné, et ce encore sans lien avec le fond de l'accusation - alors dans ces conditions le choix qui a été fait par le tribunal de me libérer sous une caution d'un montant aussi invraisemblable au lieu de me libérer sans conditions apparaît comme une cynique plaisanterie en dépit de la loi et du bon sens.
C'est particulièrement évident compte tenu de mon état de santé, qui rend encore bien plus compliquée pour moi la tâche de rassembler une somme aussi énorme.
Je remercie ceux qui me soutiennent dans ces moments pénibles, je vous remercie pour vos messages d'anniversaire sincères et chaleureux.
Je ne trahirai pas votre confiance comme je n'ai jamais trahi personne jusqu'ici.

Ecrit à la Clinique du centre d'Hématologie de l'Académie des Sciences de Russie.

Traduit du russe par L'Observatrice.
Texte original

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17.2.08

Témoignage de Vassily Alexanian devant la Cour Suprême de Russie.

Extraits du témoignage de Vassily Alexanian, donné par visioconférence depuis sa prison de «Matrosskaya Tishina» devant la Cour Suprême de Russie, le 22 janvier 2008.

Je voudrais ajouter quelques moments très importants…
(Après ces premiers mots Vassily Alexanian a une quinte de toux).

Je vous prie de m’excuser pour la toux. Je voudrais que vous entendiez un certain nombre de choses que j’ai à vous dire et qui sont d’une importance critique pour comprendre ce qui est en train de se passer.
<…>
Je tiens à faire cesser les insinuations concernant mon soi-disant refus de me soigner. Ceux qui affirment cela, je voudrais leur prêter mon corps pour dix minutes, pour qu’ils éprouvent les douleurs infernales que je ressens. Il faut être insensé pour dire des choses pareilles. Pour qu’ils se jettent contre les murs de douleur, et qu’aucun remède ne les soulage… Qu’ils osent me regarder dans les yeux.
<…>
Le 22 novembre 2006, le Parquet Général a compris qu’Alexanian avait des problèmes. (C’est le 22 novembre qu’a été connu le résultat des expertises médico-judiciaires pratiquées sur Vassily Alexanian, déjà infecté par le virus du VIH. Ce résultat n'a été communiqué qu’au bout de trois mois - un temps inhabituellement long. Ici et plus loin : précisions du Centre de Presse.) Parce que cette maladie est la seule, dans la législation, à avoir comme définition juridique – "maladie incurable et mortelle". C’est un verdict dont on ne peut pas faire appel. On ne fait pas appel de la mort. Je suis prêt à répondre de chacun des mots que je vais prononcer ici.

L’enquête préliminaire était alors entièrement sous le contrôle du Parquet Général. Et que se passe-t-il alors? Le 28 décembre 2006, sous prétexte de me montrer des documents, on me conduit dans le bâtiment du Parquet Général. Je vous explique pourquoi je suis à ce jour encore en prison et pourquoi je suis en train de mourir enfermé dans cette cellule. Et donc le juge d’instruction en chef, Salavat Kunakbaevich Karimov en personne, qui à ce moment n’en était qu’à la préparation des nouvelles accusations absurdes portées contre Khodorkovski et Lebedev, me propose un marché. Mes avocats sont ici aujourd’hui, c’est en leur présence qu’on m’a emmené le voir, et ensuite on nous a laissés seuls. Il m’a dit : "La direction du Parquet Général comprend que vous devez absolument vous soigner, peut-être même à l’étranger, vous êtes dans une situation difficile. Nous, me dit-il, nous avons absolument besoin de votre témoignage, parce que nous ne pouvons pas confirmer les accusations que nous lançons contre Khodorkovski et Lebedev. Si vous faites une déposition satisfaisante pour les enquêteurs, nous vous libèrerons." Et il m’a présenté le mécanisme concret de ce marché: "Vous faites une déclaration par écrit pour demander à ce que je vous transfère à la Maison d’Arrêt du 38 rue Petrovka, et là-bas les enquêteurs travailleront avec vous intensivement une semaine ou deux. Et lorsque nous aurons obtenu des aveux de nature à satisfaire la direction, nous les échangeons," - comme il a dit - "signature contre signature, c'est-à-dire que je vous pose sur la table votre ordonnance de mise en liberté, et vous signez le procès-verbal de l’interrogatoire." Et il a essayé de me convaincre par tous les moyens, il m’a montré les premières pages des interrogatoires d’autres personnes qui auraient soi-disant accepté d’aider les enquêteurs. Mais je ne peux pas être un faux témoin, je ne peux pas accuser des gens innocents, j’ai refusé ce marché. Et je pense que si affreux que soit mon état aujourd’hui, le Seigneur me protège parce que je n’ai pas fait ça, je ne peux pas acheter ma vie à ce prix.

