13.12.08
Quelques lignes et une immense photographie, terriblement douloureuse - Le Monde signale la prochaine (?) libération sous caution de Vassily Aleksanian, qui fut depuis 1996 le directeur du service juridique de la compagnie Ioukos, puis l'avocat de Mikhaïl Khodorkovsky, avant d'être arrêté en avril 2006. Jeté en prison, ce juriste de 36 ans, porteur du virus du sida, a toujours refusé de porter un faux témoignage contre ses anciens employeurs. C'est pourtant la condition que posaient ses geôliers pour lui administrer la trithérapie dont il avait besoin. Alors, en l'absence de soins, soumis à divers mauvais traitements (cellule non chauffée, contact avec des malades contagieux), le prisonnier a vu son état de santé se dégrader rapidement. SIDA, tuberculose, cancer... En février 2008, sous la pression de la Cour Internationale des Droits de l'Homme et d'une partie de l'opinion publique russe, Aleksanian est enfin transféré dans un hôpital. Mais toujours en état d'arrestation. La chambre d'hôpital est transformée en cellule de haute sécurité : grillage aux fenêtres, caméra de vidéosurveillance au dessus du lit, et surtout, présence permanente de gardes armés qui ne permettent pas de maintenir le malade en milieu stérile, ce qu'exige pourtant son état. Il sera même un moment menotté sur son lit. Il n'a pas le droit de recevoir d'autres visites que celle de son avocat, ni de communiquer avec l'extérieur. Ses parents ne le verront qu'une seule fois en un an. Malgré les séances de chimiothérapie auquel Vassily est soumis depuis février dernier, son état ne s'améliore pas. Il doit subir une ablation de la rate, atteinte d'une tumeur. C'est le moment que choisit le tribunal pour... prolonger son arrestation jusqu'au 22 janvier. Ses avocats font appel, et le vent semble enfin tourner. Le jugement est prévu pour le lundi 1er décembre. Mais ce jour là, le juge décide que les bulletins de santé fournis par les avocats ne sont pas assez récents, et repousse sa décision d'une semaine, le temps d'en obtenir de nouveaux. C'est la première fois depuis un an qu'un tribunal semble réellement concerné par la situation d'Aleksanian et c'est plutôt bon signe. Et en effet, le lundi suivant, 8 décembre, le juge décide d'accorder à Vassily Aleksanian la mise en liberté sous caution.
Peu de raisons, pourtant, de jubiler. Les bulletins de santé du prisonnier sont si alarmants, que le juge redoute sans doute qu'il ne décède en captivité, ce qui serait d'un mauvais effet certain à un moment où la Russie essaie de se redonner une respectabilité. Et le montant de la caution est si élevé - 1,4 million d'euros! - qu'il ne sera pas simple pour la famille de la rassembler rapidement. Dans combien de temps Vassily Aleksanian, qui aura 37 ans le 15 décembre prochain, sera-t-il enfin libre?
L'ObservatriceLibellés : Aleksanian
Derniers développements
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L'arrestation du PDG de la compagnie pétrolière russe
YUKOS Mikhail Khodorkovsky marque un tournant important dans l'histoire
de la Russie contemporaine. Incarcéré le 25 octobre 2003,
il a été condamné à l'issue d'un
procès inquisitorial à huit ans de camp de travail.

M. Khodorkovsky durant son procès
Son directeur financier, Platon Lebedev, a reçu la même peine.
La dureté de ce traitement, disproportionnée par rapport aux faits qui leur sont
reprochés, laisse supposer des motifs politiques dans l'affaire
YUKOS : Mikhail Khodorkovsky est en effet connu pour ses convictions
libérales et pour le soutien financier qu'il a apporté
aux partis d'opposition lors des dernières élections. Parallèlement, la
compagnie YUKOS dont il était également le principal
actionnaire a été soumise à des redressements
fiscaux successifs toujours plus exorbitants, qui ont servi de
prétexte à confiscation de la plupart des actifs de
la société. Pour tenter de pallier un
certain déficit d'information en langue française, je me
propose de donner - dans la mesure de mon temps disponible - une
couverture au jour le jour de ce qui est perçu en Russie comme
"le procès du siècle".
L'Observatrice

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