Le juge permet à Alexanian de s’asseoir.

Ensuite mes conditions de détention ont commencé à se dégrader. Cette Maison d’Arrêt 99/1 – c’est une prison spéciale, elle n’est pas publique, il faut encore savoir la trouver. Il n’y a pas plus de cent prisonniers dedans, même dans les périodes les plus peuplées. On m'a placé dans certaines cellules… elles se rappellent encore de Beria, et d’Abakoumov ! Il y a de la moisissure et des champignons sur les murs, les staphylocoques vous rongent la peau à vif. Et ils savaient que j’avais un déficit immunitaire. Ce sont de vrai fascistes !


La voix de Vassily Alexanian tremble, le juge essaie de l’interrompre, mais il poursuit :


Je vous demande de m’écouter. Veuillez m’excuser, Votre Honneur, ce n’est pas la première fois non plus que je suis devant la Cour Suprême, et à chaque fois on me rajoute un, deux, trois diagnostics en plus, quelle est la limite de ce qu’un homme peut supporter ?! En avril 2007, le juge d’instruction Khathynov – je cite les noms, parce que ces gens devront bien un jour répondre de leurs actes – dit à mon avocate ici présente : "Il n’a qu’à s’avouer coupable, il n’a qu’à accepter les conditions qu’on lui propose, et nous le libérons." Pendant tout ce temps, je précise, non seulement on me laissait complètement sans soins, mais on refusait même de me conduire faire une deuxième analyse. Ce sont des tortures, vous comprenez ? Des tortures ! Des tortures véritables, légales ! Et c’est moi qui aurais refusé de me soigner ? C’est du délire ! Vous me voyez aujourd’hui en vidéo, sans doute en noir et blanc. Si vous me voyiez dans la salle du tribunal, vous seriez horrifiés, j’ai le visage rongé par les traces des maladies que je porte en moi maintenant.

Ils veulent créer un précédent avec moi, pour se prévaloir ensuite de l’autorité de la chose jugée. Nous sommes des hommes de loi, nous connaissons l’article 90 du code de procédure pénale (L’article 90 du code de procédure pénale de la Fédération de Russie stipule que « les circonstances établies par un jugement entré en vigueur sont admises par le tribunal, par le procureur,le juge d’instruction et l’enquêteur sans vérification supplémentaire, à moins que le tribunal les mette expressément en doute. » NdT ). Ils ne veulent plus rien avoir à prouver contre Khodorkovsky, Lebedev et les autres dirigeants.

En juin 2007, la maladie a atteint une nouvelle phase, plus grave et douloureuse. Pendant trois semaines tous les jours j’ai supplié qu’on me conduise chez le médecin. Et eux, au lieu de ça, ils m’ont même limité les médicaments ordinaires, les simples antalgiques, qui suppriment le choc douloureux. Vous vous rendez compte de ce qu’ils ont fait ? Le diable est dans les détails. J’ai subi la faim, le froid, pendant un an j’ai dormi tout habillé. Deux degrés, trois degrés dans la cellule. L’eau coule le long des murs. La moisissure. On est au XXIe siècle. Qu’est-ce que vous faites ! Pas vous, mais le pouvoir, qu’est-ce que vous faites ?!

On m’a conduit à un point où je fais peur aux médecins. Vous savez ce que signifient les chiffres qu’a cités Elena Ioulianovna ? (L’avocate Elena Lvova avait expliqué peu avant à la Cour que le malade du SIDA Alexanian avait un taux de cellules immunitaires de 4% et une charge virale de plus d’un million de copies par millilitre.) Plus d’un million et 4% ? Ça suffirait pour deux cadavres. Au-delà de cent mille les médecins se prennent la tête à deux mains. Leurs instruments de mesure se sont retrouvés bloqués au maximum !

Depuis que je suis ici on m’a diagnostiqué trois maladies graves de plus. Vous comprenez, au lieu de m’hospitaliser dans le Centre de Lutte contre le SIDA de Moscou. Où est le problème ? Le problème, en réalité, c’est que le 15 novembre on a prolongé mon délai de maintien en détention provisoire, et le 27 novembre, j’ai reçu la visite de la juge d’instruction Tatiana Borissovna Roussanova, qui a toujours été la plus proche collaboratrice de Salavat Kunakbaevitch Karimov – ce dernier est aujourd’hui le conseiller du procureur général Iouri Tchaïka, si quelqu’un l’ignore. Et elle m’a fait de nouveau la même proposition, cette fois en présence d’un de mes défenseurs, présent actuellement dans cette salle : avouez, et nous procèderons à une nouvelle expertise médico-judiciaire, puis nous vous remettrons en liberté. Ce sont des criminels ! Et même après que la Cour Européenne ait rendu son arrêt exigeant de m’hospitaliser immédiatement, elle (la juge d’instruction Roussanova) part en mission en faisant savoir à mon avocat par le juge d’instruction Egorov que la proposition est toujours valable. Il s’en foutaient, de la Cour Européenne ! Ce qu’ils voulaient, c’était m'extorquer des aveux pour mettre en scène un procès exemplaire. <…> Mais je ne serai pas un faux-témoin. Et je n’ai pas l’intention de mentir. Et je ne vais pas calomnier des gens innocents, je n’ai connaissance d’aucun crime commis par la compagnie Yukos et ses dirigeants. Ce ne sont que des mensonges.

Personne n’avait l’intention de me soigner. Je n’ai jamais refusé de traitement, je ne suis pas suicidaire. Je le répète une fois de plus : ceux qui affirment ça, qu’ils goûtent seulement à une petite partie des souffrances que j’ai éprouvées. J’ai un petit garçon à charge, né en 2002. Et c’est moi qui ne voudrais pas me soigner ?! qui ne voudrais pas vivre ?! Ce sont des mensonges. Je vous prie d’oublier une fois pour toute ces insinuations et de ne jamais y revenir. Combien j’ai fait de tentatives pour obtenir ce traitement. <…> J’ai déposé une plainte contre ce médecin, Elena Gennadievna Molokova (médecin traitant d’Alexanian dans le service des maladies infectieuses de l’infirmerie de la Maison d’Arrêt de Matrosskaya Tishina), en ce moment par exemple, elle est en congé maladie pour un mois entier. Et c’est le seul médecin spécialiste des maladies infectieuses de toute la prison. Et elle n’est pas là. Et nous n’avons aucune aide médicale ici.

La juge : Alexanian, ne vous écartez pas du sujet.

Il n’y avait aucune raison pour me maintenir en détention provisoire. De plus, si le juge Fomin ( Le juge du Tribunal de Moscou qui a prolongé le 15 novembre le délai de détention de Vassily Alexanian) avait fait l’effort d’examiner les circonstances factuelles réunies au moment où le juge d’instruction a déposé sa requête, il aurait absolument dû refuser. Il n’y a dans cette décision aucun fondement légal pour me garder en prison. Je m’excuse, mais on m’a arrêté sur la base d’accusations totalement falsifiées, où figurait l’article 174.1, particulièrement grave, qui a en fait été ajouté au code pénal le 1er janvier 2002, alors que les faits qui me sont imputés datent des années 1998-1999. C’est encore quelque chose qu’il faudra tirer au clair. C’est la Cour européenne, sans doute, qui s’en chargera. Voilà comment on m’a arrêté, pour m’écarter de la compagnie. Et le 22 juin 2006, un jour avant la nomination du nouveau procureur général, l’article a subitement disparu de mon dossier, parce que c’est un délit que de m’accuser selon cet article. Vous savez vous-même que la loi n’a pas d’effet rétroactif. Et un autre article a fait son apparition.

Le juge : répondez à la question : quelle décision vous attendez de la Cour Suprême ?

J’attends de vous une décision juste et humaine. J’estime que mon maintien en détention dans les circonstances actuelles et dans l’état où je me trouve n’a aucune justification légale. L’enquête est terminée, nous avons signé tous les protocoles. C’est seulement la volonté de m’assassiner derrière les barreaux. J’estime que la Cour suprême doit enfin examiner cette affaire, donner son appréciations sur chaque argument, annuler la décision du juge Fomine et me libérer. Voilà la décision que j’attends. J’estime que cette prolongation est illégale. Je demande à la Cour suprême de prouver qu’il y a une justice en Russie, que les citoyens russes n’ont pas besoin d’aller agoniser sur les marches de la Cour européenne pour obtenir un peu d’équité. Qu’on peut l’obtenir ici, à Moscou, dans votre salle. Prouvez cela. Est-ce qu’on n’a pas assez bâti sur des cadavres dans ce pays ? Mon procès n’a pas encore commencé, et ça s’appelle de la détention préventive ? Deux ans de prison qui ont ruiné ma santé ! Merci pour votre attention.

Original du texte.

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16.1.08

Sauver Vassily Aleksanian

Placé en détention provisoire depuis le 6 avril 2006, (et donc toujours présumé innocent), malade du SIDA et atteint d'un cancer, l'ex-juriste de la compagnie Yukos n'a reçu aucun soin jusqu'à ce jour. Par trois fois les autorités russes ont ignoré une décision de la Cour Européenne des Droits de l'Homme ordonnant de transférer le prisonnier dans un établissement de soins correspondant à la gravité de son état. Vassily Aleksanian, agé de 35 ans, est le père d'un petit garçon de six ans dont il assurait seul la garde.


APPEL DE VASSILY ALEKSANIAN A LA PRESSE ET AUX DEFENSEURS DES DROITS DE L'HOMME

La Fédération de Russie est dans l'obligation d'obéir à l'Arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, qui est le troisième rendu sur mon cas, exigeant que je sois d'urgence transféré de la prison où je me trouve actuellement dans une clinique civile spécialisée.

Les autorités russes ont complètement ignoré deux Arrêts analogues du 27.11.2007 et du 06.12.2008 respectivement. Voilà déjà 21 mois que je suis en soi-disant détention provisoire, sur la base d'accusation falsifiées et en tant que membre de la direction de la compagnie Yukos.

J'ai été obligé de m'adresser à la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour tenter, littéralement, de sauver ma vie, car le pouvoir russe m'a conduit au bord de la tombe par ses actions.

Plus d'un an auparavant, à la suite d'une expertise médico-judiciaire, on a diagnostiqué chez moi une maladie mortelle. A ce moment déjà mon état exigeait une chimiothérapie intensive pour soutenir et prolonger ma vie. La conclusion des experts soumettait l'éventualité de mon maintien en détention à la possibilité de commencer immédiatement une chimiothérapie. Dans le même temps, les experts refusaient de se prononcer sur la question qui leur était posée par les enquêteurs, à savoir s'il était effectivement possible de pratiquer une telle chimiothérapie dans les conditions de vie en maison d'arrêt, du fait que cette thérapie présente elle-même un risque d'effets secondaires mortels et exige l'observation de procédures spéciales.

Depuis, malgré mes multiples requêtes et plaintes, je continue à être illégalement détenu en prison, sans avoir accès à la chimiothérapie qui m'est vitalement indispensable, et sans avoir la possibilité de recevoir des soins dans la clinique civile spécialisée auprès de laquelle j'ai été inscrit du fait de la maladie dignostiquée.
J'ai pourtant fait tout ce qui dépendait de moi pour obtenir que soit entreprise une chimiothérapie, y compris signer tous les protocoles et les décharges requis. Mais les soins n'ont toujours pas commencé.
De plus, les enquêteurs, tout en reconnaissant la légitimité de mes exigences, non seulement n'ont entrepris aucune action dans ce sens, mais, de concert avec l'administration de la maison d'arrêt, m'ont empêché de contacter le médecin référent et les spécialistes de ladite clinique.

Le résultat logique de cet état de choses a été une aggravation sensible de mon état de santé, l'évolution de la maladie vers un stade plus grave et l'apparition d'une série d'autres affections comme une tumeur du foie et des ganglions lymphatiques.

Finalement, vers le mois d'octobre 2007, mon état de santé est devenu critique. Depuis le 16.10.2007 le personnel médical de la maison d'arrêt a noté chez moi une fièvre permanente avec des poussées de température au dessus de 38°.
Mon état de santé s'est dégradé au point que même les mèdecins de l'établissement pénitentiaire de la maison d'arrêt 99/1 ont dû confirmer mon incapacité à participer aux procédures judiciaires. L'aggravation était si évidente que le 23 octobre, plusieurs médecins spécialistes civils convoqués en présence du médecin responsable de la maison d'arrêt ont conclu, après m'avoir examiné, que je devais être hospitalisé d'urgence dans une clinique civile pour passer des examens approfondis, préciser la cause de cette fièvre et recevoir des soins.

Cependant, au lieu de l'application de la recommandation des mèdecins spécialistes, j'ai été de façon totalement inattendue transféré à l'infirmerie d'une autre maison d'arrêt, l'établissement pénitentiaire 77/1 de Moscou. C'est là que je me trouve depuis lors, toujours sans avoir reçu la chimiothérapie nécessaire. Et ce malgré le fait que le 31.10.2007 les enquêteurs ont reconnu officiellement qu'il était impossible de me procurer les examens et les soins nécessaires au sein de la maison d'arrêt.

Cependant, au lieu de me faire placer comme attendu dans une clinique civile spécialisée, le Tribunal de la Ville de Moscou a pris le 15.11 la décision de prolonger, sur demande des enquêteurs, le délai de détention provisoire jusqu'au 2 mars, ignorant complètement les conclusions des médecins spécialistes recueillies le 23.10 et présentées au tribunal par ces mêmes enquêteurs. Ils s'appuyaient en revanche sur une note falsifiée des médecins de l'établissement d'arrêt 77/1 en date du 29.10 affirmant que je me trouvais dans un "état satisfaisant" et que je pouvais prendre part aux procédures judiciaires. Et ce alors même que dans mon dossier médical figurait un relevé de température de 39° pour le 29.10.

Le lendemain, les enquêteurs ont donc repris la procédure de lecture du dossier d'accusation, qui avait été suspendue depuis un mois à cause de mon mauvais état de santé. De plus l'enquêteur chargé de cette formalité a cessé de me donner la possibilité prévue par la loi de faire des déclarations et de formuler des requêtes dans le protocole de lecture du dossier d'accusation, comme c'était jusque là quotidiennement le cas durant toute la période précédente. Ainsi je me suis trouvé à partir de ce moment privé de la possibilité de faire valoir mes droits en tant que prévenu, et, ce qui est le plus important, je n'ai pas pu indiquer dans le protocole mes explications concernant l'évolution de mon état de santé devenu incompatible avec la poursuite de la lecture du dossier d'accusation.

Cette situation a créé artificiellement les conditions d’une limitation illégale de mes droits et de ceux de mes avocats à prendre connaissance des accusations portées contre moi, ce qui a été concratisé par la décision du Tribunal Basmanny de Moscou fixant la limite du délai de lecture du dossier d’accusation au 15.01.2008.

Comprenant que personne n’avait l’intention de me donner l’accès aux soins médicaux qui me sont vitalement nécessaires, je me suis adressé le 26 octobre à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui, après avoir pris connaissance des documents fournis, a rendu un Arrêt ordonnant mon hospitalisation immédiate dans une clinique civile spécialisée. Cet Arrêt n’a pas été observé par la Fédération de Russie.

Le 06.12.2007 la Cour Européenne des Droits de l’Homme a réitéré son Arrêt, en précisant que je devais être hospitalisé au plus tard avant le 10.12.2007. Mais cet arrêt a été lui aussi ignoré par la Fédération de Russie, qui, au lieu de remplir ponctuellement ses obligations internationales dans le domaine du respect des droits de l’homme, a commencé à envoyer à Strasbourg des notes explicatives absurdes rédigées dans un mauvais anglais.
Il en a résulté une situation inédite, où la Cour Européenne des Droits de l’Homme s’est vue obligée d’exiger une troisième fois des autorités russes qu’elles se soumettent à sa décision de m’hospitaliser dans une clinique civile spécialisée avant le 27.12.2007.

Le comportement des autorités russes confirme pleinement le fait que non seulement les citoyens innocents persécutés dans le cadre de l’affaire Yukos ne sont protégés par aucune loi russe, mais qu’en plus ils sont de fait privés de toute possibilité de recours auprès d’institutions internationales de défense des droits de l’homme, pourtant officiellement reconnues par la Russie, comme c'est le cas de la Cour Européenne des Droits de l’homme.

Mais ces actions ne font pas que confirmer l’absence totale de lois en Russie, elles sont lourdres de conséquences tragiques pour moi personnellement. Durant les deux mois passés dans la soi-disante « infirmerie » de la prison, j’ai été contaminé par la tuberculose.

Ainsi, au bout de presque deux ans d’un emprisonnement illégal et avant même d’être jugé, étant déjà quasiment aveugle, j’ai été conduit aux portes de la mort par les actions conjointes, conscientes et préméditées des procureurs, des enquêteurs, des juges et des médecins de la prison.

Durant toute cette période, j’ai été soumis à une pression permanente visant à me faire porter des faux témoignages à charge contre d’autres dirigeants de la compagnie Yukos, en échange d’une libération pour raison de santé, c'est-à-dire en échange de la vie. C’est incroyable au 21 siècle, mais cela se produit dans la réalité, sous le voile du silence, de la dissimulation des faits et du mensonge.

J’en appelle à l’opinion publique russe et internationale pour arrêter ce lynchage absurde et sans fin de tous ceux qui ont été de près ou de loin liés à la compagnie « Yukos ». La présomption d’innocence, qui figure dans la Constitution russe ne doit pas se transformer en fiction et être foulée aux pieds au nom des intérêts de qui que ce soit.


Aleksanian Vassily Georgievitch, le 26.12.2007, Moscou

Orthographes possibles : Vassili, Vassily, Aleksanian, Aleksanyan, Alexanian, Alexanyan.

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Pourquoi l'Observatoire?


L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003, il a été condamné à l'issue d'un procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.



M. Khodorkovsky durant son procès


Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine. La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté aux partis d'opposition lors des dernières élections.
Parallèlement, la compagnie YUKOS dont il était également le principal actionnaire a été soumise à des redressements fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de prétexte à confiscation de la plupart des actifs de la société.
Pour tenter de pallier un certain déficit d'information en langue française, je me propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme "le procès du siècle".

L'Observatrice



Recherche sur le site:

Articles précédents


Vladimir Pereverzine, libre et révolté.

Bonne Année 2012 !

15 décembre.

Khodorkovsky - LE FILM.

Vassili Alexanian, une interview inédite.

Vassili, le dernier adieu.

Vassili Alexanian est décédé

Le Figaro: Au dernier jour de son procès, Khodorko...

Point final dans l'Affaire Alexanian

Le Figaro: Plus de procès pour un ancien de Ioukos



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L'affaire Yukos sur Internet


Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky
Centre de Presse de Mikhail Khodorkovsky (en anglais et en russe)

Centre de presse de Platon Lebedev
Centre de presse de Platon Lebedev en anglais et en russe

SOVEST - Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky
Groupe "SOVEST" ("Conscience" en russe) : Groupe de soutien à Mikhail Khodorkovsky (en français)

The Mikhail Khodorkovsky Society
The Mikhail Khodorkovsky Society (blog anglophone)

Yukos Shareholders Coalition
Coalition des actionnaires de Yukos pour poursuivre en justice le gouvernement russe (anglais)

Dossier du journal Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos
Dossier du journal d'opposition Novaya Gazeta sur l'affaire Yukos (en russe)

Fond Mission libérale
Excellent site du Fond "Mission libérale" (en russe). Sur l'affaire Yukos et, beaucoup plus largement, sur le libéralisme en Russie

Bibliographie


Je vous propose une sélection de documents en français, anglais ou russe


Sur le procès et l'affaire Yukos

Patrick Klugman : En défense de Mikhail Khodorkovski

André Gluksmann : Mikhail Khodorkovski prisonnier de la verticale du pouvoir

Film BBC "Russian Godfathers 2: The Prisoner" (Youtube, en 6 parties)

Rapport d'experts étrangers sur le déroulement du procès (eng, .pdf, 81 KB)

Analyse des accusations par les avocats de la défense (eng, .pdf, 153 KB)

Sur Mikhail Khodorkovsky

"Le roi du pétrôle piégé par ses ambitions", Hélène Depic-Popovic, Libération, 27.10.2003

"La mutation d'un oligarque", Nathalie Nougayrède, Le Monde, 21.11.2003

"A falling Tsar", Chrystia Freeland, The Financial Times, 01.11. 03 (eng)

"Yukos, a Case Study" by Konstantin Korotov, Stanislav Shekshnia, Elizabeth Florent-Treacy and Manfred Kets de Vries, (eng, .pdf, 589 KB)

L'affaire Yukos dans :


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